Il y a un an sortait Everything Changes, Everything Stays The Same, album qui vint enluminer la reformation de The Loft, ex groupe indé et fondateur du catalogue Creation, qui auto-explosa au milieu des eighties après seulement une paire de singles archi prometteurs… On a toujours suivi depuis lors Pete Astor ( cf interview), incontournable figure centrale du groupe, et on avait apprécié Weather Prophets ( partielle reformation de The Loft en 1985) , ou Holy Road en leurs temps. Bref, des souvenirs qui ne remontent pas exactement à hier… Disons à avant avant-hier? Mais The Loft se sont réunis à nouveau . Ils sont aujourd’hui quatre londoniens dans la soixantaine, quatre « bons amis » qui auraient pu passer à tout autre chose plutôt que de rejouer de la jangle pop à guitares claires façon C86, à 65 ans de moyenne d’âge. Le destin fait des détours imprévisibles, n’est-ce pas?
On les avait vus en septembre 2025 au Paris Pop Fest et le moment fût excellent, réjouissant, musicalement sans égarements ni indécisions. Le répertoire classique des années 80 ( « Up the Hill and Down The Slope » / » Why Does the Rain »…) ainsi que les titres du nouvel album tenaient , un peu hors de toute mode – surtout celle du moment – il faut le souligner. Public ravi! Astor, Dave Morgan, Andy Strickland et Bill Prince n’avaient visiblement pas grand chose à faire des hypes actuelles, mais souhaitaient, par contre, jouer leur song writing si typique et si merveilleusement ciselé. Cela sans esprit de revanche bien entendu.
Badges est paru le 8 mai. Sur la pochette on voit une accumulation de badges, justement, qui si on est familier de l’univers du groupe et de celui d’Astor, sont ceux qui ornent un gilet en jeans suspendu dans l’appartement de ce dernier. On pense aux vêtements populaires de la tradition anglaise des Perlies … L’effet rendu par le gros plan est coloré, référencé, renvoie à une culture à la fois rock et cheap. L’ image peut aussi faire penser à tous ces post it que l’on colle ici et là pour se souvenir de tel rendez-vous, de telle petite chose à faire ou encore de telle personne à rencontrer si on n’est pas adepte des agendas sur i-phone… Vintage tout ça ? Pour ce qui est de la question du temps passé ou plus exactement du souvenir, elle est présente (!) parmi les 10 chansons de ce nouvel lp de 30 minutes pile… Dans « Ex-Lovers And Long Lost Brothers », « Goodbye Saturday Night » notamment. Mais ceci ne fait pas de Badges un album mélancolique pour autant. Un album plein de classe, par contre, c’est oui, certainement…
Si je ne comprends pas avec certitude tout ce que signifient les paroles de certaines chansons, il y a beaucoup de souvenirs personnels qu’on perçoit ici et là, pas explicites mais suffisamment perceptibles. La classe ressentie vient de l’écriture des chansons, des mélodies fluides, des guitares – en particulier celle de Strickland . Il me faut d’ailleurs m’arrêter sur le jeu du guitariste, remarquablement précis et stylé. Je n’ai pas pu m’empêcher, quasi spontanément, de penser à Tom Verlaine, mais aussi à Buddy Holly, T-Rex, Lou Reed et Sterling Morrison… Il y a pire références, me direz-vous, bien que vous aurez noté que toutes se situent entre sixties et début eighties…Quand je disais que la mode n’intéresse pas The Loft!

« CamperVan » et « Rob Rides The Sunset » (magistrales) sont mes deux chansons préférées. Chaque titre est cependant une petite réussite. Tous s’enchaînent sans artifices, avec une réelle authenticité qui devient exaltante à leur écoute. Il y a de la virtuosité et de l’intention artistique dans Badges. Réunir les deux n’est pas si commun, ni donné à tous – on a des virtuoses qui ne nous donnent pas d’émotion et des artistes qui devraient parfois développer leur savoirs faire… Ce n’est pas le cas chez The Loft, sans doute grâce à la chimie créative du binôme Astor/ Strickland et à l’alchimie joyeuse des quatre musiciens réunis.
Alors ce disque est encore meilleur que son prédécesseur qui était déjà très bon. Il y a de l’intemporel ici et pas mal de charme. De l’expérience de la vie aussi, et des expériences douloureuses qui n’ont pas gâté la poésie présente dans un groupe qui, s’il faillit être oublié, se rappelle à nous sans ostentation. The Loft ne sont pas à classer dans les outsiders largués, figés dans le passé, gauchistes et intellos un peu trop utopistes pour qu’on les remarque vraiment parce que trop cools ou trop décontractés – que sais-je ? . Ce qu’il n’aurait pas fallu qu’ils soient pour être restés sur le devant de la scène durant leur jeunesse chaotique des années 1980… Franchement? Je crois qu’ils s’en moquent et moi aussi. Parce que c’est finalement dans la maturité de ses musiciens que The Loft s’est trouvé. C’est dans ce temps que nous les retrouvons avec plaisir.
NB: en partenariat Life is a Minestrone/ Dark Globe, Pete Astor sera en concert solo à Nîmes le 4 septembre prochain – on vous le rappellera.
https://the-loft.bandcamp.com/album/badges
Photo Peter Astor avec The Loft , Septembre 2025 (c) Dark Globe.fr

Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.