Loading...
Disques

Lambchop / Punching The Clown

Kurt Wagner a fait un retour aux sources de Lambchop. Je ne saurais mieux résumer l’album qu’il nous livre cette semaine… Le musicien de Nashville venu de la country music a tout expérimenté depuis ses débuts, faisant évoluer et / ou varier ses productions au fil des années. Country, soul, jazz, électro il a tout essayé. Assez globalement, j’ai toujours aimé… L’expérimentation est une pratique qui me plaît en musique pop, plutôt que la répétition des mêmes accords. Son seul travers pourrait être un trop grand degré d’abstraction, une conceptualisation qui éloignerait l’auditeur… Si Lambchop en ont parfois rajouté beaucoup ( d’expérimentations!), avec Punching The Clown qui , si je compte bien, est leur 19 ème lp, c’est tout le contraire qui se produit. Tout ce qui peut parasiter une chanson a disparu. Un banjo, une guitare, la voix de Wagner, un chœur et c’est tout ( ou presque) font la matière musicale du disque. Voilà pourtant une formule famélique qui se révèle d’une rare beauté .

Musicalement nous sommes dans l’épure. Aux quelques instruments simples s’ajoutent de discrètes percussions et la voix de Wagner. Les fioritures ont disparu. On en est là. J’ai lu que Kurt Wagner avait été impressionné par une chanson de country dont il n’a pas retrouvé les auteurs, alors qu’il prenait de l’essence pour sa voiture. Le truc dénué de tout sur la corde raide, lui aurait donné l’idée de rechercher le beau ( son intention non camouflée) dans le dépouillement . C’est fait.  Punching The Clown a ensuite été enregistré en trois jours… Pas le temps de s’attarder. Equipe réduite de fidèles de Wagner et studio paumé dans le Wisconsin. La surenchère de moyens n’est pas sur ce coup. Et , évidemment, cela s’entend sans pour autant être un manifeste du less is more. Wagner ne théorise pas.

Mais, me demandez vous, ne risque t- on pas de s’ennuyer par manque de ces effets si souvent utilisés par les musiciens rock? Et bien non. La voix est hyper en avant, toujours lente dans son phrasé, sinon trainante elle fait preuve d’une rare présence. Le chant central structure la mélodie. De fait, les titres sont prenants, essentiellement par la dimension organique et humaine. « Weakened », qu’on a entendu en avant première, est une chanson superbe, merveilleuse , chargée d’émotion. Je pense à elle si je tente de cerner le caractère géneral de l’album dans mon esprit. Idem avec « Just West Of Nicollet » qui ouvre un bal éloge de la lenteur et de l’apesanteur. Il y a peu de moyens, pas d’ostentation pour énormément d’émotion offerte par 12 chansons très écrites ( il faut que je souligne ici le travail des textes, franchement ça met des longueurs à tellement d’autres que j’entends , mais oui!)…

Naturellement, vous n’allez pas trouver de hit radio dans  Punching The Clown. Ni de l’americana standard – style auquel on aurait pu s’attendre (cf The Bible en 2022)… Pas de hit single non plus mais de la mélancolie, sans doute, parce que ça bourdonne un peu – je le reconnais et si le ton vous agace n’écoutez pas cet album, je suis d’accord . Kurt Wagner chante son univers, son monde et il le fait extraordinairement . Si j’osais une comparaison cet album pourrait-être un mix de John Wesley Harding / Blood on The Tracks / Nashville Skyline de Dylan passés à la mode de Lambchop . Du vintage ( mais pas du revival) qui ne renie pas les possibles de 2026 ( sans y céder). Un disque qui va à l’essentiel, dont l’ambition est une peinture du monde – soit un contraste résolument artistique. Chacun le sait l’artiste est un démiurge mais ses moyens sont modestes. Ce qui en fait toute la grandeur.

Album sorti le 21 Août. Disponible et en écoute sur BC et tous formats.

https://lambchop.bandcamp.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.