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Insight

Guesch Patti , tiens le bien ? L’œuvre au noir…

RIP Guesch partie au lendemain de la fête de la musique. Hommage.

Guesch Patti, Patricia Porrasse de son nom de naissance, est décédée le 21 juin 2026, à tout juste 80 ans, des suites d’une longue maladie.

Pour le grand public, Guesch Patti, c’était la femme du tube « Etienne », sorti en 1987. Numéro 1 en France pendant de nombreuses semaines, avec un 45 tours qui s’est écoulé à plus de 1,5 million d’exemplaires (et 800.000 pour l’album), également bien placé dans les charts de plusieurs pays européens (Italie, Suisse, Allemagne…).

Une chronique sur une chanteuse de variété typée « star 80 » dans un magazine indé, ça peut paraître hors sujet ? Ce serait résumer sa vie d’artiste à un tube et ignorer l’essentiel de l’œuvre noire, disruptive et indé de cette femme atypique, briseuse de codes ; une artiste dans la marge, singulière et créative… et une voix !!

« Etienne », un titre jugé sulfureux à l’époque, illustré par un clip en noir et blanc au parfum de scandale (réalisé par Lydie Callier) qui révolutionna le genre et fit beaucoup parler… Cinq ans avant Sharon Stone dans le « Basic Instinct » de Paul Verhoven, Guesch Patti se mettait en scène dans une danse lascive et un striptease sur chaise à la Marlène Dietrich dans l’Ange Bleu sur la scène d’un cabaret.

« Etienne » créa la légende de Guesch Patti mais devint ensuite son fardeau : le poids du show business qui vous range dans une case et s’emploie à vous y maintenir. A l’instar de Bashung avec « Gaby » ou « Vertige de l’amour ». A l’instar aussi d’Axel Bauer et son « Cargo ». Et comme eux, elle tournera le dos à la tyrannie du tube pour tracer sa propre route avant de se réconcilier avec son bébé carnivore.

Nul doute qu’elle devait avoir une grande force de caractère pour avoir résisté à la pression du système ; en même temps, avec une telle voix et une telle présence, rien d’étonnant à ce qu’elle n’ait rien d’un agneau. L’écorchure du chant et le riff de guitare énervé d’Etienne étaient deux indices forts sur l’attirance de la dame pour le rock. Elle allait le démontrer en quittant la grande route pour prendre la contre-allée.

D’abord avec un album entre-deux eaux, baptisé Nomades (1990), toujours habillé par des clips où Guesch Patti expose sa plastique et ses qualités de danseuse.

En 1992, elle part enregistrer chez Prince, à Minneapolis, un album baptisé  Gobe , produit par Bobby Z, l’ancien batteur du kid. Succès d’estime là encore, le public d’ »Etienne » est largement parti. Et toujours pour illustrer ses chansons, des clips où la chanteuse et danseuse Guesch Patti montre un peu plus sa radicalité punk.

En 1995, le virage est bel et bien assumé, avec son album le plus rock -et sans doute le plus abouti, Blonde, produit par Dimitri Tikovoï. A la console, Mitch Olivier, l’ingé son de Bashung à l’époque de son virage radical (tiens, tiens) sur l’album mythique Play Blessures .

Autour du sorcier Mitch Olivier, des pointures du rock, parmi lesquels Mathieu Chédid et Olivier Guindon pour dompter la furie des guitares.

Où l’on retrouve également des résidents de la planète Bashung, Philippe Draï à la batterie sur deux titres et Vic Emerson aux claviers.

Des chansons signées Guesch Patti elle-même, mais aussi des contributions d’Etienne Daho, de Franck Langloff ou encore de Françoise Hardy.

Une merveille d’album rock, à redécouvrir sur le net https://youtu.be/IxW6lCHu28M?si=svSwP2p_Tb2nuNXH

Ecoutez « Amnésie », « Tabou », « Marquise », « Blonde » ou encore « La Chinoise »

Un album malheureusement resté confidentiel. Guesch Patti était passée de l’exposition maximale avec « Etienne » à l’indétendance la plus complète.

Et toujours plus d’esthétique et de psychédélisme dans les clips des chansons :« Amnésie », « La Marquise » ou « Blonde » ici mis en images par Peter Greenaway dans son film « The Pillow Book ».

On a souvent dit que Madonna avait l’œil sur les clips de Guesch Patti. Ce n’est sans doute pas faux, tant elle pouvait inspirer par son audace, son avant-gardisme, sa sensualité et son inventivité.

Après  Blonde , Guesch Patti allait refermer la page musicale de sa carrière en 2000 avec un dernier album, intitulé de façon annonciatrice Dernières nouvelles . Un opus enregistré à nouveau par Mitch Olivier et mis en images dans un film que n’aurait pas renié Jean-Luc Godard.  Une œuvre sombre et dramatique, torturée, névrotique et empreinte de solitude.

Avec deux très beaux textes signés de l’alter ego de Bashung, Jean Fauque, dont « Métempsycose »

Et enfin « A Dieu ».

Cinq albums en tout et pour tout, enregistrés de 1987 à 2000 et puis s’en va.

Après cela, Guesch Patty prêtera encore sa voix à des collaborations (dont un duo avec Chilly Gonzalès en 2002), mais elle se consacrera surtout au théâtre et à la danse, participant à des créations bien en phase avec ses centres d’intérêt artistique, autour de l’Opéra de quat’sous de Berthold Brecht et Kurt Weill, de Pina Bausch ou d’autres… 

Une femme libre et rebelle, indépendante, créative, audacieuse nous a quittés. Une artiste complète, chanteuse, danseuse et comédienne, avec l’art du texte et de l’esthétisme, provocatrice, décalée, expérimentatrice…

Debbie Harry ou Madonna à la française, Lady Gaga avant l’heure.

RIP Guesch Patti, vous avez incontestablement élargi le champ des possibles de la création et inspiré de nombreux artistes.

Ses obsèques auront lieu le 3 juillet au Père Lachaise.

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