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Insight

Alan Parsons Project : Pink Floyd discount ou vrai groupe de rock?

Il y a des groupes dont le nom suffit à déclencher une polémique. Alan Parsons Project en fait partie. Prononcez simplement « Alan Parsons » devant un amateur de Pink Floyd et vous aurez rapidement droit à cette sentence définitive « C’est du Pink Floyd discount. »

Et, il faut bien l’avouer, le dossier à charge est assez solide.

Des nappes de synthétiseurs, des ambiances futuristes, des albums-concepts, des voix éthérées, des pochettes mystérieuses, des bruitages qui surgissent de nulle part et cette obsession maladive pour les studios Abbey Road…

Sauf qu’il y a un petit problème dans cette théorie : Alan Parsons n’est pas simplement un type qui aurait regardé Pink Floyd travailler par-dessus leur épaule. Il était dans la cabine de contrôle.

En 1972-1973, il est l’ingénieur du son de The Dark Side of the Moon. Il connaît donc intimement cette cuisine sonore qui va révolutionner le rock. Il a également travaillé sur  Abbey Road et Let It Be des Beatles. Ce n’est donc pas le perdreau de l’année dans le milieu du Rock des années 70 !

Autrement dit, quand Alan Parsons commence son propre projet en 1975 il ne copie pas exactement Pink Floyd : il emporte avec lui une partie du savoir-faire qui a contribué à fabriquer le son du Pink Floyd des années 1970.

Et puis il y a Eric Woolfson, élément souvent oublié lorsqu’on parle d’Alan Parsons Project. Pianiste, auteur, compositeur et véritable partenaire créatif de Parsons, Woolfson est essentiel à l’identité du Project. C’est notamment son idée d’un album consacré à Edgar Allan Poe qui donnera naissance à Tales of Mystery and Imagination, le premier disque du projet ; Un projet d’ailleurs fort original car ce groupe est un groupe qui n’existe pas !

Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.

Parce que le Project n’est pas vraiment un groupe au sens classique. Parsons et Woolfson imaginent les albums, recrutent les musiciens et les chanteurs en fonction des morceaux. Sur les disques, on croise ainsi des voix et des instrumentistes
différents, plutôt que quatre ou cinq membres permanents qui défendraient leur identité musicale album après album.



 

Et pourtant, quelle discographie !

Dix albums, entre 1976 et 1987, avec cette volonté permanente de construire des univers plutôt que d’empiler simplement des chansons…Du très baroque , ambitieux et délicieusement démesuré  Tales of mystery and imagination tiré de l’univers d’Edgar Allan Poe jusqu’au très élégant Eye in the sky ( d’autres albums mois populaires suivront cet album à succès ) .

Alors oui, évidemment, il y a du Pink Floyd dans l’ADN , mais on trouve aussi certaines variations dans la séquence !

 
Là où Pink Floyd peut installer une ambiance pendant dix minutes et vous laisser contempler votre plafond en vous demandant si votre existence a encore un sens, Alan Parsons cherche souvent davantage la mélodie et l’efficacité pop : Eye in the sky en est le meilleur exemple. Alors bien sûr , on va me rétorquer que c’est une chanson  pour midinettes , d’ailleurs elle avait un certain succès dans les boom ! ( je n’ai pas encore l’âge des surprises parties ) mais avouez , cet album , Eye in the sky , vous adorez l’écouter ! et bien plus qu’un album solo de Roger Waters !!!!

Et puis il y a cette obsession du son parfait.

Chez Parsons, le studio n’est pas simplement l’endroit où l’on enregistre la musique : le studio devient un instrument.
C’est probablement l’un des points qui rapprochent le plus Alan Parson Project de Pink Floyd, mais aussi ce qui lui donne sa personnalité propre.

Parsons vient du monde de la technique. Il sait comment faire sonner une batterie,comment placer une voix, comment utiliser les synthétiseurs, comment créer une profondeur sonore. Son passé d’ingénieur à Abbey Road est omniprésent. Mais il
ne se contente pas de reproduire les recettes qu’il connaît : il les transforme en laboratoire.

Alors, Pink Floyd discount ?

Si l’on entend par là : « un groupe qui possède quelques-uns des mêmes ingrédients que Pink Floyd », pourquoi pas.

Si l’on entend : « une pâle copie du Floyd « , certainement pas.

Parce qu’entre The Dark Side of the Moon et Eye in the Sky, il y a certes un cousinage évident. Mais entre les deux, il y a aussi une différence fondamentale : Pink Floyd cherche à créer une expérience de groupe ; Alan Parsons Project cherche à construire des mondes sonores.

Et personnellement, je préfère finalement une autre définition.

Alan Parsons Project, c’est peut-être le Pink Floyd qui aurait fait un stage chez les Beatles, étudié l’ingénierie du son à Abbey Road et décidé ensuite de devenir architecte plutôt que rock star.

Ce n’est pas Pink Floyd. Ce n’est pas un sous-Pink Floyd. C’est Alan Parsons Project.

Et si vous ne l’avez pas réécouté depuis Eye in the Sky en 1982 ( ce que je ne crois pas ), il est peut-être temps de remettre le casque.


 

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