Oxbow + Pneu + FiliaMotSa – Grrrnd Zero (Lyon), 16/11/09

Live | publié le 24 Nov 2009 par | 2 134 vues

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C'est le deuxième concert d'Oxbow auquel j'assiste, j'avais raté leur passage au Sonic il y a deux ans (un des touts meilleurs concerts qu'on ait pu voir dans la péniche rouge semble t'il) me rattrapant donc à la Maroquinerie l'année dernière lors de leur passage avec Red Sparowes et Harvey Milk. Un groupe incroyable, Oxbow, qui démultiplie sur scène de façon extraordinaire une énergie noirâtre que les disques ont déjà du mal à contenir - un peu à la façon d'Enablers : quoi que vous en pensiez, vous ne connaissez pas ce groupe tant que vous ne l'avez pas vu sur scène.

Pour l'heure c'est FiliaMotSa qui est sur scène lorsque j'arrive au Grrrnd Zero, le groupe joue depuis quelques minutes et moi j'ai déjà une bière toute fraîche qui me tombe dans les mains sans que je demande rien (c'est la classe quand même, dommage que ça n'arrive pas plus souvent). Mais revenons à nos moutons, FiliaMotSa est un duo nancéen violon - batterie qui n'est est pas à son premier concert par chez nous - ils ont déjà joué au Grrrnd Zero Gerland il y a  quelques temps (et comme par hasard je n'y étais pas non plus). C'est donc pour moi l'occasion de les découvrir, après en avoir entendu parler en bien. Et en effet ce n'est pas décevant, la violoniste procède à de multiples empilages de boucles (qui ne sont pas sans rappeler celles d'Agathe Max dans un autre style, peut-être plus épuré?), certaines passées dans des effets alors que son acolyte batteur remplit l'espace rythmique avec foison de roulements et rythmes plus ou moins syncopés. Techniquement c'est plutôt impressionnant, on a affaire à deux virtuoses on peut le dire - mais  la scène du rail théatre est bien grande pour deux, et malgré un set très énergique le duo semble un peu statique, assez peu à l'aise. Somme toute un peu prisonnier de sa formule, comme beaucoup de duos, son set finit par s'éterniser un peu mais laisse une suffisamment bonne impression pour me donner envie de me pencher sur le disque qui vient tout juste de sortir sur Chez Kito Kat, Tribute To KC. A suivre.

C'est un tout autre duo qui s'installe ensuite, puisque ce sont nuls autres que les Tourangeaux de Pneu qui arrivent, gonflés à bloc (mouahaha ça fait une semaine que j'attendais de la faire celle là, ndla). Posés au milieu de la salle comme à leur habitude, entourés, que dis-je, submergés par le public environnant, qui s'approche pour finir par ériger une véritable muraille humaine autour d'eux, les deux musiciens démarrent leur concert sur les chapeaux de roues (mouahaha bis - ndla). Moi je regarde ça depuis le balcon, et à n'en pas douter ce doit être une toute autre expérience de faire partie du cercle tout privilégié qui assiste au concert depuis le premier rang rond - en tout cas si j'en crois le regard captivé d'un camarade qui hésite par intermittence entre se laisser aller à la fascination que cette décharge de décibels lui procure et se plier au sens inné du devoir de reportage, qui le pousse immanquablement à prendre quelques bien jolies photos qu'on peut regarder ici.

Depuis le balcon, c'est un peu pareil en moins violent, on en prend plein la gueule aussi (dommage à ceux qui avaient oublié leurs bouchons) mais comme pour le groupe précédent, ça finit par devenir un peu longuet - plus de quarante cinq minutes (cela dit il faut souligner que les deux formations ont fait de la route, c'est plutôt une bonne chose que l'orga stricte et carré de Maquillage et Crustacés - en collab avec quelques autres dont Ostrobotnie je crois - ait permis aux groupes invités de jouer plus de vingt minutes sans que la soirée se termine à deux heures). En tout cas, un set aussi long et physique, voila qui doit être bien crevant (celle là je l'avoue, je l'ai piquée à Gérald, ndla).

Puis Oxbow finit par prendre le contrôle des opérations. Histoire d'alimenter la polémique (j'aime bien foutre mon bordel, et ouais) précisons que l'air du rail théatre est déja quasi-irrespirable car saturé de fumée de clope, et que malgré une bonne volonté évidente la combustion de multiples fagots de bâtons d'encens - même si elle atténue un peu l'odeur de cendrier froid persistante - n'arrange pas vraiment l'affaire. Eugene Robinson et les trois musiciens qui l'accompagnent (pour mon plus grand plaisir Niko Wenner est de retour à la guitare après sa petite escapade avec Celan) s'installent dans la salle, pas très loin de l'endroit ou Pneu vient tout juste de jouer, pour un petit set acoustique - non amplifié - de cinq ou six titres. Grosse déception, cela aurait pu fonctionner à merveille et donner un bien beau et rare moment de live intime comme on les aime. Mais le groupe est bien trop près du bar, et depuis l'endroit où je me trouve (pourtant pas si loin du groupe) la voix d'Eugene est totalement recouverte par quelques braillards imbibés dont la musique n'est décidément pas assez bruyante pour effleurer l'esprit (marrant, on les retrouvera dans les premiers rangs quelques chansons plus tard pendant le set électrique). A ce moment-là on se prend à rêver d'une démonstration ultra violente de free-fight de la part du chanteur mais non, pas de violence, on se calme, on prend une bonne inspiration (Uuh hum... non, pas là finalement, ndla) et on se concentre pour essayer d'écouter, sans réel succès.

Le set électrique est définitivement plus adapté au public de ce soir et à la configuration de la salle. Comme à son habitude, Eugene se révèle un showman ultra impressionnant, jouant avec sa voix avec dextérité, lui faisant accomplir un véritable spectacle de transformiste ; cris, gémissements, sursautements vocaux, accompagnant la musique d'une présence physique incroyablement imposante. Parlons-en de ces musiciens : certes, si le son n'était pas parfait (depuis le coté droit de la scène, la basse était difficilement audible, et l'ampli de Wenner avait tendance à couvrir quelque peu le reste) rarement on a vu un groupe jouer avec autant d'osmose, manipulant les parties avec juste ce qu'il faut de tension et de fluidité. Les rythmes jouent au montagnes russes, entre passages noisy et refrains carrément blues. Je suis définitivement fan du jeu de guitare de Niko Wenner : open tuning, slide, tout ce que j'aime, décidément je suis incapable de trouver la moindre chose à redire à tout ce que fait ce bonhomme. Malgré le strip tease et les poses d'Eugene qui frôlent toujours aussi délicieusement l'indécence, le set se termine (après un rappel de trois morceaux) avec un petit goût de moins bien, la claque de la première fois (la Maroquinerie) pas encore tout à fait oubliée en ce qui me concerne. Mais pas de doute, c'était un concert de haute voltige auquel on a assisté ce soir. Pas vraiment sur qu'Oxbow mérite le titre de meilleur groupe du monde (chacun son classement!) mais il n'en est pas loin. Ajoutez à la soirée le plaisir de discuter avec bon nombre de têtes connues et appréciées (c'est toujours agréable), enlevez l'odeur de fumée qui empeste vos fringues lorsque vous rentrez chez vous et quelques uns des braillards je-m'en-foutistes qui se croyaient encore seuls au monde ce soir, et on approchera enfin de la soirée parfaite.

Photo : Hazam Modoff

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Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).