Arcade Fire – Halle Tony Garnier (Lyon), 26/11/10

Live | publié le 29 Nov 2010 par | 2 070 vues

Voilà typiquement le concert qu'on attend, et qu'on appréhende en même temps. Qu'on attend parce qu'on a d'excellents souvenirs de la dernière prestation du groupe à laquelle on ait assisté - quand bien même elle remonte à plus de trois ans - et qu'on appréhende aussi, parce que si les américano-canadiens ont fait leur petit bonhomme de chemin depuis Funeral, et grâce au soutien de quelques personnages illustres et bien placés, remplissent maintenant quasiment les stades, on sait pertinemment ce que la halle Tony Garnier vaut comme salle de concert et comme il est rare qu'un show s'y déroulant laisse durablement une bonne impression (pour ma part en tout cas).

Passons sur le prix prohibitif de la place - j'ai beau admettre, aussi secondaire leur présence soit-elle - que la scène ne manquait pas d'artifices divers, j'ai toujours du mal à comprendre qu'on puisse dépenser trente-six ou quarante euros pour aller voir un concert. C'est l'occasion de remercier aussi la personne à qui je dois mon invitation puisque la production n'a daigné répondre ni "oui", ni "non", ni "merde, votre torchon bourré de fautes d'orthographe et vos vidéos à deux balles ne nous intéressent en rien" à ma demande de pass photo (je dois sûrement avoir un vrai problème de crédibilité, il faudrait aussi que j'arrête un peu de me la péter et de me prendre pour la blogothèque*). Cela dit, pour revenir au coté mercantile de la chose, notons qu'une partie des fonds de la tournée (un euro par place vendue il me semble) est reversé à l'association Partners in Health, qui oeuvre à Haiti (d'où est partiellement originaire Régine Chassagne).

Content d'assister à ce concert d'Arcade Fire sans à priori ni aucune attente particulière donc. Curieux aussi de revoir un concert à la Halle Tony Garnier, et de voir si les choses ont un peu changé depuis le dernier que j'y ai pu y voir (difficile de me rappeler duquel il s'agit). Réponse: pas vraiment, le genre d'évènement qui s'y produit est toujours une machine incroyablement bien huilée. Ouverture des portes 19h30, début de la première partie - Fucked Up, des Canadiens eux aussi - à 20h00 pétantes, ce qui me vaut de la rater immanquablement, la mauvaise habitude de ne jamais se pointer aux concerts avant 20h45. A 21h00 pile, les lumières s'éteignent et l'intro de l'album The Suburbs se fait entendre. C'est parti pour une heure trente de rock énergique (beaucoup) et lyrique (un peu) avec "Ready to Start", début plutôt bien choisi.

A ma grande (et bonne) surprise le son n'est pas complètement dégueulasse. On peut même se passer de bouchons et j'avoue que c'est assez agréable. Les musiciens (j'en compte huit) sont judicieusement placés sur scène, ils occupent bien l'espace et changent d'ailleurs régulièrement de place et d'instrument. Coté chansons, les titres des deux premiers albums ne sont pas oubliés, bien au contraire - et ça c'est très bien (même si Neon Bible reste pour moi le moins intéressant des trois albums, "No Cars Go" ou "Intervention" gagnent véritablement leur légitimité sur scène). En fait, certains d'entre vous ont peut-être eu l'occasion de voir sur youtube le live capté au Madison Square Garden par Terry Gilliam il y a quelques mois; le concert de ce soir, et certainement ceux du reste de la tournée, en sont très proches. Même formation, même décoration de scène, visuels projetés sur grand écran, mêmes lumières, et à peu de choses près - même setlist. Cela confirme l'impression, malgré la spontanéité du collectif, leur attitude de gamins spasmophiles et hyperactifs sur scène, à brandir leurs tambours et à taper dessus comme des forcenés en remuant corps et tête, que les moyens techniques laissent peu de places aux écarts et que le set est réglé comme du papier à musique. Peu importe, l'illusion fonctionne - et le public a l'air d'apprécier grandement.

Après trois ou quatre titres plus lents et une petite baisse de régime un tantinet trop longue (la salle est bien trop grande et il y a beaucoup trop de monde pour qu'on puisse se sentir suffisamment en intimité pour apprécier les chansons plus douces et introscpectives - et malgré toute leur bonne volonté, les rigolos qui brandissent leur portable allumé comme un briquet n'aident pas vraiment) les choses sérieuses reprennent; Win Butler, Régine Chassagne et les leurs servent alors sur un plateau "Month of May", "Tunnels", "We Used To Wait", pour finir un peu plus tard avec "Power Out" et "Rebellion Lies" enchaînés. Un final on ne pouvait plus explosif qui fait son petit effet. Le groupe reviendra en rappel interpréter "Intervention" et "Wake Up". Les lumières se rallument pour laisser apercevoir les sourires sur les visages : Arcade Fire a donc pour ses concerts pris le parti de l'énergie, du rock pur et dur, pas tout à fait au détriment de celui de l'émotion - mais il faut le constater, malgré quelques moments forts ("My Body is a Cage", majestueusement chanté par Win Butler) on est bien loin de l'esprit torturé qui m'avait conquis dans Funeral de ce coté là, et qui séduisait par sa mélancolie, par sa douceur instantanée et mystérieuse. On ne peut nier que le groupe est généreux et donne tout ce qu'il a sur scène, et ce n'est assurément pas pour le pire - mais ce qu'il a gagné en puissance et en énergie, il l'a définitivement perdu en subtilité.

Pour autant, on ne peut pas dire que ce fut un mauvais concert, loin de là. Arcade Fire reste un groupe incroyablement convaincant, sur disque comme sur scène. J'ai lu ici et là plusieurs fois le raccourci (un peu facile) selon lequel Arcade Fire se situait à peu près au milieu entre U2 et Godspeed You! Black emperor. Je dirais qu'il est désormais beaucoup plus près du premier que du deuxième, pour le plus grand plaisir d'une majorité sans doute - dont je ne fais pas partie...

crédits photo (volé sans vergogne) & un report un peu plus enthousiasme que le mien : Pascale Ragon

(* sans aucun sous entendu négatif sur ce site dont je suis fan, faut-il le préciser)

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Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).