Peter Hook & the Light + The Lanskies – Le Trabendo (Paris), 16/12/12

Live | publié le 20 Déc 2012 par | 1 752 vues

Lundi soir au Trabendo, c'était le retour de Peter Hook (légendaire bassiste de Joy Division et New Order… Non, sérieux, il est vraiment nécessaire de le présenter?) sur Paris accompagné par son groupe The Light. Après son dernier passage il y a un an et demi pour la tournée Unknown Pleasures, il revenait cette fois pour sa dernière date de l'année jouer en intégralité Closer, le deuxième album de Joy Division. Toutes ces tournées depuis deux ans ont provoqué non seulement l’ire des anciens collègues de Hooky, de quelques médias mais aussi d’une frange non négligeable de fans qui l'accusaient de trahir une certaine idée de l’héritage musical de Joy Division et New Order. En bref, de se faire du beurre sur le dos de Ian Curtis, le suicidé de l’histoire (si tu ne vois toujours pas de quoi je parle, je te recommande de mater le film Control et de revenir ici ensuite).

Arrivé encore une fois en retard (longue histoire...), je ne vois que le dernier quart d’heure de The Lanskies, groupe franco-anglo-allemand venu de Normandie au chanteur originaire de Liverpool et représentant de leur propre courant musical: la Hot Wave, soit une New Wave en plus dansante selon eux, même si niveaux sonorités, les Hot Hot Heat ou Minaars sont déjà passés avant eux dans ce style là. Malgré tout, le rendu est efficace, parfaitement dansant et entraînant ; de la pop rosbeef comme il le faut.

Le court set des Lanskies terminé, un regard autour de soi suffit pour remarquer que le tee-shirt Unknown Pleasures est la norme ce soir. Le public s’étire entre adolescents boutonneux, survivants ou revivalists cold wave et cinquantenaires chefs d’entreprise chauves et bedonnants coincés dans leur costards en tweed vert. Même si la nostalgie mercantile reste moralement discutable (mais après tout, cela fait belle lurette que les musiciens ne vivent plus d’amour et d’eau fraîche, n’est-ce pas?), on ne saurait absolument pas mettre en doute l’investissement et l’attachement sincère de Hooky pour ces chansons de même que son évident plaisir à se livrer sans retenue pendant une heure et demie, à se retrouver sous les lumières, au centre de l’attention. La chorégraphie scénique du célèbre bassiste est on ne peut plus basique résumée à ce motif qui revient encore et encore, son bras qui dessine une moitié d’arc de cercle dans les airs comme un étrange signe d’adoubement du public, mais elle reste efficace et historique (la basse au ras des pâquerettes comme l’image iconographique du bonhomme). Sa voix rauque et grave colle particulièrement bien à la noirceur de la musique. Si il paraît difficile de comparer cette dernière à celle de Joy Division, de lui dessiner une relation directe avec sa version matricielle pour de multiples et évidentes raisons, il s’en dégage quoiqu’il en soit une électricité, une tension voire parfois une violence contenue et une épaisseur qui l’éloignent ostensiblement de ces mêmes chansons reprises aussi par New Order (notamment “Transmission”, “She’s Lost Control” ou “Shadowplay”) qui mettent en avant (peut-être aussi en raison de la voix de Bernard Sumner d’ailleurs) le côté pop voire électro (“Isolation”) des morceaux. Chez Peter Hook & the Light, la cour de récré est adjacente, poreuse mais c’est ici de rock dont il s’agit.

Il faut aussi louer le sérieux du groupe qui l’accompagne, The Light, bien loin de la catastrophique mini tournée avec Peter Hook & Section 25 qui ressemblait à un énorme foutage de gueule. De leur interprétation des chansons se dégage une énergie incroyable: dans la fosse du Trabendo, les quarantenaires pogotent sévèrement, à s’en décrocher le palpitant, profitant juste ici d’un “The Eternal” pour essuyer leur front dégoulinant de sueur et se gargariser avec une bonne binouze ou hurler des hilarants “Hooky!!! ”comme des adolescentes devant une photo de Justin Bieber. Sur la fin du set, Peter Hook, épuisé, est lui aussi à la recherche d’un nouveau souffle. Il fixe plusieurs fois le plafond en soupirant avant de finir le concert torse nu, son propre tee-shirt Unknown Pleasures balancé sur la console des retours scènes. Un geste que le technicien a certainement moins apprécié que la horde de fans qui se sont jetés désespérément sur la relique serpillière. Les décennies passées ont construit un professionnalisme impressionniste de la mélancolie chez Hooky. Le set est parfaitement pensé pour les fans, hautement symbolique dans le choix des morceaux  : un clin d’oeil aux connaisseurs avec le titre “Trans Europe Express” de Kraftwerk (Ian Curtis avait l’habitude de le jouer avant les concerts de Joy Division) en musique d’ouverture, “Atmosphère” comme une dédicace au(x) disparu(s) pour débuter ce dernier concert de l’année, l’album “Closer” en intégralité avec ses crève-coeurs (“Decades”, “Heart and Soul”), un peu de punk couillu (“Digital”) ou un morceau rare (“The Drawback”) pour connaisseurs mélangés aux tubes cités plus hauts pour les rappels et surtout un “Ceremony” qui conclue les débats : dernier morceau du set astucieusement introduit par Hooky: “It’s time to say goodbye to Joy Division and hello to New Order”; petite phrase qui, mine de rien, annonce la tournée prochaine basée sur les deux premiers albums de New Order qui débute dès le mois de Janvier.

Mais toute cette abondance de mélancolie ne déborde en rien sur le malsain. Ici, elle se méfie de l’explicite et se contente des sous-entendus. Tandis que New Order frise le racolage avec un désespérant portrait de Ian Curtis diffusé à la fin de ses concerts et un débectant “Love Will Tear Us Apart” gonflé à la testostérone et orienté hymne pour les stades (ceci étant dit et pour être honnête, la version proposée par Hooky tend vers les mêmes défauts), Peter Hook & The Light offre une relecture franche, énergique, passionnée et finalement assez candide du répertoire de Joy Division. Qui l’aurait cru?

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.