Simian Ghost / Infinite Traffic Everywhere

Disques | publié le 21 Août 2011 par | 1 722 vues

Éloge de la bienheureuse coïncidence: tomber amoureux chez un ami suédois alors que l’on est sur le point de rejoindre l'Hexagone, délicieux évènement qui embellit encore plus le souvenir du voyage. Attention, il n’est pourtant pas ici question de s’enticher une fois de plus de ces magnifiques amazones blondes aux affolants yeux bleus dont la Suède semble avoir fait une de ses spécialités, mais plutôt de la pop électronique toute en sensibilité du local de l’étape: Sebastian Arnström, musicien issu de Gävle, ville située à 160 kilomètres au nord de Stockholm où il fait, comme on peut le deviner, très froid l’hiver. 

Mais fi de ces considérations géographiques et météorologiques fort succinctes, et intéressons-nous donc au sieur Arnström; jeune homme aux multiples talents puisque musicien et membre de Aerial, groupe de post rock du même coin mais aussi DJ et artiste visuel. Et c’est ici le premier opus solo du bonhomme, sorti voici déjà un an sous le pseudonyme de Simian Ghost qui nous interpelle. Enregistré dans un coin de garage, l’album intitulé Infinite Traffic Everywhere a fait son petit effet dans les médias suédois et après écoute de celui-ci, nous pouvons conclure que le buzz existe à juste titre. Après une rapide introduction, l’album débute réellement avec "Sequenced Dreams of Independence", morceau tout en progressions, guitares et claviers liés, encadré par une voix aux accents Jason Lytlien, qui sonne comme la meilleure chanson du Postal Service non écrite par le Postal Service. Coup de maître instantané et démonstration du jeune Arnström à maîtriser le fragile équilibre entre machines et sensibilité à fleur de peau pour créer plus de cinq minutes de douceurs musicales toutes en émotions. "Star Receiver" joue avec des qualités similaires en accentuant le côté pop tout en conservant une mélancolie tenace, portée par cette voix au ton désabusé. "All I know is but a fog" accélère le tempo et s’autorise même une guitare saturée. "Transparent is OK", avec ses airs de morceau perdu des Thrills s’impose, comme le single tout en classe de l’album, avec sa mélodie à la guitare acoustique tandis que "Kneel to Kim" ressemble à de la shoegaze passée dans un mixer pop avec de délicieux morceaux de “hoohoohoo” à l’intérieur. Impossible donc de ne pas retrouver dans Infinite Traffic Everywhere tout un tas d’influences. Mais celles-ci sont plutôt de très bon goût et franchement intéressantes lorsqu’elles sont assimilées et réinterprétées pour la création du propre terrain de jeu de l’artiste ("Perfectly Aligned" résonne au contraire comme un pastiche inutile et finalement assez ennuyeux d’un Radiohead période Kid A) .

Avec son travail à la "Do It Yourself", Sebastian Arnström s’affirme comme un artisan aux compétences d’orfèvre d’une musique à la mélancolie douce-amère et aux mélodies cristallines. Depuis la sortie du premier album et comme rattrapé par une frénésie créatrice, Simian Ghost a réalisé un EP (Lovelorn), un single (Bicycle Theme) rempli de remixes, joué une grosse poignée de concerts en Suède et suite à ces prestations scéniques réalisées en trio est devenu un "vrai" groupe. Un nouvel album est aussi prévu dans les prochaines semaines. En attendant celui-ci, autant se féliciter de ces bienheureuses coïncidences qui vous font  quelquefois découvrir un petit morceau de beauté de manière inattendue et se dire que, merde, la vie est (parfois) bien faite.

En écoute: "Sequenced Dreams of Independance"

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.