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Insight

La France des sixties : les chanteuses yéyé images de la libération féminine ou poupées de cire, poupées de son…

Dans les années 60, la France est l’épicentre du phénomène Yéyé . Après que le rock and roll soit arrivé des USA à la fin des années 1950, une nouvelle vague d’artistes plus pop voit le jour. Ils sont autant influencés par les pionniers américains que par le swinging London alors en pleine explosion ( ou presque). C’est l’époque où les Beatles jouent à l’Olympia en 1964 en première partie de … Sylvie Vartan. Dylan arrive en 1966 et le Rolling Stones se produisent à Marseille en matinée et soirée à la salle Vallier avec Why Not, groupe de rythmn n blues local qui connait son heure de gloire… Les temps changent !

De cette période où « Paris s’éveille », on connait surtout les figures masculines qui firent carrière, plus ou moins longtemps, et occupèrent – à des degrés variables – le devant de la scène française. On pense immédiatement à Dutronc ( le plus inspiré de 1966 à 1969), Ronnie Bird ( challenger chez les disques Vogue), Polnareff qui connait l’apogée du succès au début des années 1970. Avec son harmonica autour du cou, Antoine (et les Problèmes, futurs Charlots ) fait office de Bob Dylan et de beatnik hexagonal… Ces jeunes musiciens se démarquent totalement de la tradition « Rive Gauche » , des chanteurs à textes tels Brassens, Béart, Brel, Ferré qu’ils ne croisent guère… Ils sont Yéyé! Le mot est une onomatopée non directement traduisible. Mais elle doit bien s’apparenter au « Oh yeah! » des chansons rock, repris notamment par Antoine dans ses « Elucubrations ». Nous dirons ça.

Cependant la qualité est-elle toujours au rendez-vous? Rien n’est moins sûr dans la masse de productions Yéyé entre 1962 et 1968 ( date butoir) . Si la jeunesse aspire à davantage de liberté du corps et de l’esprit, elle veut avant tout danser, se défouler, jouir du temps sur des rythmes entrainants. Les riffs des musiciens français sont souvent calqués sur ceux des hits anglo-saxons. On imite beaucoup, on adapte exactement comme le firent les premiers rockers hexagonaux fin 1950 et début 1960 . Les textes sont parfois insuffisants mais, vais-je dire, qu’importe! L’essentiel est ailleurs et le message est clair. « Mettez la pilule en vente dans les Monoprix » nous dit Antoine de façon certes très résumée sinon réductrice…

Côté féminin l’époque oublie un peu Edith Piaf qui restera une star jusqu’au début des années 1960. La chanson réaliste a du plomb dans l’aile et les jeunes filles françaises rêvent de tout autre chose que d’ un amour douloureux, de soumission au destin et de regrets qu’on traine toute une vie. Attendre le Prince Charmant, même s’il porte des culottes de cuir noir sur sa moto, n’est plus une fin en soi ni un objet de désir.

Face aux artistes masculins, les filles se sont levées. Les plus connues sont Françoise Hardy, la plus grande et talentueuse, qu’on surnomme à ses débuts l’endive yéyé en raison de sa nonchalance apparente et de sa taille (1,70 m), grande pour l’époque…France Gall, charmante, est manipulée par Serge Gainsbourg qui s’intéressera ensuite à Brigitte Bardot puis à Jane Birkin à partir de 1969. Sheila ( la petite fille de français moyens) chante la fin de l’école… Elle fera une énorme carrière populaire mais n’a pas été véritablement reconnue comme artiste digne de ce nom aux yeux de la profession ( on se demande pourquoi?). Sylvie Vartan qui explose véritablement dans les années 1970, proposera des shows à paillettes à l’américaine, joués jusque sous les chapiteaux RMC des fêtes de village. Là aussi, le public préfère ces chanteuses plus libres et sexy que les chanteuses engagées, voire bientôt politisées qui sont le pendant des chanteurs Rive Gauche cités ci-dessus. Anne Vanderlove, Anne Sylvestre, Barbara ( une exception), Colette Magny etc sont cantonnées aux cabarets et n’intéressent alors qu’une faible partie du public jeune des années 1960… Elles seront plus appréciées dans la décennie suivante, de nouvelles problématiques faisant jour qu’elles traiteront avec pertinence, dans une période où domine la variété française et les shows des Carpentiers un peu clinquants.

Bref, quand on est une artiste Yéyé on attend autre chose que ce qui était jusqu’alors le sort réservé aux jeunes filles… Qu’on soit lycéennes, étudiantes ou jeunes mariées il y a un besoin de légèreté et une envie de bonheur qui traversent la jeunesse féminine comme une grande partie de la jeunesse née au milieu des années 1940 ou début 1950, baignant dans l’enthousiasme des Trente Glorieuses . Si en littérature Sagan bouscule la donne, lue par beaucoup de jeunes lectrices, les françaises entre 15 et 25 ans se reconnaissent plus instantanément dans des chanteuses qui incarnent et chantent des aspirations joyeuses et font rêver d’un quotidien plus ludique que celui de leurs mères. Les messieurs ne sont pas les seuls idoles.

Hors mis les noms incontournables déjà évoqués, le mouvement Yéyé compte plétore de représentant-e-s. Les artistes féminines, interprètes pour la plupart, sont nombreuses à se tenir derrière un micro de façon plus ou moins éphémère. Libérées, en mini jupes ou pantalons cigarettes, en chemises Vichy ou chemisiers roses, avec des couettes ou pas, délurées ou ingénues, ces chanteuses Yéyé frenchy ( et chic!) s’ inspirées de Nancy Sinatra, des Supremes, de Petula Clark ( qu’on entend aussi en France) ou Sandie Shaw et Dusty Springfield … Qui sont -elles, doù sont-elles ? Un certain nombre sont mannequins ou actrices ( essentiellement parisiennes). Il s’agit de Dani, Zouzou ( qu’on retrouve dans des films Nouvelle Vague). Bardot évidemment transpire la quintessence de la nouvelle sensualité accordée aux femmes libres de leur corps ( Et Dieu Créa la Femme de Roger Vadim lui a ouvert la route en 1958)… Celles que je viens de citer sont les plus connues ( avec Hardy, Gall, Vartan etc..). Comme chez les garçons ( de leur âge!) des challengers plus underground sont actives. On en a oublié les noms mais elles sont bien présentes, sortant 45 t et super 45t aux succès relatifs. De façon soutenue elles passent cependant à la radio et à la télévision qui n’a alors que deux chaines…

Leurs noms? Danièle Danaé ( « J’ai peur de l’eau ») qui talonne Johnny Halliday en nombre de ventes, Jocelyne Esther ( décédée à 20 ans en 1972…), Katy Line, véritable reine du Beat Pop qui fait en parallèle une carrière en Italie auprès d’Adriano Celentano, une référence de la décennie Yéyé qui s’est exportée comme Françoise Hardy. Nicole Paquin ( plus rockeuse que Yéyé , également journaliste) est active jusque fin 1966, Jacqueline Taïeb qui « cite » The Who ou encore Cléo ( avec « Les Fauves » qui narre l’achat de collants dans un supermarché sur une série d’accords qui ressemble aux « Playboys » de Jacques Dutronc…) et Claudine Coppin ( qui fait un tabac avec « Le Twist du bac »)… Toutes ne sont pas Marianne Faithfull, bien entendu et Françoise Hardy est loin devant, auteure et compositrice au charme incomparable… Chez beaucoup de ces vedettes du disque, les titres pêchent par des textes un peu insuffisants, disons -le, ou naïfs ( idem chez les garçons) qui ne passeront pas à la postérité… Ils expriment pourtant une autre vision du monde et de la place de la femme. D’une certaine façon, on peut voir dans ces artistes féminines des pionnières d’une sorte de Girl’s Power… Des féministes light , non vindicatives et non binaires . Elles sont très rarement des potiches ou de simples jolis minois, mises en avant comme des produits de consommation de la société du spectacle ( s’il fallait évoquer Guy Debord, voilà qui est fait) … Pour celles qui ont plus franchement réussi, elles furent de sérieuses concurrentes à la suprématie masculine encore très marquée dans la société pré 1968…

Les années 1960 furent des années heureuses et de changement. Les ménages se sont équipés de biens nouveaux, on a voulu se distraire , profiter d’un élan économique où l’ascension sociale paraissait possible pour le plus grand nombre, le pays était confiant en un avenir meilleur. On déchanterait une décennie plus tard, post crise pétrolière de 1975. Mais qui s’en doutait ? En attendant la musique pop accompagnait les mouvements de la société, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui, et la pop music chantait l’émancipation féminine. Premier 45 t de la chanteuse Dani,  » Garçon Manqué » qui sort en 1966, illustre parfaitement cette situation. La jeune femme se décrit comme étudiante, cultivée, libre de s’habiller comme elle l’entend et revendique possibilité de s’amuser quand elle le veut, avec une furie certaine si cela lui dit… Le texte , explicitement, dit qu’elle se démarque de ses parents qui, sans doute sont étonnés de ce dont est capable leur fille…

De cette époque on retrouve aujourd’hui un grand nombre de titres dans des compilations consacrées aux chanteuses françaises yéyé. La vague fût une déferlante et la matière est riche…Phénomène sociétal le Yéyé a exprimé les aspirations de toute une jeune société, le développement des médias et la popularité de la vente des disques – bien plus importante qu’en 2026- a largement diffusé le courant dans tout le pays. Les jeunes femmes ont quitté fourneaux et écoles pratiques pour devenir de bonnes ménagè-res, et ont décidé de jouer de la pop… Leurs héritières se répèrent au travers des décennies, en particulier depuis les années 1980 qui reprirent la recette sixties. De Lio à Elli, Valli de Chagrin d’amour, Les Calamités, Marie et les Garçons, La Grande Sophie ou Clara Luciani… toutes sont dans une filiation avec le mouvement Yéyé.

Moins connu, le label Rogue Records https://roguerecords.bandcamp.com/, basé à Toulouse, qui imite volontairement le graphisme des disques Vogue de Jacques Wolfshon, diffuse aujourd’hui des 45t de groupes très influencés par cette période du mitan des années 1960. On y trouve par exemple les formations beat et garage avec chanteuses et ou musiciennes, telles Les Rencards, Shadow Show , Wild Tryfles etc…

Image mise en avant Yéyé les plus belles chansons pop/ double CD (c) Universal/Mercury

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