Lloyd Cole / L’Usine (Istres), 9/11/2019

Le temps passe et nous nous adaptons, nous changeons. Rien de plus naturel. De l’âge et de ses petits désagréments, Lloyd Cole (58 ans) en parle entre les titres joués. Avec cet humour pince sans rire typique, celui qui caractérise les plus brillants sujets de sa majesté britannique. Ainsi entame t-il la soirée du 9 Novembre par sa boutade désormais classique: «Vous n’avez pas l’air si jeune, vous aussi». L’homme qui se tient sur la scène qu’il vient de rejoindre lunettes sur le nez – avant de les poser sur une table près de lui – a la moue dubitative et il scrute, avec l’air sérieux d’un professeur, un public assis (400 spectateurs quadragénaires et quinquas). Sur sa chaise, chacun apprécie la phrase comme bon lui semble.

From Rattlesnakes to Guest Work  – nom de la tournée de l’ex The Commotions – est la revisite acoustique d’un répertoire imposant, écrit depuis 1983. Tout sera joué sur des guitares dreadnought aux cordes en métal qui sonnent merveilleusement. Cole en utilise trois, dont il ajuste régulièrement et avec soin l’accordage. Droit au milieu de la scène, sous un unique projecteur, il amorce en solo ce qui devient une première partie d’un peu plus de trente minutes. Les choses sont menées à l’ancienne, à l’instar des folk singers du début des sixties, dans une forme d’intimité qui laisse toute leur place au chant et à la superbe musicalité des six cordes. Les chansons sont courtes, sans fioritures. On reconnaît «Music In a Foreign Language» (2004) dont toute la beauté et la délicatesse sont restituées.

Puis pause avec Peter Perrett et les Only Ones en fond sonore – pour se rappeler qu’on a d’abord été un jeune rocker -, avant un retour pour une heure qu’on ne voit pas s’écouler, accompagné par Neil Clark (ex The Commotions, co-auteur de plusieurs succès du groupe). A la guitare solo, le guitariste, devenu arrangeur et jazzman, compagnon de route souvent retrouvé après 1988, enlumine les titres joués. Chorus ciselés plus chant parfait (malgré «un rhume de cerveau / Head cold » qui fait oublier une chanson au grand écossais affûté pour cette longue tournée), le répertoire revisité ravive des souvenirs heureux. «Lost Weekend» (interprété un ton plus bas), «Are You Ready To Be Heartbroken»,«Perfect Skin» font fredonner le public de L’Usine (pas sold out toutefois). Les deux nouvelles compos synth-pop de Guest Work (2019) – dont «Violin», très convaincant – deviennent folk et pop. On les découvre ainsi et on les accepte tout autant que sur le surprenant album  dont elles sont issues.

Lloyd Cole a représenté une figure accrocheuse de la New Wave anglaise des eighties, il est ensuite devenu un artiste internationalement reconnu pour sa carrière solo. En l’écoutant en 2019, une nouvelle fois, on mesure les qualités de songwriter de ce fan d’Aretha Franklin comme du Dylan de Highway 61. Musicien hautement accompli, il sait trouver les plus belles progressions harmoniques pour des chansons qui tiennent seules – ce qu’il prouve sur scène par ce choix d’une épure musicale privilégiée depuis quelques années. La voix et l’articulation des mots, ses textes bien sûr, en font l’égal d’un Morrissey – pour prendre un exemple générationnel, la grandiloquence , qui ne lui serait pas utile, en moins. From Rattlesnakes to Guest Work est un régal. Public debout. «No Blue Skies» et «Forest Fire» (logiquement) viennent en rappel. La maturité a du bon, vraiment. Et c’est peut-être, in fine, «un âge plus punk que l’âge moyen» dixit le quinquagénaire tout en jeans qui, se moquant de son incapacité à lire les petits voyants lumineux de sa pédale d’accordeur, ne se fie plus qu’à sa propre oreille. Do It Yourself!

Photos et vidéos : Agnès Freling

Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.