En tournée pour la sortie de leur nouvel album Où va nous? Les Wampas sillonnent l’hexagone depuis février et ils ne s’arrêteront pas avant l’automne. Le groupe alternatif, exemple d’indépendance depuis 1983, qui passera par l’Olympia ( sold out) en avril, déborde d’énergie pour ses retrouvailles avec un public qui voit sans doute en lui une lumière toujours vive dans la grisaille des temps actuels.
C’est le cas ce 18 mars, jour de semaine morose dans la préfecture gardoise où on s’interroge dans les conversations sur l’issue d’un second tour d’élections municipales traduction de la fracture d’une ville sinon de tout un département… Les Wampas font-ils un peu oublier les préoccupations du quotidien? C’est bien possible. La grande salle de la Smac Paloma de Nîmes Métropole est en tout cas pleine de spectateurs ( sauf balcon resté fermé), visiblement heureux de se retrouver. Le public qui va de 7 à 77 ans (!), à l’instar des lecteurs du journal Tintin, est tout acquis à Didier Wampas et ses joyeux camarades, parmi lesquels on revoit avec plaisir Antoine Masy – Perier ( alias Tony Truant) à la guitare rythmique efficace et Effello Wampas, benjamin de cette équipée électrique, Grestch en bandoulière et teinture rose sur les cheveux. En fond de scène le nom du groupe se lit en grosses lettres flashy aux couleurs pop et kitsch, esthétique qui sied au groupe comme un gant mappa à la main d’une ménagère des publicités mid seventies… Nous savons ( en cet instant) où nous en sommes.

Assister à un concert des Wampas, c’est assister à un ensemble de rituels tout aussi rock and roll que débridés qui reviennent structurellement tout au long du show : stage diving de Didier Wampas, pogo sur « Comme un Punk en Hiver », chansons interprétées sur une chaise portée par le public, incursions du front man dans la salle et étreintes avec le public de la fosse comme avec celui des gradins. Il y a tout cela ce mercredi soir, mené sur un rythme soutenu et sur des riffs sans fioritures. Didier Wampas, 64 ans, est un performer extraordinaire, enthousiaste et décontracté. Il s’accepte tel qu’il est ( ainsi qu’ il nous le chante) et nous constatons que ce qu’il est, justement, fait du bien à tous.
Musicalement le set reprend une large part du répertoire écrit et composé sur 15 albums depuis Tutti Frutti en 1986. On reconnait instantanément « C’est Politique », « Rimini », « Si j’avais le portefeuille de Manu Chao » ( hit des années 2000), « Comme un punk en hiver », « Les Wampas sont la preuve que Dieu existe », « Petite Fille », « Où sont les femmes » etc… On découvre « Mont Ventoux », « J’ai les nerfs », « Les chansons sur toi » ( qui a fait l’objet d’un clip réussi, aussi décalé qu’ intéressant et implicitement sociologique), »Ne cherchez pas dans les guitares », titres de Où va nous? sorti sur le jeune label indé At(h)ome, basé à Pantin.
C’est « Où va nous » qui ouvre d’ailleurs le rappel du groupe. On reconnaît le riff de basse compressée, martelé par Didier Wampas qui écrase les trois notes de la chanson sur la corde la plus grave. L’homme – qui a souvent changé de guitare durant le set – n’est certes pas un virtuose mais il a un feeling unique. Aussi unique que son tempérament, les deux allant de pair. La chanson est intrigante, pour une fois qui n’est pas coutume, son propos formant une question lancinante et faussement naïve. Les couplets se déroulent sur un rythme plombé et une mélodie qui accroche l’ esprit. Le beat soutenu et lourd accentue l’intention, confirmant les similitudes du jeu de batterie de Nicolas Schauer avec celui de Scott Asheton des Stooges. Même frappe, mêmes relances des séquences, similarité dans l’utilisation parcimonieuse des cymbales : on a apprécié.

On le sait, in fine, Les Wampas sont un peu The Ramones qui rencontrent Patrick Juvet ( j’exagère à dessein, mais il y a de ça, non ?)… L’esprit du punk, de la dérision et un côté midinette en même temps ou d’une variété déjantée, sont là dans une formule assez unique . Pour Les Wampas un concert est un espace de liberté et Didier Wampas, sans jouer un rôle, s’y donne sincèrement avec une forme de candeur quand bien même est- il tout sauf un candide… L’homme réussit à rendre réel un rêve rock and roll et poétique, affranchi de tout ce qui est nocif. Les Wampas sont la preuve que Dieu existe…
photos (c) DarkGlobe.fr

Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.