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Interview – Charlélie Couture

Les questions environnementales ont souvent traversé le répertoire de CharlElie Couture . Le 10 avril 2026 est sorti le projet Bleu et Vert , un album militant, qui parle de l’amour de la nature et de la nécessité d’une forme de décroissance. Dès 1978 Couture chantait « Le jardin de mon oncle » , évoquant l’idée que le vivant devait être protégé. On retrouve ce titre sur ce nouvel album, tourné vers le futur, aux couleurs des mers ( le bleu) et des terres (le vert)… Le disque est composé de reprises de son répertoire, faites en duo avec des artistes français tels Jean Louis Aubert, Kent, Cali, Angélique Kidjo, Souleymane Diamanka, René Nunes…entre autres. On y entend aussi un superbe poème de Paul Watson , dit par le militant écologiste et mis en musique par CharlElie. Tous les bénéfices des ventes seront reversés à France Nature Environnement, fédération qui regroupe plus de 6000 associations… Fin avril j’ai voulu interviewer cet artiste hors du commun, généreux, aux talents multiples, en le recevant dans mon émission radio Vibrations sur Frequenza Nostra ( Ajaccio). On retranscrit dans cet article ces quarante minutes d’échanges passionnants et riches pour Dark Globe.fr, menés avec quelques collaborateurs de mon émission.

Charlélie Couture est notre invité ! C’est un rêve d’ado que j’avais… Alors après cette interview, ne me demandez plus rien. Je pense que j’aurais atteint le sommet, le paroxysme de ce qu’il y avait de plus beau à faire dans ma vie… Charlélie, bonsoir !

Charlélie Couture: (Rires) Hé hé, salut à vous.

D’abord est-ce que ça va bien ?

Ca va bien , impeccable

Charlélie, tu fais chanter en duo avec toi de nombreux artistes pour ton 27ème album, déjà ! Et cet album est dédié à l’écologie…

Oui. Ils sont nombreux ; une dizaine, voilà…

J’ai lu que les bénéfices de cet album qui s’intitule Bleu et Vert seront redistribués à France Environnement ! C’est un bel engagement. On va y revenir pendant toute cette interview. Mais, première question, comment est venue cette idée d’album collectif avec cet engagement écologique fort? Qu’est-ce qui a déclenché les choses ?

En fait j’ai rencontré des élèves du Lycée Poincaré où j’avais fait mes études quand j’étais adolescent, et ces mecs qui avaient travaillé pendant plusieurs mois sur sa vie, son œuvre, sont venus vers moi. Ils m’ont dit : « On parle de toi comme artiste mais on pourrait parler de toi en tant que militant, parce que dans tes albums, depuis des années, tu parles beaucoup d’écologie, de choses comme ça. Et quand on tape ton nom pour une recherche sur le net, ce n’est jamais associé à ce côté militant , engagé. » Alors je me suis dit oui, c’est vrai, bizarre… Et après tout, plutôt que de faire un nouvel album, est ce que je ne devrais pas faire revivre un certain nombre de mes chansons, que j’écrirais peut-être de la même façon aujourd’hui, mais simplement les faire avec d’autres; pour leur donner plus de corps? Peut-être les gens ne m’aiment-ils pas pour ce que je suis, mais peut-être écouteraient-ils différemment les chansons que j’ai écrites si c’étaient d’autres qui les justifiaient ( entre guillemets)… C’est comme cela que le projet est né.

C’est bien d’avoir  rencontré ces jeunes gens qui se sont éveillés comme cela à l’environnement, à la nature, et qui te relancent par rapport à ta carrière… Par rapport à tes chansons et qui te mettent un peu face à cet aspect de ton écriture .

Oui . Mais la question de l’écologie ce n’est pas une question de notoriété ou de valeur personnelle. C’est juste que je considère qu’en tant qu’être humain on est investi de cette relation au monde qui nous entoure. Tu vois ? C’est la nature qui nous accueille. Nous, on est simplement les conséquences de tout ce qu’il y a eu avant nous… Je suis maintenant grand père , je l’assume et quand je pense au monde que je laisse à mes petits enfants j’ai un peu des embarras… Je me dis que les nourritures sont moins délicieuses, moins chargées d’éléments nutritionnels , moins gouteuses. Et je n’ai pas beaucoup le sentiment de leur donner du plus ! Je leur amène beaucoup de moins… Heu, et c’est comme ça que l’idée du disque est venue. Il y a des disques qui sont plus importants que d’autres. Et bien celui là je le considère comme un disque plus important que d’autres .

Et il est en plus réussi ! Dans le détail comment s’est passé le choix pour ces chansons ? Car tu as quand même une carrière de plus de 50 ans, plus de 20 albums… Ca n’a pas dû être de tout repos pour faire une sélection ? Tu en as tellement d’engagées…

Disons que pour chaque chanson sélectionnée, j’avais quatre ou cinq personnes auxquelles j’avais pensé proposer le titre. J’ai choisi le premier qui a dit « oui ! », tu vois… J’aurais bien voulu avec des mecs ou des filles de la nouvelle génération, mais ils n’ont pas forcément répondu à mes demandes. Parce que j’étais un « vieux » et que peut-être j’allais compromettre leur carrière, je ne sais pas. Mais contrairement à ce qu’on pense, les jeunes eux-mêmes sont souvent assez fermés. Et donc j’ai choisi ceux à qui j’avais proposé les titres et qui ont réagi les premiers… C’est comme ça que ça c’est passé. Ca aurait pu être un autre disque, je pourrais d’ailleurs en faire un autre, mais je suis ravi du résultat que ça donne, parce que c’est sincère.

Tu peux l’être, car je pense qu’il va rester cet album… Charlélie, sur ce projet Bleu Vert, les chansons dont nous parlons ont été un petit peu reformulées, de manière plus joyeuse… Est-ce que c’est facilitant pour faire passer le message ?

Oui. C’est vrai que l’écologie est souvent associée à une sorte de contrainte, une interdiction. Mais  écoute, honnêtement, entre manger une mauvaise fraise à n’importe qu’elle période de l’année, ou manger une bonne fraise quand il faut, qu’est-ce que tu choisis toi ? ( rires) Et bien moi j’opte pour manger la bonne au bon moment.  Souvent l’association de l’écologie est faite avec la contrainte , comme si l’écologie ça faisait ch***, « Ah ça emmerde tout le monde, on peut pas avoir un gros 4×4 ! » (rires) Mais avoir un 4×4 si tu habites dans la montagne c’est logique, mais si tu habites en ville, ça sert à quoi ? C’est cette écologie là à laquelle je pense moi. Une écologie plus joyeuse que contraignante !

Oui, ça permet un autre regard avec plus de facilité !

Oui. Mes copains et moi quand on est heureux, c’est qu’on a rigolé autour d’un bon repas et qu’on s’est régalés parce que la bouffe était bonne. Tu vois ce que je veux dire… C’est pas le fait d’avoir de l’ananas toute l’année qui me rend heureux. Mais parce que celui que je mange est bon. Le truc est là ! Quand les gens disent : « Ah oui mais l’écologie nous oblige à nous empêcher de produire à outrance ».  Mais non ! L’écologie à priori empêche de produire des merdes à outrance ! Quand je sais que ceux qui achètent les engrais les achètent à la Russie pour cultiver en France et exporter en Afrique, je trouve ça dégueulasse ! C’est ce que je dénonce ! Et non pas d’emmerder les gens systématiquement avec un 4×4 !

La joie on la voit aussi dans la façon dont les instruments habitent la chanson. Il n’y a pas de faire valoir et on dirait que tous les instruments s’amusent eux aussi . Est-ce que c’est quelque chose qui était déjà dans les morceaux originaux ou bien est-ce que c’est amplifié par rapport à cette volonté joyeuse ?

C’est tout ce que tu dis. La musique fait bouger les corps. Quand je vois mes petits enfants, lorsqu’ils lisent une histoire ou qu’ils l’écoutent, ils sont sages. Mais quand tu mets de la musique  ils se mettent en mouvement. La musique c’est ça pour moi. Ca met le corps en mouvement, ça crée quelque chose de physique. C’est ce que j’ai essayé de transmettre avec ce disque. Moi, je ne suis pas un militant sur le terrain. Je n’ai plus l’âge de faire ça. Par contre je peux créer cette solidarité avec ceux qui osent se bouger et faire des choses. C’est de la solidarité en fait ce disque.

Charlélie, avant de parler du titre  « Poème »  écrit et dit par Paul Watson , je voudrais m’arrêter sur  le premier morceau qui ouvre l’album. « Où est passé le jardinier? »… Est-ce que tu l’as mis en premier par hasard ? Ou bien étais tu conscient que tu allais t’adresser à tous en disant : « Vous êtes tous le jardinier de cette planète » ?

Mais tu ne crois pas si bien dire ! Le jardinier auquel je pense c’est Dieu. Où est passé celui qui nous parlait du Jardin d’Eden ? De cet idéal qu’on avait tous. C’est ça la question. Et le faire avec l’énergie que dispense Angélique Kidjo, c’est ça qui m’a donné envie d’ouvrir l’album avec ce titre . C’est une chanson écrite il y a déjà plus d’une dizaine d’années…

Je reviens à ce « Poème » de Paul Watson, militant écologiste connu, était-ce un passage obligé ? Etait-ce normal qu’il apparaisse dans cet album ? Comment as -tu fait ?

Disons que j’ai fait partie des milliers de gens qui ont protesté au moment de son incarcération. Et qui ont milité pour sa libération. Son combat pour les baleines est un combat que je suis depuis plusieurs années , et quand il a été arrêté ça m’a scandalisé. J’ai donc manifesté comme beaucoup d’autres mon soutien à Paul Watson. J’ai pu le rencontrer une première fois quand il a été libéré. Et après il est venu à la maison. J’ai appris qu’il écrivait des poèmes, alors je lui ai proposé d’en mettre un en musique. C’est comme ça que les choses se sont passées.

Là aussi on sent que tu es investi à tous les niveaux, puisque il faut mettre en avant que ce vinyle a été fabriqué en bio-vinyle. Il n’est pas fait dans le vinyle traditionnel et respecte complètement les principes de l’économie circulaire. Et je redis à nouveau, pour te faire plus de publicité, que tous les bénéfices de la vente sont reversés à France Environnement…

Ah je te le garantis . Moi, dans l’idée de reprises de chansons déjà enregistrées, je me suis dit, pour être cohérent avec ce que je fais, que ce serait plus logique de reverser. Si tant est que ça génère des bénéfices … Que tous les profits soient reversés à France Nature Environnement. Pour défendre la bio diversité, aussi bien pour la vie animale que pour la vie végétale. Les arbres notamment. Cette vie là a autant d’importance que notre vie. Les arbres font l’oxygène qu’on respire. Détruire la nature c’est comme se détruire soi-même. Je suis sensible à ça d’une manière viscérale.

On le ressent dans ton explication et dans ta voix. Parce que je vais même citer quelque chose que tu as dit il y a déjà un moment: «  Quand je vois des arbres se faire couper, ça me fait aussi mal que si c’étaient des gens »…

Oui.  Tout à fait et absolument. Je me souviens d’avoir fait des concerts au Cameroun il y a quelques années, et quand je voyais les grumes partir par milliers vers la Chine, comme ça, j’avais vraiment l’impression d’un vol absolument sidéral. Ca me faisait mal de penser que cette forêt ancestrale, millénaire, partait pour aller faire des meubles à la con qui allaient être consommés, juste pour quelques dollars de plus ou yens, peu importe. Ca m’a toujours fait très mal, et les coupes rases je trouve ça une honte…

On a parlé du bio vinyle pour la fabrication du disque , est-ce que l’on peut parler de la pochette ? Elle a je crois quelque chose d’assez original au niveau de sa création… et elle a été créée par quelqu’un de connu…

De connu, oui, oui. Michel Grangier. C’est un dessinateur qui a beaucoup déssiné la planète. Sous tous ses aspects. Il a dessiné les pochettes de Jean Michel Jarre il y a des années. C’est un dessinateur formidable qui a eu la gentillesse, comme d’ailleurs les autres interprètes, de participer bénévolement à la réalisation de ce dessin, de cette œuvre. Qui est mieux que ce que j’aurais su faire moi-même pour défendre cette idée de la biodiversité pour le projet Bleu-Vert .

Je voudrais savoir ton point de vue de musicien, en ce qui concerne le milieu de la musique, puisque tu fais des petits concerts avec un matériel léger, que  penses tu  des grosses ossatures de très gros groupes qui se déplacent avec 14  camions, des effets lumières à ne plus savoir qu’en faire ! Ca aussi c’est peut-être un problème pour tout ce que cela engendre ?

Oui, mais si tu veux je ne vais pas me mettre en dictateur qui dit aux autres comment se comporter… Bien sûr je suis tout à fait d’accord avec ce que disent Shaka Ponk quand ils regrettent l’impact carbone de leurs concerts sur le reste du monde… Mais en même temps c’est plus une écologie citoyenne à laquelle je fais allusion. On élit des hommes politiques en espérant qu’ils améliorent notre situation et une fois qu’ils sont au pouvoir, ils nous font des lois de plomb qui si elles sont refusées une première fois, sont ressorties une deuxième sous un autre aspect…C’est contre ça que j’en ai. A côté de ça , la pollution de quelques uns est inexorable. Et difficilement gérable du jour au lendemain. Chacun son truc, c’est ce que j’essaye de dire.

Nous sommes conscients que nous avons tous notre geste à faire journalièrement, et si nous consommons ce que notre terre de notre côté nous donne, c’est déjà beaucoup. De même pour nos déplacements… Sans être des exemples…

Bien sûr… Mais je ne suis pas tout le temps en vélo dans Paris ! Je me déplace aussi en scooter…quand j’ai 18 bornes à faire je vais plus vite en scooter… Mais pour diffuser la bonne parole, il ne fait pas déconner non plus ! Pour ne pas faire de l’écologie quelque chose de coercitif ou de triste. Mais voir dans cette perception du monde ce qui va être une perception goûteuse, gourmande, plutôt que imbécile et industrielle.

On revient à l’album qui vient de sortir. Comment les choses vont-elles se dérouler maintenant ? Je crois qu’au mois de Mai il y a des concerts, des tournées ? Le mois paraît bien chargé.

C’est comme tout. Une chose en emmène une autre. Depuis que j’ai commencé à bosser dans les années 1980 je n’ai pas arrêté… je suis un vieux monsieur , entre guillemets, mais toujours avec à l’intérieur de moi cette espèce de furie ou d’enthousiasme disons, qui me donne du plaisir, le sentiment d’un sens à ma vie. Il n’y a rien de pire que d’exister sans avoir de responsabilités sur terre. Je suis pas de la zen gen, je suis un vieux boomer, qui assume son plaisir. C’est comme ça que je prends mon métier. Donc j’alterne des concerts en solo des concerts en groupe, et je prends autant de plaisir d’une manière que d’une autre. Je ne peux pas te dire autre chose, sans mentir.

Est-ce qu’il y aurait quelque chose de marquant ou des anecdotes qui ont ponctué l’enregistrement de cet album ? Que tu pourrais nous raconter ?

Des anecdotes j’en ai plein. Tu me fais marrer ( rires)… La première anecdote c’est quasiment JL Aubert, tu vois. Alors Jean Louis il m’appelle un jour, c’était un samedi vers cinq heures et demie de l’après midi, alors qu’il avait dit oui à l’idée du projet lui-même , je lui envoie les informations, je lui envoie les bases de l’enregistrement, et il me fait « Ecoute, j’ai trop de trucs à faire, Ca va être difficile…Je ne connais pas la chanson , je vais te faire perdre du temps , compte plutôt sans moi … » . Je lui réponds: « Tu es le premier qui m’appelle et  le premier qui me dit non » (rires) . Mais je lui dis: «  Ecoute ça ne m’empêchera pas d’avoir de l’estime pour toi, etc ». Et je raccroche , je suis un peu dépité. Et néanmoins la journée se passe … Le lendemain, crois moi bien, à la même heure, je reçois un autre coup de téléphone ; «  Salut, c’est Jean Louis ! Je t’appelle parce que j’avais rien à faire cet ap midi. J’ai essayé un truc et je ne sais pas si ça te va ? » Alors je lui réponds: « balance la sauce et on verra ». Il m’envoie le truc et c’était superbe … Donc, heu, tu vois, c’est le premier qui m’a dit non et le premier qui m’a dit oui !

C’est gravé dans la mémoire du coup…

Oh oui ; je ne l’oublierai jamais. Parce que autant j’étais dépité de devoir admettre que ça ne pouvait pas se faire, autant j’ai été heureux le lendemain, entendant ce qu’il avait fait que j’ai trouvé absolument superbe.

Est-ce qu’il y aurait peut-être – parce que tu as été obligé de t’en tenir à un certain temps, par rapport au vinyle – est-ce qu’il y aurait trois ou quatre chansons que tu t’es empêché de mettre et que tu aurais aimé enregistrer ?

 Il y en a quelques unes. Notamment une que j’aurais voulu faire avec cet enfoiré de Bernard Lavilliers. Il m’a trimballé pendant deux mois et demi, en me promettant de la faire et puis finalement non… Et notamment cette chanson qui s’appelait «  Toi ma descendance » qui aurait été magnifique avec lui. Je regrette. Mais j’en ai plein d’autres encore. Sur 27 albums, si tu veux, j’ai de quoi faire…pour piocher ceci cela . Sans parler des inédits. Qui sont toujours dans les starting blocks… S’il fallait faire un deuxième album avec d’autres personnes, je pourrais. Sur chaque morceau il y avait des possibles. J’ai choisi le premier qui a dit oui…Alors je n’allais pas proposer à un autre la même chanson que j’imaginais comme pouvant lui correspondre. C’est comme ça que ça s’est fait. Une espèce de relation d’amitié. Au coup par coup. Je suis ravi de ce que j’ai fait avec Souleymane, le slammer, mais ça aurait pu être Grand Corps Malade de la même manière. Ou un paquet d’autres…

Je voudrais aussi faire remarquer qu’on se régale en lisant les textes. Sur un plan littéraire. C’est aussi un régal au delà de les écouter, en plus du message qui passe…

(Rires) . Oui, c’est écrit! C’est vrai que l’écriture… tu vois tu m’interromps là, en ce moment je viens de passer toute la journée sur mon ordinateur sur lequel j’écris un conte pour enfants. Un conte philosophique… L’écriture fait partie de ma vie. Autant que la musique et autant que les arts visuels. La peinture, l’écriture sont pour moi des choses aussi importantes. Si j’ai eu le prix de l’Académie française pour mon livre de poésies qui s’appelait La Mécanique du Ciel, c’est pas pour rien. Tu sais les académiciens ne sont pas particulièrement cools avec les chanteurs… Mais pour moi l(écriture est quelque chose d’essentiel. Le choix des mots… Je passe beaucoup de temps à polir l’écriture. Comme on polit un caillou pour qu’il rebondisse. Comme un galet sur la musique. C’est différent d’écrire une chanson et d’écrire un poème. Pour un poème je peux me laisser aller. D’une manière spontanée, assez rapide. Mais quand k’écris une chanson je la réécris une quinzaine, une vingtaine de fois pour que les choses soient fluides et faciles à manier.

Et ça donne de très beaux textes!

Tu sais, je considère que l’écriture, le choix des mots, c’est vraiment une des raisons de la violence. Le monde d’aujourd’hui est un monde qui n’arrive pas à s’exprimer. Et qui n’est pas suffisamment précis. La relation entre les individus, entre un homme et une femme, deux hommes entre eux, elle tient souvent à des explications qui sont subtiles. Qui ne sont pas simplement binaires. « J’aime/ J’aime pas » ou  » T’es con/ t’es intelligent » etc… C’est plus subtil que ça et si on n’a pas le vocabulaire , pas les mots, c’est taper sur la gueule de l’autre qui arrive! Alors que en fait les choses pourraient quelques fois être réglées avec des mots qui soient plus fins que simplement se mettre en colère.

Pour revenir aux différents arts que tu pratiques, et ce qu’on peut y mettre dedans, je me souviens d’une interview, il y a une vingtaine d’années, où tu expliquais que tu étais à New York et que tu faisais de la peinture … Qu’en France il aurait été très difficile avec l’étiquette de chanteur d’avoir une chance de manière normale, naturelle, sans jugement préconçu.

Oui… Tout ça est juste et faux à la fois, parce que, en fait, je suis parti aux Etats Unis parce que je souffrais de ce que, en France, les gens m’ayant connu comme chanteur ne puissent admettre que je puisse avoir le même engagement pour la peinture. Hors, au départ, je suis plus un peintre qui chante qu’un chanteur qui peint. Et comme les gens m’avaient connu avec « L’avion sans ailes » et avec cette célébrité des années 80, immanquablement pendant des années j’ai été référencé à cette unique arbre qui cachait la forêt. Donc à un moment donné j’en ai eu marre et je suis parti à NYC en me disant, au moins là bas, les gens ne me connaitront pas. Ils me jugeront sur ce que je fais. Donc j’ai eu différents ateliers et même pendant cinq ans j’ai eu une galerie où j’ai présenté mon travail. Et j’ai pu vivre de ma peinture. Oh, je te dis tout de suite je ne me suis pas enrichi. Mais j’ai pu vivre suffisamment pour payer mon loyer et être au taquet , au bout de ce que je savais faire. Je me compare un peu à un tri athlète si tu veux. Quelqu’un qui se donne autant dans l’eau, sur sa bicyclette ou quand il court… Et quand tu es dans l’eau, tu ne fais pas du vélo en même temps… Donc chaque chose se fait comme si elle était unique, mais en fait elle fait partie d’une course, d’une intuition générale. C’est comme ça que je marche. mais en même temps je n’ai jamais voulu être une star en tant que tel. Je voulais plutôt comme disait Marcel Duchamp faire de ma vie une œuvre. Plutôt qu’être moi-même un personnage admirable. Je préfère que les gens aient retenu une chose après l’autre, ou une chose ou une autre. Après tout je les assume pleinement. Mais c’est vrai que le monde d’aujourd’hui est un monde de stars… Qui aime que les gens brillent par leur égo. Moi je n’ai pas ça. J’essaye d’exister à travers ce que je fais.

Mais tu existes pas mal! Ma question suivante aurait à voir avec la technique du tri-athlète, alors. Parce qu’elle n’est pas la même pour courir , nager, pédaler… Et en tant qu’artiste, est-ce que la technique conditionne ce qu’on veut dire ou ce qu’on fait? Dans le message… Quand tu peins, est-ce que tu exprimes les mêmes choses que sur un album musical ? Ou est-ce qu’on exprime des choses radicalement différentes et vice versa?

Pour être honnête, tout ça est juste. La technique oui, conditionne l’expression… C’est à dire que si tu ne sais pas jouer de la main gauche, tu vas être pénalisé et perdre de l’habileté de la main droite… C’est sûr… Si par exemple tu es peintre et que tu ne sais pas dessiner, tu peux faire des choses formidables parce qu’il y a beaucoup de peintres qui ne savent pas dessiner, mais tu vas être handicapé par certains trucs. Donc, c’est vrai qu’avoir une technique, un minimum de technique dans tel ou tel domaine , va te donner de la liberté. Mais ça ne dépend pas exclusivement d’une technique… C’est tout le débat qu’il y a entre l’artiste et l’artisan. L’artisan est motivé par une maitrise de savoirs faire, alors que l’artiste est motivé par une intention. Alors si tu peux avoir et l’un et l’autre , bonne chance à toi. Mais oui, il y a une corrélation entre la manière de faire et ce que tu dis. Mais pas exclusivement. Il y a des œuvres d’art qui sont faciles à faire entre guillemets et qui sont très puissantes. A l’inverse, il y a des œuvres d’art qui sont très difficiles à réaliser. Pour rester dans la musique il y a des virtuoses qui savent super bien jouer mais qui ne sont pas pour autant des créateurs, des inventeurs… Il y a une relation entre le savoir faire et le faire, mais elle n’est pas forcément corrélée. Encore une fois il y a des gens qui ont fait des choses très importantes qui sont faciles à faire. Il y a des œuvres – je pense à Eric Satie – qui ne sont pas très difficiles à jouer sur un point de vue technique, mais elles sont absolument formidables une fois qu’on les a entendues…Ou pareil pour des chansons des Beatles qui sont moins difficiles à chanter que les chansons de Queen ou je ne sais pas qui… C’est pas la difficulté d’une œuvre qui la rend importante . A l’inverse tu as des morceaux de jazz super complexes et qui ne disent pas grand chose au grand public, parce que finalement ils sont surtout des prouesses techniques et pas forcément chargés d’émotion.

Effectivement. Il y a le ressenti et la passion que l’on met dedans, nous sommes d’accord. Alors maintenant, si tu permets, on va sortir complètement de Charlélie et son nouvel album, ou de toute ta carrière car il nous faudrait encore trois heures! (rires)… J’ai un magasin de disques et il y a trois ou quatre mois de ça, une dame est passée et elle m’a posé une question et elle a ensuite déambulé dans le rue, arrêté des gens et posé aussi la même question… Elle a fait un dépliant ensuite, initié par un groupe de parole, avec toutes les réponses obtenues… Et voilà, je te pose cette même question :  » La maladie mentale, c’est quoi pour toi? » et je voudrais savoir ce qu’elle évoque pour toi.

C’est ça la question ? La maladie mentale c’est une perte de conscience du réel. C’est à dire quand tout d’un coup tu perds la relation avec le monde qui t’entoure . et quand tu te retrouves comme en apnée dans la nature ou en apesanteur dans une navette spatiale. Alors tu as ta logique à toi, mais tu es perdu par rapport au monde qui t’entoure. ce qui peut te détacher par rapport à ta famille , à ceux qui t’entourent et plus que ça par rapport au temps qui passe . C’est une déconnection.

C’est bien ce qui est ressorti, merci à toi d’avoir répondu… Le point de vue d’un artiste m’intéressait. On va terminer avec deux petites questions plus légères, pour se détendre on va dire… Que fait Charlélie Couture pour se détendre, justement ?

Alors qu’est-ce que je fais? Je vais promener les chiens. Je rigole avec mes petits enfants, je vais manger avec des amis . Je lis une bande dessinée, ou un livre… Je… pour me détendre je vais à la pêche. Voilà, c’est à peu près ça…

Des choses gratuites, saines et simples?

Oui, je ne pense pas que la joie soit consécutive de l’hyper propriété, de l’outrance. Pour moi la joie est dans la vérité. Je crois beaucoup au sens du vrai. On est dans une société qui accepte le mensonge comme une sorte de défi. Dans un monde où tout à coup dire n’importe quoi devient la référence. Mais je crois que c’est une période qui ne va pas durer et qu’assez vite – en tous les cas c’est à travers cette vérité que j’ai été élevé – reviendra une sorte de cohérence, entre la réalité de ce qu’on vit et le monde auquel on est confronté. Je crois que le principe de la croissance économique est un délire qui tient de la conviction plus que de la réalité. Autour de moi, encore une fois, je m’appuie sur ce que j’entends, mis à part l’urgence que vivent les jeunes de pouvoir consommer grave comme on l’a fait nous, à une époque, je crois qu’au fond l’homme est toujours le même . Il a besoin de trouver de la solidarité , le regard d’autrui. Il a besoin qu’on le ramasse quand il tombe. Pas qu’on le regarde de loin avec mépris et dédain sous prétexte qu’il est en ville au milieu du tumulte.

Et ce qu’il y a de plus navrant c’est qu’en plus aujourd’hui, on le filme … C’est horrible actuellement.

Oui, tu as raison.

Alors on va terminer quand même sur une note moins lourde?

Oh mais ça va, tout ça n’est pas triste!

Disons que c’est réaliste

Oh! quand je vois les gens un par un je suis optimiste. quand je les vois en groupe, là par contre, je m’inquiète. Par exemple je vais avoir face à moi un mec passionné par quelque chose, un sport, une équipe… Si je le mets au milieu d’un quinzaine d’autres ça devient un fou furieux… Comme un sanglier au milieu d’une horde et vous savez ce que ça veut dire en Corse… ( rires)

Tu me tends la perche pour ma dernière question, tu parles de sanglier… On a des recettes ici… Alors quel est le plat préféré de Charlélie Couture?

Quel est le plat préféré?? Je vais me débiner. Je vais dire celui qui a été préparé avec amour. Je mange l’intention qu’on a mis dans mon assiette!

C’est beau! Enfin maintenant je vais redire qu’il faut acheter ton dernier album puisque tous les bénéfices sont reversés à France Environnement! Je vous le rappelle. Charlélie, ça a été un régal, encore une fois merci.

Merci et j’ai toujours plaisir à venir en Corse, parce que vous êtes des gens vrais. Au plaisir!

Toutes photos dossier de presse par (c) Shaan C, transmis par Verypublishing/ Label Verycords

Pour écouter l’audio de l’émission avec la voix de CharlElie Couture:

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