Interview – Say Sue Me

Ce n’est sans doute pas de la patrie de la K-pop que nous nous attendions un coup de coeur musical. Preuve s’il en est, que l’amour tout autant que les mélodies imparables savent traverser les frontières et nos préjugés à la con. Say Sue Me vient de Busan, la deuxième ville de Corée du Sud; une métropole dont la réputation dans nos contrées se résume certainement principalement à un film de zombies sorti en 2016. Déjà auteurs de deux albums (We’ve Sobered Up et Where We Were Together), le groupe a digéré à la fois dans ses compositions les mélodies accrocheuses de l’indie / surf rock des nineties, la mélancolie adolescente période Sarah Records en y rajoutant une sensibilité sereine flirtant avec une naïveté rafraichissante ; un trait de caractère sans doute propre aux habitants du Pays du Matin Calme. Pas vraiment prophètes dans leur pays qui leur préfère sans doute et comme actuellement le monde entier d’ailleurs, des formations interchangeables et marketées, représentées par ces jeunes femmes à la plastique parfaite et autres garçons à l’androgynie lumineuse, Say Sue Me enchaîne les tournées en Europe et aux Etats-Unis avec, cette année, un arrêt prévu sur Lyon au début du mois de Septembre. Sur les pentes de la Croix-Rousse, une bière à la main, Sumi (chant et guitare), Byungkyu (guitare et choeurs) et Jaeyoung (basse) nous parlent de leur nouvelle vie de tout à fait discrets et relatifs indie rockstars coréennes. Spoiler alert : ça n’a pas grand chose à voir avec le tryptique sex, drugs & rock’n roll.

Est-ce que vous pouvez me raconter l’histoire de Say Sue Me? 

Sumi –  Byungkyu et Jaeyoung se connaissaient depuis l’école primaire et ont commencé tous les deux à jouer de la musique ensemble. Ils m’ont ensuite contactée pour me proposer de chanter dans le groupe.

La Corée du Sud est la République Mondiale d’Internet et de la technologie ; ce n’est pas compliqué pour trouver ce que tu recherches.

Byungkyu – Jaeyoung et moi avions joué dans plusieurs groupes auparavant mais le résultat ne nous plaisait pas vraiment.  Lorsque nous l’avons contactée, Sumi était une personne de notre entourage. Nous n’étions pas pour autant proches mais après lui avoir demandé de chanter, nous avons rapidement apprécié sa voix. Nous avons donc commencé Say Sue Me en 2012, sans avoir de plans établis, avant tout juste pour s’amuser.

C’était facile d’avoir accès à la musique indie-rock en Corée ? 

Byungkyu – En fait, c’est l’administrateur de notre chatroom qui nous a fait écouter des morceaux et fait découvrir ce style de musique! Et nous avons tout de suite adoré.

Sumi – Une fois lancés, nous nous sommes plongés dans cette culture indie-rock américaine des années 90. Nous fouillions sans arrêt sur Internet pour trouver de nouveaux morceaux. Tu sais, la Corée du Sud est la République Mondiale d’Internet et de la technologie ; ce n’est pas compliqué pour trouver ce que tu recherches !

Est-ce que vous avez appris à jouer de vos instruments par vous-mêmes ou en suivant des cours dans une école ?

Byungkyu – Notre batteur actuel est un vrai professionnel : il a appris dans une école et donne des cours. Mais des membres originaux de Say Sue Me, je suis le seul à être allé dans une académie de musique. Cela a néanmoins duré très peu de temps. Ce type d’enseignement ne me convenait pas. J’écoutais déjà pas mal de musique et je voulais passer directement à la vitesse supérieure et composer. J’ai donc commencé à écrire puis j’ai rassemblé un groupe autour de moi. J’ai ensuite rencontré des gens dans le domaine de la musique et tout s’est enchainé rapidement.

Nous sommes le seul groupe de Busan à jouer de l’indie-rock… En tous cas, à notre connaissance !

Est-ce que vous aviez déjà des goûts musicaux en commun ?

Sumi – Byungkyu et Jaeyoung ont grandi ensemble donc ils ont toujours écouté à peu près le même type de musique. Je suis beaucoup moins difficile de mon côté, plus éclectique dans mes goûts musicaux. Mais nous sommes le seul groupe de Busan à jouer de l’indie-rock… En tous cas, à notre connaissance! (rires). Autour de nous, je connais très peu de personnes qui écoutent ou apprécient ce genre de musique donc je pense que notre rencontre était vraiment idéale !

Comment se déroule l’écriture des morceaux ? 

Byungkyu – C’est moi qui m’occupe de la musique jusqu’à la mélodie vocale. Je la fredonne tandis que Sumi s’occupe de trouver des paroles.

C’est compliqué de trouver des salles de concert où jouer en Corée du Sud ? 

Sumi – Oui, plutôt. J’ai l’impression qu’il y en avait quelques-unes auparavant mais désormais ce sont surtout des pubs dans lesquels nous jouons.

Est-ce que vous faites partie d’une scène en Corée ?

Sumi – Je ne connais pas vraiment de groupes qui jouent la même musique que nous. Et nous ne sommes pas spécialement proches d’autres musiciens. Il y a deux, trois groupes avec lesquels nous tournons parfois mais leur style serait plutôt punk ou rock’n roll.

La scène musicale est-elle différente entre Séoul et Busan ?

Sumi – Je ne sais pas si tu peux vraiment parler de scène musicale à Busan. En Corée, comme pour tout le reste, tout se concentre à Séoul. D’ailleurs, notre label coréen, Electric Muse, se trouve là-bas et nous y enregistrons nos morceaux.

À quoi ressemble votre public en Corée ? 

Sumi – Au début, nous jouions souvent devant des expatriés, des étrangers qui vivaient, travaillaient en Corée. Aujourd’hui, les jeunes femmes en Corée du Sud sont les principales consommatrices de musique sur Internet et j’ai l’impression que nous retrouvons ce phénomène dans notre auditoire. La dernière fois que nous avons joué un concert à Hongdae (un quartier universitaire de Séoul, ndla), j’étais surprise de remarquer que la grande majorité de notre public était des femmes très jeunes. En Europe, les gens qui viennent nous voir jouer sont plus âgés.

Qu’est-ce ça fait de voyager dans le monde entier pour jouer votre musique ?

Sumi – C’est un mélange de sensations assez complexes : quelque chose de différent se passe quotidiennement ce qui donne une impression presque irréelle à l’ensemble. Mais par dessus tout, c’est particulièrement épuisant.

Quel est l’endroit le plus étrange dans lequel vous avez joué ?

Byungkyu– Je crois que c’était à Lille et que le lieu s’appelait le DIY.

Sumi – Ce n’était pas le pire endroit mais c’était certainement très étrange. Et ça méritait totalement son nom car tout y était vraiment DIY : Il y avait juste un haut parleur, pas d’ingénieurs du son, personne pour s’occuper de nous… C’était un peu la panique. Nous avons aussi joué dans un bunker en Allemagne ; un lieu très sombre et humide. Mais ce sont des souvenirs plus bizarres que mauvais.

Vous êtes jeunes et coréens. Il n’y a pas de pression sociale sur vous au sujet de l’emploi et du mariage ? 

Sumi – Nous ne sommes pas si jeunes que cela, tu sais (rires) ! Nous sommes nés en 1985 et 1988. Evidemment, mes parents ne sont pas spécialement heureux parce que je joue de la musique et qu’être musicien ne leur semble pas un travail très stable ni très rémunérateur. Mais ça passe encore. Par contre, j’ai une plus grosse pression au sujet du mariage. Mais lorsqu’ils abordent le sujet, je fais de mon mieux pour les ignorer. (rires)

Byungkyu – C’est sans doute plus cool pour les garçons parce que mes parents ne m’en parlent jamais.

Les plans pour le futur ? 

Sumi – Nous repartons en Corée en Octobre avant de partir jouer en Novembre dans des pays asiatiques du sud-Est : Hong Kong, la Thaïlande… Nous sommes super excités. Je crois que nous prenons l’avion tous les mois jusqu’à la fin de l’année.

Vous étiez déjà venu en Europe avant Say Sue Me ?

Sumi– Oui. D’ailleurs, mon premier voyage en dehors de l’Asie était en France. À l’époque, j’avais déjà remarqué que vos rues n’étaient pas très propres (rires) !

 

Photos et traduction: Orimyo

 

 

Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.