Les samouraïs du rock alternatif
Gram_Pass, c’est le groupe constitué de Pascal Jacquemin (voix, guitares, basse, synthé) et de son plus jeune fils Basile (batterie, guitare, basse, synthé, programmation machines). Pascal signe les textes, tandis que père et fils -que 40 ans séparent (ou rapprochent, au choix !)- construisent ensemble la musique en apportant leurs influences respectives.
Pascal Jacquemin, c’est une « vieille connaissance » de la galaxie Bashung, aperçu à la guitare rythmique sur le « Pizza Tour » en 1981, puis recroisé en 1983 à l’écriture d’un de ses albums les plus avant-gardistes, Figure Imposée . Album déroutant, très riche musicalement, qui reçut un accueil presse mitigé -dithyrambique ou hermétique- et fut relativement boudé par le public et pour cause : après le virage en épingle vers l’album Play Blessures avec Gainsbourg, toujours pas de tube et en guise de single, le voyage en absurdie du très dadaïste « What’s in a bird ».
On a souvent parlé d’un clin d’œil à Charles Trenet (« Qu’y a-t-il dans une noix ») et de références à Bobby Lapointe pour le mélange d’ironie, de dérision et d’absurde. On aurait pu également citer le « Bird Doggin’ » de son idole Gene Vincent pour le côté « reconnais que je suis volage ». Peut-être que cet album aurait reçu un tout autre accueil avec un parolier plus connu qui fasse le buzz ? Mais Jacquemin, ce n’était ni Bergman, ni Gainsbourg, ses prédécesseurs! Et pourtant, lui et Alain vont écrire des accroches aux images surréalistes, des formules qui sont restées et ont parfois été utilisées dans la presse pour titrer des rubriques : « A part les ecchymoses, c’est purement psychosomatique » ou encore « Faites preuve de maturité à l’égard de l’affection », « Sur un fond d’incertitude, alléchantes perspectives », « Faudra bien rentrer améliorer le schuss, pour glisser vous séduire » et en guise d’aveu coupable d’Alain : « C’est vrai qu’j’titube, de tube en tube » !
Gram_Pass, c’est le groupe constitué de Pascal Jacquemin (voix, guitares, basse, synthé)et de son plus jeune fils Basile (batterie, guitare, basse, synthé, programmation machines). Pascal signe les textes, tandis que père et fils -que 40 ans séparent (ou rapprochent, au choix !)- construisent ensemble la musique en apportant leurs influences respectives.
Pascal Jacquemin, c’est une « vieille connaissance » de la galaxie Bashung, aperçu à la guitare rythmique sur le « Pizza Tour » en 1981, puis recroisé en 1983 à l’écriture d’un de ses albums les plus avant-gardistes, Figure Imposée . Album déroutant, très riche musicalement, qui reçut un accueil presse mitigé -dithyrambique ou hermétique- et fut relativement boudé par le public et pour cause : après le virage en épingle vers l’album « Play Blessures » avec Gainsbourg, toujours pas de tube et en guise de single, le voyage en absurdie du très dadaïste « What’s in a bird ». On a souvent parlé d’un clin d’œil à Charles Trenet (« Qu’y a-t-il dans une noix ») et de références à Bobby Lapointe pour le mélange d’ironie, de dérision et d’absurde. On aurait pu également citer le « Bird Doggin’ » de son idole Gene Vincent pour le côté « reconnais que je suis volage ». Peut-être que cet album aurait reçu un tout autre accueil avec un parolier plus connu qui fasse le buzz ?
Mais Jacquemin, ce n’était ni Bergman, ni Gainsbourg, ses prédécesseurs! Et pourtant, lui et Alain vont écrire des accroches aux images surréalistes, des formules qui sont restées et ont parfois été utilisées dans la presse pour titrer des rubriques : « A part les ecchymoses, c’est purement psychosomatique » ou encore « Faites preuve de maturité à l’égard de l’affection », « Sur un fond d’incertitude, alléchantes perspectives », « Faudra bien rentrer améliorer le schuss, pour glisser vous séduire » et en guise d’aveu coupable d’Alain : « C’est vrai qu’j’titube, de tube en tube » !
Gram_ Pass, c’est un col, un passage
Revenons à Gram_Pass ! A suivre les traces des anciens collaborateurs de « Monsieur Gaby », on retrouve ensuite Pascal Jacquemin à la guitare et au chant du groupe mulhousien de new wave Top Model, notamment avec les frères Dieterlen. Un groupe au son bien moins lisse et inoffensif que peut le suggérer son nom au format papier glacé. L’aventure durera de 1984 à 1991. Et puis plus rien, silence musical pour Pascal et des années sans toucher une guitare. Jusqu’à ce qu’un de ses trois fils le décide à monter sur scène avec lui ; c’était en 2016 et père et fils ont ensuite décidé d’enclencher une épopée en duo.
Gram_Pass était né et un premier album La Trace est arrivé en avril 2019, avec déjà de belles inspirations de rock alternatif et en morceau caché pour conclure l’album, une version déstructurée et psychédélique du « What’s in a bird » écrit avec Bashung.
En septembre 2021, le groupe sortait son deuxième album Blanc comme l’enfer , enregistré pendant le Covid, en plein confinement. Un disque de révoltés, encore plus alternatif et militant (« KO System »). Un album qui flirte parfois avec le rock industriel, ramené d’un pèlerinage père et fils à Berlin… où se croisent les ombres de Nina Hagen, de Lou Reed, d’Iggy Pop et de David Bowie.
Hiroshima Cookie, un paquet de gâteaux…
Et puis mi-2025, voici le 3ème album , intitulé Hiroshima Cookie , du nom d’un paquet de gâteaux ramené par Basile d’un voyage au Japon ; une inspiration japonaise qui se retrouve également dans l’élégant graphisme de la pochette, signée Sabine Stoeltzlen. Un album où il n’y a pas que le titre qui sonne bien, les musiques ne sont pas en reste, électro rock aux sonorités disruptives et innovantes, sans oublier les textes éclairés et à tiroir !
Mention spéciale pour le groove lancinant et félin de « Cat Walk », la guitare planante de « Aucune adresse » ainsi que pour « Au royaume des faucons », « Pas de 2 », « Cantique du Quantique » et également pour « Felicita », ce dernier co-écrit par l’immense Fred Poulet, artiste aux multiples facettes, qui y pose également sa voix chaude et trainante.
Un très bel album hautement recommandé !! Au fil de ses albums et de ses prestations en concert (hélas trop rares !), Gram_Pass développe un rock alternatif -tendance dark- teinté de sonorités électroniques, musiques qui viennent habiller des textes souvent décalés, une écriture exigeante mêlant humour, lucidité militante et désenchantement.

Hiroshima Cookie – album 10 titres paru le 14 juin 2025 – Disponible en CD et en digital sur le Bandcamp du groupe https://grampass.bandcamp.com/
Pochette de l’album © Sabine Stoeltzlen (Crealogism)

Photo © Anaïs Connac
Interview Pascal Jacquemin, (morceaux choisis )
D’où est venue l’idée de faire un groupe avec ton fils ?
Pascal J :
C’était en 2016. Basile m’a un peu forcé la main pour monter sur scène dans un endroit où il y avait une scène ouverte. Je me suis rendu compte qu’on pouvait jouer ensemble. Et à partir de 2017, on a commencé à faire des chansons tous les deux.
Sachant que Basile fait également de la musique en solo. Son nom d’artiste, c’est BonerBonheur www.youtube.com/@BonerBonheur. Il a sorti un premier album que je trouvais vraiment bien, mais comme il n’était plus tout à fait d’accord avec le fond et la forme, au bout d’un an il a tout effacé. Je lui ai dit tout le mal que je pensais de cette sorte d’autodafé, mais non, il a tout supprimé. Mais bon, ça c’est Basile, un artiste exigeant !
D’où est venu le nom de Gram_Pass ?
Pass signifie col ou passage en allemand. Le col, pour moi, signifie la douleur (physique ou morale) pour s’élever, se surpasser dans l’effort pour atteindre le sommet (du col). C’est à la fois un processus alchimique de transformation du sujet et aussi une recherche mystique (dans l’espoir et la confiance d’arriver à ce sommet). Une fois en haut tout change. La lumière, le panorama, le futur. Tout est et sera différent. Et si tu ne te mets pas dans le décor en descendant ton avenir sera radieux ! Évidemment depuis on a eu le Pass Sanitaire, le Pass Carbone, j’en Pass et des meilleurs, alors posséder un Gram_Pass devient absolument nécessaire pour survivre dans ce monde de fous !! (rires)
Tu peux me parler de ton choix de photos de profil Facebook ?
La tête de mort, c’est une sculpture de Baselitz. Georges Baselitz est un peintre et sculpteur allemand, héritier de l’expressionnisme berlinois. Il est décédé cette année, en avril. En 2018, il avait fait une grande expo pendant 6 mois au musée Unterlinden à Colmar. Avec Basile, on avait été invités à jouer dans une grande salle du musée pour le finissage de l’expo. Avant le concert on a pu profiter de la visite et on a pris plein de photos. Il y avait cette tête de mort couchée que je trouvais vraiment superbe, à la fois tribale, brute, pleine de choses. C’est une sculpture qu’il a faite avec une tronçonneuse. Il ne la manipulait pas vraiment comme un expert, mais ça donnait vraiment quelque chose. Et ensuite, il en a fait un bronze. Donc voilà, ça explique cette tête de mort.

Sculpture « Tête de Mort » (c) George Baselitz
Et le « KO » c’est lui aussi ?
Non, non. Mais c’est vrai qu’il y a une relation entre les deux. C’est également une sculpture à la tronçonneuse, mais là, c’est un artiste qui ne fait que ça et qui la manipule de manière incroyable avec beaucoup de dextérité et une grande maîtrise ; on a l’impression qu’il a un pinceau dans la main alors que c’est une tronçonneuse ! Il s’appelle Jacques Pissenem et il se présente comme « sculpteur d’arbre ». Quand il y a un arbre qui est mort ou qui va être coupé, il intervient et en fait une sculpture. C’est un ancien batteur, il est très rock’n’roll ! Je l’avais invité sur le clip de ma chanson « KO System », où il apparaît d’ailleurs : on l’y voit sculpter un K et un O, donc KO System, système KO ! Et à la fin du clip, il coupe la sculpture en deux. Il a mis le temps du tournage du clip pour la réaliser, une petite heure. Elle repose maintenant dans mon home studio, accrochée au mur. Je l’adore !
Si l’on évoque le logo Gram_Pass sur Facebook ? Est-ce qu’il y a des choses à expliquer sur le côté matrice et mot de passe ?
C’est Basile qui l’a fait en 2018 avec des moyens vraiment très limités ! Effectivement, il y a un côté Matrix, dans le graphisme, avec les machines et avec ce rectangle au milieu qui fait un peu mot de passe pour entrer dans la matrice… mais ça n’a pas forcément été pensé comme ça !! (rires).

Vos albums ne sont pas distribués sur les plateformes ?
Nos 2 premiers albums sont sur toutes les plateformes, mais pas le dernier. Jusqu’à présent, nous avons toujours envoyé nos nouvelles productions aux radios indépendantes en priorité… Nous ne désirons pas mettre l’ensemble de notre musique en ligne, afin de privilégier la vie des disques sur support physique. Ceci dit, il est aussi possible de se procurer notre discographie complète en digital sur Bandcamp, https://grampass.bandcamp.com/ qui est quand même la plateforme la plus respectueuse des artistes. Tout est prêt pour une distribution d’Hiroshima Cookie sur les autres plateformes de streaming (excepté Spotify), mais je repousse à chaque fois la sortie car celles-ci ne vendent que des abonnements, pas des chansons. Je finirai peut-être par craquer, mais pour l’instant ma répulsion vis à vis de ce mode de distribution reste la plus forte !…
Le 10 avril 2026, vous vous êtes produits sur la scène du Grillen à Colmar, c’était un peu plus « classique », d’habitude, il faut plutôt aller dans des endroits insolites pour voir Gram_Pass?
On adore se produire dans des lieux atypiques, intimistes ou déroutants, loin du circuit traditionnel. Des endroits où l’on peut jouer avec l’acoustique, l’espace et l’atmosphère quand il s’agit de lieux sacrés ou chargés d’histoire. On a par exemple joué en électrique dans le temple protestant de Kaysersberg pour la sortie de l’album Hiroshima Cookie, comme nous l’avions fait avant à l’Abbaye de Droiteval dans les Vosges (une ancienne abbaye de moniales cisterciennes fondée en 1128) ou encore au Musée Unterlinden à Colmar. On a également fait des concerts insolites en plein air, comme une « boat session » en partenariat avec l’association Hiéro, où on a joué en acoustique à bord d’une barque circulant sur les canaux de La Petite Venise à Colmar. On a aussi eu l’occasion de jouer dans des caves et des bars à vins dans le cadre d’une tournée baptisée « Les Caves se rebiffent » ; nous avons ainsi joué au cœur de caves voûtées, au milieu des bouteilles. Des scènes de musiques actuelles (SMAC) et festivals :
Plus classiquement, on joue aussi sur des scènes de musiques actuelles (SMAC) locales comme ici au Grillen à Colmar.
Tu peux nous parler de ce concert et de l’enregistrement ?
Cette salle est une « boite noire » comme on les appelle. Ce qui veut dire qu’il n’y a rien à regarder à part la scène et le bar !! Ça nous change des cryptes, des églises, des musées et des caves de vignerons ! Mais le plus pour nous c’est l’équipement déjà en place.
Le concert était organisé par la fédération Hiéro Colmar, très active dans le milieu culturel local et se voulant plutôt « pointue » dans sa programmation. Nous étions en co-plateau avec deux autres groupes de rock, Pério et Dalton, un bon plateau pour amateurs de groupes français (à mon avis !).
Nous avons joué dix titres, dont deux du dernier album. Pour ce set, Basile est à la batterie et à la guitare. Sur d’autres concerts, il joue également de la basse. Basile joue également du synthé – il en joue d’ailleurs très bien, j’adore ! Mais bon, on n’est que deux sur scène, il faut se simplifier la vie, donc on a abandonné l’option clavier en concert pour voyager plus légers ! On utilise des programmations à la place.
L’enregistrement, c’est une prise de son console pure et dure, sans effet, sans rien, vraiment brute de décoffrage. Elle a été réalisée par Julien Burke, l’ingé son avec lequel on travaille depuis 2017. J’ai fait le mixage au NZL Studio en tenant compte des remarques toujours très précieuses de Julien. J’ai sélectionné trois titres (« Tout le monde t’M », « Hybrides » et « Horoscope » pour ajouter une reprise de Bashung) et j’ai fait un montage avec les photos prises au Grillen par Anaïs Connac, avec laquelle je travaille actuellement un documentaire. Enjoy !
Le NZL Studio, c’est ton home studio à Labaroche ? Tu y accueilles d’autres artistes ?
Oui, c’est mon home studio à Labaroche et j’y accueille d’autres artistes avec plaisir. Dernièrement, j’ai reçu un chanteur de reggae venu de Trinidad qui avait un concert dans le coin le lendemain et est venu enregistrer des voix chez moi. Je suis simplement intervenu comme ingé son. C’était sympa à faire et c’est vraiment un plaisir de partager des moments de musique comme ça avec des musiciens et des compositeurs.
Tu reprends « Horoscope » en live, c’est ton titre préféré sur « Figure imposée » ? Tu peux en expliquer le texte et illustrer l’interaction avec Alain sur l’écriture ?
Non, ce n’est pas forcément ma chanson préférée, ce serait plutôt « What’s in a bird » ou « Elégance ». Mais c’est un titre qui est un peu enjoué et que j’aime bien pour ça. Au Grillen, c’était la toute première fois qu’on le jouait comme ça. En fait, on ne l’a jamais joué sur scène à deux. La seule fois où on l’avait joué avant, c’était dans le cadre du spectacle « Rejouer Figure Imposée ». Et là, j’ai eu envie de le mettre dans la set list.
Le texte est en même temps assez noir (soit le cancer vous bouffera, soit ce sera le lion) et plein de dérision. C’est presque une lettre anonyme, une sorte de collage de bouts de phrases pris dans des canards, plutôt des magazines féminins. C’est un morceau récréatif, mais j’en suis très content !
Figure Imposée est resté un album à part dans la discographie de Bashung. Tu te souviens de l’enregistrement ?
Alain avait son groupe, le KGDD (Kovacic, Guindon, Draï, Delage). C’était d’abord des musiciens de scène, mais comme ils jouaient ensemble depuis un certain temps, ils avaient une vraie cohérence de groupe. Je pense qu’Alain avait besoin de ça pour conduire ses recherches musicales en studio. Ils se sont bien trouvés, ils étaient très soudés ! Ils ont créé ensemble la BO du film d’Arrabal en 1981 (Le Cimetière des voitures), ils ont ensuite poursuivi avec Play Blessures (1982) et ça s’est prolongé avec Figure Imposée (1983).
J’avais joué avec eux sur la fin de la tournée de 1981 mais je n’ai pas joué sur l’album. La seule fois où j’ai travaillé avec eux en enregistrement, c’était pour la musique du film Nestor Burma. Ca commençait toujours un petit peu de la même manière avec Alain. Il arrivait avec une maquette, parfois très sommaire et à partir de là, on montait le morceau en jouant une espèce de colonne vertébrale sur laquelle chacun travaillait ensuite à améliorer le play-back ; parfois, on partait même de zéro, avec juste une ambiance de voix et on montait la chanson au fur et à mesure, piste par piste. C’était la méthode d’Alain, « liberté dirigée » (une certaine fantaisie militaire ?) et après il gardait ce qui l’intéressait.
Pour Figure Imposée, ils avaient enregistré les playbacks au studio Vénus à Longueville. Je n’y ai pas assisté, je les ai rejoints plus tard au studio du Palais des Congrès pour l’enregistrement des voix puis pour le mixage. On démarrait en fin d’après-midi et on arrêtait au lever du jour ! État d’esprit : hyper concentré, décontracté et perfectionniste à l’extrême pour Alain, qui pouvait rechanter un seul mot des dizaines de fois ! C’était sa façon de travailler en studio, j’ai beaucoup appris à son contact !
Tu parlais du spectacle « Rejouer Figure imposée ». Malgré le beau concert dans la salle de l’Eden à Sausheim, le projet n’a pas eu de suite ? J’imagine que ça a été une déception ? A posteriori, quel est ton analyse ?
Il y aurait beaucoup de choses à dire. Pour moi, ça a été vraiment une super expérience, l’occasion de jouer avec d’excellents musiciens. Et en plus la dernière garde de Bashung (Yan Péchin à la guitare, Bobby Jocky à la basse et Arnaud Dieterlen à la batterie) ! C’était vraiment très fort pour nous (Basile était au synthé et à la deuxième batterie). On a fait deux résidences, une première au Noumatrouff à Mulhouse, une super salle branchée dédiée aux musiques actuelles et puis l’autre directement à l’Eden qui est vraiment un très bel écrin avec un beau plateau technique. On s’est vraiment bien entendus et les invités étaient top (Chloé Mons, Mona Soyok de Kas Product, Fred Poulet, Anastasia Rauch, L’Incohérent). Nous formions ensemble une espèce de petite compagnie, aussi marrante qu’hétéroclite ! Tout le monde allait dans le même sens, c’était vraiment très agréable à faire. Tout était très bien ! Simplement, une fois que le concert était fini, je me suis rendu compte que le producteur n’avait aucune stratégie définie pour vendre ce concert. Donc il est arrivé ce qui devait arriver… C’est-à-dire rien ! J’ai essayé de m’en occuper mais au bout d’un moment, j’ai lâché le morceau et je me suis vraiment concentré sur notre album Hiroshima Cookie. Mais voilà, c’était une super expérience et si un tourneur venait à s’intéresser au concept, je pense que toute la troupe serait prête à y revenir parce que j’ai eu l’impression que tout le monde s’est bien éclaté.
Je vois pas mal de clins d’oeil à Bashung dans tes textes, pas uniquement des références à Figure Imposée d’ailleurs. Tu pourrais me parler de ta façon d’écrire, de l’inspiration de tes textes ?
Oui, c’est vrai, même si ce n’est pas forcément réfléchi ni prémédité. C’est plutôt des espèces de congruences qui se produisent et sont un peu étranges… peut-être une forme de synchronicité. En tout cas, quand je peux glisser une référence, je ne me gêne pas, je le fais !
Ma façon d’écrire en français, c’est toujours un peu une souffrance, long et difficile. Avec Alain, ça l’était aussi, mais on se marrait quand même. Il y avait toujours un moment où ça nous faisait rigoler parce qu’il y avait un jeu de miroir entre nous. Mais écrire tout seul, c’est vraiment une souffrance parce que tu es obligé de te corriger toi-même et je dis bien « corriger » dans le sens où tu sors les orties et puis tu te mets torse nu et tu te fouettes en disant : « c’est tout ce que tu as réussi à faire, tu pourrais quand même te sortir un peu les tripes ! »
Je comprends parfaitement cette réflexion de Jean-Louis Murat quand il disait que les Français qui écrivaient en anglais étaient des traîtres. C’était peut-être un peu rude (l’Auvergnat qu’il était nous y a habitués !), mais je comprends ce qu’il voulait dire parce que c’est tellement facile d’écrire une connerie en anglais. Ça va sonner bien, mais c’est quand même une connerie ! C’est tellement difficile de dire quelque chose d’intéressant en français que tu puisses chanter plusieurs fois, écouter plusieurs fois sans dire n’importe quoi.
Je n’ai pas de recette particulière, je n’ai pas de système pour écrire. Je trouve un sujet qui m’intéresse, en général quelque chose d’assez proche de ce qui m’arrive ou de ce que je ressens. Et à partir de là, je souffre dessus jusqu’à ce que jusqu’à ce que je me dise : ça va, c’est écoutable aussi et je pourrais la chanter et l’écouter 100 ou 200 fois sans devenir tout vert ou avoir envie de me cacher sous un bureau. L’avantage d’avoir un home studio, c’est que tu peux faire et refaire, chanter, écouter, remettre en bouche, etc… Mais c’est toujours compliqué, c’est toujours dur ! J’en bave moins à faire de la musique qu’à écrire des paroles.
A posteriori, comment juges-tu l’impact de ta rencontre avec Bashung sur ta carrière ? Je te l’ai déjà dit, mais pour moi, les textes de « Figure imposée » sont au niveau des partie des meilleurs de la trame Bashung
C’était fondateur ! Avant, j’avais un groupe qui s’appelait Adrénaline. Mais entre le groupe que j’avais à Strasbourg dans les années 80 et le fait de travailler avec Alain, c’est un changement de monde. Je pourrais dire que c’était mon maître d’apprentissage, mais c’était bien plus que ça : Alain, pour moi, c’était mon grand frère. Ce que je ressentais pour lui était très profond. Je pense que c’était certainement partagé parce qu’on travaillait ensemble sans jamais avoir l’impression de travailler ; on s’amusait. Sur tout l’album Figure Imposée, même s’il y avait de la pression, on était comme deux gosses, deux garnements qui s’amusaient face à une industrie de la musique qui voulait absolument obliger Alain à revenir sur les rails d’où il était totalement sorti avec Play Blessures. On avait vraiment l’impression qu’on dynamitait tout ce que l’industrie voulait exiger de lui. Donc c’était vraiment un vrai plaisir à faire et ça nous faisait bien rigoler. Et d’un autre côté, quand on était en studio, je voyais comment il travaillait. Moi qui n’avais jamais été dans un studio d’enregistrement digne de ce nom, j’ai appris plein de choses en observant. Un peu à la manière japonaise où les cuisiniers sont obligés de rester pendant des années sans toucher un couteau ni quoi que ce soit. Les apprentis, ils regardent et puis un jour, le cuistot se retourne et il dit : « maintenant, c’est à toi ». C’était un peu ça. C’était très formateur à plein de niveaux. Mais oui, nous avions plus un rapport filial qu’une relation de parolier à compositeur.
Tu peux développer sur le sujet des influences japonaises. J’ai bien en tête l’histoire du paquet de biscuits ramené du Japon par Basile, mais est-ce qu’il y a autre chose ? Parce que quand je regarde la pochette de « Blanc comme l’enfer » et le nom du groupe écrit à la verticale, je trouve que c’était déjà japonisant.
Les influences japonaises, ça vient quand même beaucoup de Basile qui, lui, y est allé, contrairement à moi et qui est revenu avec des étoiles dans les yeux. Ca l’a transformé et même dans sa façon de s’habiller. Au Japon, il passerait inaperçu, mais ici, c’est vrai qu’il a quelque chose de décalé et de japonais indéniablement.
Tu nous fais le plaisir de nous partager en exclusivité de votre nouveau titre « Scroller » ? Tu peux nous en parler ainsi que du clip ?
« Scrolleur » ou « Scrollé », je ne sais encore pas comment le prononcer. Comme c’est un néologisme, un terme anglais qu’on va franciser, il faut sans doute dire « scrolle(u)r ». Qu’est-ce que je peux en dire ? Je me suis rendu compte que je passe de plus en plus de temps sur mon téléphone. Subrepticement, je me suis retrouvé peu à peu à passer des quatre heures d’affilée sur mon téléphone… Un comble après avoir échappé à des addictions qui auraient pu être terribles quand j’étais plus jeune. Je me suis dit : ça ne va pas du tout, je suis en train de me faire carrément manger de la tête par des trucs qui ne m’intéressent pas forcément. C’est une espèce d’abrutissement qui te rend le cerveau un peu immobile. J’ai réalisé que c’était un poison et qu’il fallait que je lutte pour pas en prendre tous les jours. Donc, j’ai bien réduit ma consommation et j’espère effectivement un jour pouvoir presser sur le bouton « Stop » (cf « le requin qui fumait plus et qui a rallumé son clope » pour citer qui tu sais). Scroller, c’est une chanson sur ces addictions à l’image.C’est un titre inédit, enregistré en collaboration avec le trompettiste bernois Werner Hasler qui était déjà présent sur un titre de notre deuxième album (« Tu m’as manqué »), sur lequel il jouait une ligne un peu à la Miles Davis. Sur « Scroller » il est bien plus abstrait et bruitiste, c’est cela correspond parfaitement au titre et à ce qu’il fait habituellement.Pour le clip, c’est un montage que j’ai fait, à partir des GIF d’un artiste que j’ai connu par les réseaux sociaux (comme quoi il peut aussi en sortir de bonnes choses !). Il avait fait quelque chose qui ressemblait beaucoup à la pochette de notre première notre premier album (« La trace ») : on voyait ce trait qui ressemble à une piste dans le désert, dans un horizon complètement plat.
J’ai pris des renseignements à gauche et à droite sur cet artiste et je l’ai contacté. C’est un mulhousien qui s’appelle Olivier Neza. Ca a bien matché entre nous et je lui ai demandé d’adapter ce qu’il avait fait, mais dans une version à deux personnages qui représenterait notre duo Gram_Pas. C’était vraiment quelqu’un de très sensible. Je dis bien c’était parce qu’il est malheureusement décédé. Il a eu une drôle de vie, en rupture avec le milieu bourgeois dans lequel il était né et il a passé une partie de sa vie dans la rue, à dormir sous les ponts.
C’était vraiment un artiste très prolifique. Quand je lui ai dit que j’aimerais bien avoir des choses de lui à projeter en arrière-scène dans nos concerts, il m’a envoyé plein de gifs et dès 2018, on a commencé à faire un montage. Depuis, on a rajouté des images de photographes qui avaient aussi envie de faire des choses avec nous, mais dans le film qu’on projette sur scène, il y a encore une large proportion de gifs d’Olivier Neza. Faire le clip de Scroller avec ses gifs, c’est une manière de lui rendre hommage et de remettre au jour cette collaboration.
« Scroller » est-il l’annonce d’un nouvel album ou un titre isolé ? Et quels sont tes projets musicaux en cours ?
Non, ça n’annonce rien de plus que ce titre-là. Il y a évidemment des choses qui sont en train de se faire. Quand je ne suis pas dehors à faire des travaux paysagers, je passe un bon bout de ma vie dans mon studio. Je ne sais pas dire si tout ce que je suis en train d’enregistrer sortira ou pas et je ne sais pas non plus quelle forme cela va prendre, nouvel album ou a minima un EP, mais de toute façon, oui, Gram_Pass va sortir des nouvelles choses dans l’année qui vient !
Je travaille aussi sur un documentaire actuellement, à la fois à la réalisation du documentaire au niveau des images et je fais aussi la musique -sans paroles-, ce qui m’est arrivé très peu de fois. Et vraiment, je trouve ça super intéressant. Le film devrait être prêt fin 2026.

Photo (c) Anaïs Connac
Pour finir, un petit mot sur tes connexions avec Fred Poulet, Rodolphe Burger, les frères Dieterlen… ?
Rodolphe Burger, je le connais depuis que j’ai 11 ans. On était dans le même collège puis le même lycée. On a fait un groupe ensemble quand on était au collège qui s’appelait « Fusion ». On était les meilleurs potes du monde, on était sans arrêt ensemble. Rodolphe, c’est ce genre d’histoire-là. Quand j’ai acheté ma première guitare électrique (que ma mère m’a payée), lui n’avait qu’une guitare sèche. Il me disait : « Mais comment je vais faire ? On ne va plus m’entendre » Ma mère lui a dit « Je t’en achète une aussi et ta mère me remboursera. Après, il a eu les pires problèmes quand il est rentré à la maison avec cette guitare électrique que sa mère ne voulait pas en entendre parler [rires]. Mais bon, Rodolphe Burger et moi, c’est une vieille histoire d’amitié !
Fred Poulet, on se connaît aussi depuis très longtemps puisque je suis marié avec sa sœur. Quand je l’ai connu, il était ado. Donc voilà, on fait des choses ensemble parce qu’on fait partie de la même famille et comme on a un intérêt commun pour la musique, je l’invite parfois pour faire des chansons ou pour qu’il vienne chanter sur des morceaux que j’ai faits. Pour le spectacle « Rejouer figure imposée », il avait fait tout ce qui était scénographie. C’était aussi une occasion de partager quelque chose ensemble, autre que boire des coups en famille.
Les frères Dieterlen, on a eu aussi un groupe ensemble qui s’appelait « Top Model ». J’avais fini l’épisode avec Bashung et j’ai fait ce groupe tout de suite après, dans lequel les frères Dieterlen jouaient aussi (Olivier à la basse et Arnaud à la batterie). Plus tard, Arnaud jouera avec Bashung. Comme il en a déjà parlé, il s’est dit : « si Pascal a pu jouer avec lui, pourquoi je ne pourrais pas moi aussi ? » Et puis ça s’est fait. Donc je suis plutôt content d’avoir, sans le savoir, initié ou donné du courage à Arnaud pour y aller.
Remarque, chez Alain, on retrouve aussi à un moment donné un saxophoniste qui s’appelle Michel Billiez avec qui j’ai joué avant de faire « Figure Imposée » avec Alain… Il y a souvent des connexions invisibles dans ce petit monde…
Image mise en avant (c) Chantal Poulet. Toutes photos avec l’aimable autorisation de Pascal Jacquemin.
Vidéo clip « Scroller » en exclusivité pour Dark Globe.
https://grampass.bandcamp.com/

J’ai grandi à l’aire des dauphines, jeune scélérat sans roi. Adolescent, une voix à la radio m’a soufflé « Je fume pour oublier… » et a éveillé ma curiosité musicale jusqu’à l’envie. Balayés le disco et ses paillettes, le noir était de mise et resterait ma livrée. Toujours pas dynamité d’aqueduc, à peine dressé quelques loulous… J’aime la musique qui ose et les voix qui en imposent. Et que ne durent…