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Live Reports

Panzetta Paradise / Scenina, Ajaccio / 25 septembre 2026

Panzetta Paradise, trio ajaccien , a la particularité aussi remarquable qu’inattendue d’associer rock garage et langue corse. Nous avons déjà parlé d’eux dans Dark Globe ( voir interview ) à l’occasion de la sortie en 2025 de leur premier lp, Garage Riacquistu ( label Beaucoupdecoups , Nice) … « Riacquistu » , on le traduit par « renaissance ». Le mot désigne le renouveau artistique corse de à la fin des années 1970 , réappropriation par des artistes insulaires de la langue originelle de l’île et de certaines traditions musicales. En quelques années ce renouveau nécessaire balaya, en son temps qui fût aussi militant, les adaptations de la ritournelle napolitaine qui dominèrent longtemps ici, tout particulièrement au travers de vedettes internationales comme Tino Rossi. La Corse avait aussi autre chose à dire.

En 2026 nous sommes toutefois dans une autre époque . Ainsi Laurent Matteaccioli ( basse et chant),Théo Poli ( guitare et chant) et Alexis Garibaldi ( batterie), sont- ils très loin du maestro du Scudo né dans la longue rue Fesch et ils se sont éloignés des polyphonies / world music ( I Muvrini) qui connurent leur heure de gloire dans les années 1980 et 1990. Décomplexés et libérés, Panzetta sont, par contre, très proches des Sonics, MC5, Jam, Stooges, des Five Gentlemen ( corso- marseillais sixties) , de Bijou ou du Gainsbourg rock … Cette posture, pour autant, ne renie rien des apports du riacquistu , in fine les renforce sans doute avec une légèreté bienvenue. Chez Panzetta Paradise il y a du fun , qu’on se le dise.

Le groupe qui se présente devant nous sur la scène de Scenina, salle de spectacle du centre ville ajaccien , porte des chemises blanches ajustées , cols noués de cravates noires, sur des pantalons de costumes noirs eux aussi ( le look « de rigueur »?). Les Panzetta ressemblent à Paul Weller et Bruce Foxton en 1979 ou au longiligne et mod Peter Townsend de 1965/ 66 ! Théo Poli plaque ses accords sur une Rickenbaker branchée sur un ampli Vox, et si Laurent Matteaccioli chante avec des intonations venues des paghjelle*, cela ne l’empêche pas de jouer de la basse comme Sparko des Doctor Feelgood période « Down by the Jetty »…Dont acte. Le cadre est posé.

La Scenina ( La petite scène) comme son nom l’indique, n’est pas très grande, mais elle est remplie de spectateurs. Le public est de tous âges . Le groupe a demandé qu’ on enlève deux rangs de sièges pour libérer une « fosse » où se rassemblent ses plus jeunes followers . Chacun, à sa façon, semble très curieux d’entendre le phénomène rock ajaccien, révélé en 2023 lors d’un festival local. Théo Poli fait figure de leader en arrivant seul ( il vient de sortir un lp solo) pour un titre intériorisé, joué en arpèges et accords de premières positions. Quand ses deux bandmates le rejoignent c’est une avalanche de riffs qui se déclenche. Compositions et reprises s’enchaînent, traversés de chorus incisifs. Poli et Matteacciolli se partagent chant et harmonies vocales. Garibaldi, avec un kit de batterie minimal, assure le beat et tient le tempo. On note son jeu précis et nuancé, qui trace droit et amène le groupe où il faut. La mécanique du trio est au point, dotée de claires intentions artistiques et stylistiques. Elle ne fléchit pas et le set reste sans approximation. C’est le fruit d’un travail évident, le groupe a mûri depuis trois ans. C’est aussi le résultat des dates estivales données dans toute la Corse. En écoutant Panzetta, on se dit qu’ils n’ont rien à envier aux londoniens de The Molotovs avec lesquels on trouve d’évidentes correspondances musicales et générationnelles. Les Panzetta pourraient- ils trouver leur voie sur le continent? Le souhaitent- ils? Ce sont des questions qui viendront dans les conversations des jours suivants. On ne se les pose pas ce soir du 25 septembre, pris dans un concert qui dépote où l’on verrait bien débarquer Wild Billy Childish .

Enfin, qu’on la comprenne ou pas ou incomplètement, la langue corse utilisée pour le chant, n’est aucunement un problème pour ce rock tonique , enthousiaste et juvénile encore. Il n’y a rien d’ostentatoire dans son usage par Panzetta Paradise. Au contraire on ressent de la fraicheur et du second degré, aucun lyrisme démonstratif, le trio ne se prenant pas au sérieux tout en jouant une carte quasiment pro. Cette « fraicheur » vient en partie de l’adaptation hyper dynamique de classiques garage comme « Have Love Will Travel » ou proto punk « I Wanna be Your Dog ». On entend par ailleurs des chansons qui flirtent avec le yéyé sixties, remusclé punk. A l’écoute de l’une d’elles – dont on ne sait pas le titre – on lui trouve une proximité avec « Da dou ron ron » des Crystals ( 1962) rendu célèbre dans l’hexagone par… Sylvie Vartan. Tout cela est malin et les compos tiennent parfaitement la route, dont « Un sò » et « Scenariu » qu’on apprécie instantanément.

En rappel Panzetta Paradise jouent , entre autres titres, le classique garage frenchy et très chic « Les Papillons Noirs »( 1967), chanté en français. La guitare et la basse l’attaquent en La ( La / Ré/ Mim) et non en Mi ( Mi/ La/ Si7), séquence d’accords la plus classique. Cette habileté associe au hit de Gainsbourg celui des Kingsmen, « Louie Louie » ( piqué au Doo Wap de Richard Berry) dont ce sont les accords exacts. Poli nous bluffe en intro, jouant sur quatre mesures le battement de main droite du standard garage devenu le premier hymne rock, suspecté en 1965 de dangereuse subversion par le FBI…

Panzetta sont- ils subversifs? Bonne question.

Il y a autant d’énergie que de subtilité dans la musique de Panzetta Paradise. Le groupe a la capacité aujourd’hui d’incarner une relève pour le rock corse ou en Corse, que faut il dire ? Sa fraicheur ( je l’écris à nouveau) a traversé tout le set. Par rebond, cette qualité ( à première vue innocente) pourrait permettre à une nouvelle génération de groupes insulaires de sortir de l’ornière relative dans laquelle elle peut se sentir contrainte . Concert revigorant, ouvert qui démontra que le rock and roll est un art, une culture hybride qui ne connait pas les frontières. A part celles qu’on se met soi- même.

https://beaucoupdecoups.bandcamp.com/album/garage-riacquistu-album

*Les Paghjelle sont des chants corses traditionnels, basiquement à trois voix.

Photos (c) Dark Globe

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