French Films / Imaginary Future

Disques | publié le 24 Fév 2012 par | 1 240 vues

A la presque fin de leur concert à La Flèche d’Or, le guitariste des French Films, celui avec le look super frisouille, a attrapé une canette de bière, se l’est versée sur la poire avant de la balancer dans la fosse comme un rebelle qu’il est. Sans doute pour prouver qu’il était jeune ou qu’en Finlande, on sait aussi être des rockers purs et durs et faire des trucs un peu oufs. Ou encore parce que la bière était frelatée.

Toujours est-il que cet acte par lui-même aurait pu - ou du - valoir aux French Films une chronique assassine dans ce webzine lu par ma mère, et parfois quelques cousins éloignés, voire le pitbull enragé de Monsieur DarkGlobe. Passe encore sur le fait que c’était un geste à la con, parce que mettons-nous d’accord, c’est d’habitude le genre de trucs qui me fait bien marrer. Mais bon, ce jour-ci, l’humour avait des limites qui se situaient matériellement au premier rang, soit précisément l’endroit où je me trouvais, éclaboussé par les restes de houblon et le ricochet de la canette sur l’objectif de mon appareil photo tenu à cet instant par mon amoureuse. Autant de raisons de déclencher une petite vendetta envers ces jeunes gens au look pas Strokes mais presque. Mais ne comptez pas sur moi pour me laisser entraîner par les pentes abruptes et glissantes de la vengeance. Non seulement parce qu’au sein de la rédaction, nos petits coeurs débordent de mansuétude et de pardon et que, oui, finalement, nous aimons la plupart de nos semblables. Mais aussi parce que, il me faut bien l’admettre, au vu de leur prestation, ils ne le méritent pas vraiment. En fait, certainement pas. Voire même pas du tout. Le concert était punchy comme il faut et le plaisir des cinq jeunots sur scène absolument communicatif. Au point de me retrouver, après une très maladroite et avortée négociation sur le prix de l’objet, avec le CD de Imaginary Future entre les doigts, histoire de raviver si possible l’enthousiasme de la soirée passée.

L’album pose ses bases dès le premier morceau : "Dead Town" et son intro à la Cure. La recette se fait harmonieuse : les mélodies sont accrocheuses, les guitares de sortie, la voix d’adolescent juste assez crâneuse et un clavier supporte l’ensemble. Soit l'équivalent d’assez d'ingrédients pour figer sur mon visage un large sourire béat qui ne me quittera qu’à la fin de l’album. Les deux minutes de "You Don’t Know" et ses "ohohohohoh" se savourent comme un punk rock naïf et rajeuni au parfum de Ramones. "Pretty in Decadence" fait l’effet d’une langue de chat sur le dos de la main avec son refrain râpeux. Le rythme, au taquet depuis les débuts, reprend son souffle avec "The Great Wave of Light" avant d'opérer un redémarrage sous contrôle avec "Escape in the afternoon", d’appuyer un bon coup sur l'accélérateur surf music de "Convict" tout en gardant de l'énergie sous la semelle pour "New Zealand". "Up The Hill" conclue Imaginary Future en trois mouvements: une longue mise sous tension, un déboulé en trombe avant de s’achever dans un souffle. L’album, avec sa petite demie heure, s'apprécie d’une traite avec son plein d’enthousiasme, sa pop ciselant chaque morceau comme un single. Mais de toutes ces petites douceurs, c’est le juste tout à fait excellent "Golden Sea" qui décroche le pompon de la félicité avec ses deux minutes vingt comme un écho des meilleurs titres des Drums première époque. Et c’est bien auprès de leurs aînés américains que l’on imaginerait s’agiter les French Films, comme des frangins un peu turbulents. On retrouve chez les deux groupes les mêmes repères musicaux et penchants stylistiques: la basse cold wave, les claviers, les facilités mélodiques, les inflexions vocales comme un besoin d’en découdre avec le malheur. Mais là ou le premier album des américains avait tendance à s'égarer, à s'écarter de la falaise à cause du vertige, French Films ne tortille pas et saute directement pour le plaisir, une canette de bière à la main; bienheureuse inconscience de la jeunesse.

P.S: pour en finir avec cette histoire et enfin détendre les tensions Finlande - France consécutives à cet incident diplomatique de lancer de canettes, et accessoirement, être tout a fait honnête, le gratteux est bien venu s’excuser à la fin du concert. Enfin il a essayé. Il a juste eu le temps d’esquisser quelques mots avant d'être interrompu par une pétasse qui l’accrocha comme un morpion en chaleur et à qui il renvoya regard dubitatif et sourire crispé avant de retourner ranger son matos.

En écoute: "Golden Sea"

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.