Dark Globe…
Planète sombre ? Globe oculaire noir ? Œil géologue qui creuse la musique cachée dans l’ombre pour la remettre sous la lumière ?
En tout cas, un regard balayant le passé des 70 et 80’s du rock alternatif, post punk, indie, pop, au champ musical d’aujourd’hui dit des musiques actuelles.
C’est en abordant cette vision de notre webzine que m’est venu en tête un groupe qui me paraît parfaitement adhérer à cet état d’esprit. Un groupe qui traverse plusieurs décennies en participant à façonner les premières, tout en se renouvelant et en gardant son identité.
Né en 1979, il a sorti en février de cette année son 17e album : The Devil’s Door. Il s’agit de And Also The Trees.

C’est un peu tard pour une chronique de disque. On pourrait dire que j’anticipe sur mon best of 2026, mais c’est en fait l’occasion de revenir, non pas sur ce dernier album et la récente trilogie encensée par la critique musicale qu’il clôt (avec The Bone Carver en 2022 suivi de Mother-of-Pearl-Moon en 2024), mais plutôt d’identifier le ou les moments où s’opèrent une véritable bascule, celle de la renaissance du romantisme.
La récente trilogie encensée par la critique musicale […]
J’avais lâché l’affaire depuis la fin du XXIe siècle, bien occupé à découvrir la production contemporaine en vogue. AATT était pour moi un groupe trop estampillé 80’s et au genre musical qu’on leur connaît. Jusqu’à tomber tardivement sur l’album (Listen for) The Rag And Bone Man de 2007.
Certains s’accordaient à dire qu’avec cet album le groupe atteignait son apogée. Effectivement, on prend ici une nouvelle direction plus acoustique, que l’enchaînement des 2 pistes « The legend of Mucklow » et « Untitled » reflète bien. Piano et contrebasse (merci le nouveau bassiste), contribuent à apporter une coloration jazzy bien que l’ensemble reste encore très sombre.
Alors marche arrière toute, à la découverte des précédents opus que j’avais ratés.
Je m’aperçois que les prémices du changement apparaissent bien avant, déjà dans les années 90 notamment avec le lp Klaxon de 1993. L’univers reste le même, encore très rattaché aux 80’s, notamment par le son. Le morceau « Wooden Leg » avec ses passages flottants est tout de même annonciateur.
Et puis sortent Angelfish en 1996 et Silver Soul en 1998. De l’autre côté de l’Atlantique, le groupe s’éloigne vraiment de ses sonorités habituelles. Albums à l’esthétique (pochettes comprises) et guitares 50’s, de surf music, de grands espaces, (« Jewel Park » et le début de « Highway 4287 » auraient pu illustrer un épisode de Twin Peaks). Mais seule la voix de Simon Jones est là pour nous rappeler ce qu’on écoute.
En 2003, retour vers la vieille Europe. Avec l’album Further from the Truth, AATT reconvoque son passé lié à la musique estampillée cold-wave, et nous emmène aussi vers une musique plus chaleureuse et contemporaine.

Plus loin de la vérité ? C’est bien plutôt le contraire. Comme si cet opus les rapprochait de la maturité musicale qu’ils atteindront très rapidement sur les albums suivants.
Further from the Truth reconvoque un passé lié à la musique cold-wave […]
On retrouve leur style si particulier et reconnaissable de noirceur lumineuse. Mais le romantisme se fait moins grandiloquent, la voix moins maniérée, la musique plus intime et délicate semblant plus apaisée. Le son change encore (nouveau ingé son), plus neutre.
Le groupe étoffe vraiment sa palette.
Un peu comme si l’on passait du post-punk au post-rock.
Un peu comme si le romantisme renaissait : orchestrations baroques maitrisées, interventions subtiles d’instruments ou sonorités inédits (de l’électronique et du synthé à très faible dose, et même du mélodica sur « 21 York Street »), maîtrise de l’interprétation : ces guitares, cette batterie, peu évoquée, et pourtant si caractéristique avec le rimshot, et un jeu parfois presque groovy. Une musique toujours raffinée, et bien évidemment cette voix comme fil d’Ariane.
Ces nouvelles ambiances marqueront maintenant leur future production et de cette (r)évolution suivront d’excellents albums avec leur lot de belles ballades mélancoliques, intimistes, dépouillées mais également de vraies envolées intenses, plus punchy, voire quelques perles instrumentales légèrement bruitistes post-rock.
A commencer, en effet, par l’album suivant de 2007 et jusqu’au dernier sorti cette année.
Même leur prestation au festival Nox Orae en 2021 traduit cette démarche sur scène : le concert débute par 2 longs morceaux épurés où seuls les frères Jones sont présents. Le reste du groupe ne les rejoindra pour « Domed » d’abord à la clarinette basse puis progressivement pour les autres, que 20 minutes plus tard.
Si l’ensemble des albums depuis Further from the Truth reste de haut vol, Mother-of Pearl Moon qui parait 11 ans plus tard, en 2024, sort du lot et fait vraiment figure d’exception.
Il symbolise l’aboutissement de cette démarche d’épure et d’exploration : L’écriture et les structures semblent plus libres, ouvertes et donc inédites, parfois étirées, intimistes, dépouillées (« intro »), parfois bruitistes mais aussi contemplatives, cinématographiques (« no mountains no horizon »). La clarinette apporte encore une autre couleur élargissant une fois de plus la palette musicale du groupe. Les ambiances sont donc riches et variées : de « Valdrada », balade citadine chaloupée jazzy, au rythme changeant, on passe à un instrumental bruitiste, puis avec « Visions of a stray », alors que l’on croirait entendre Nick Cave, le morceau bascule franchement vers l’électro.
Les structures semblent plus libres, ouvertes et donc inédites […]
Ce disque est un virage réussi. Il représente sans doute jusqu’à présent la quintessence de leur art.
Le cap est fixé, le navire vogue sur le(s) flow et traverse des eaux tantôt calmes tantôt houleuses, l’équipage peut changer selon les voyages, les voiles s’adapter au gré du vent, le capitaine entamer des lalalala-lalala, le navire débarque toujours à bon port, sous des lumières tamisées et chaleureuses teintant l’atmosphère comme sur les tableaux de Turner. Le peintre est le maître de la lumière et de l’atmosphère. Le groupe est son double musical, tout aussi romantique.
https://andalsothetrees.bandcamp.com
image mise en avant (c) info concert

Mélomane musicien, boulimique insatiable de mélodies et d’harmonies et de découvertes sonores parce que la musique c’est du bruit qui pense.