Précédé d’un premier album, Wasted On Youth , qui a défrayé la chronique et fort d’un boost médiatique comme les anglais savent si bien le faire, le jeune groupe The Molotovs fait escale à Marseille pour la première fois. C’est dans un Café Julien tout récemment réhabilité que nous retrouvons la formation.
En lieu et place d’une coursive avec tables et banquettes qui dominait la scène, la salle tout en long est désormais flanquée d’une colonne en son milieu et d’une volée de marches à mi-hauteur qui nous amènent au niveau des musiciens. Pour un concert complet depuis des mois, j’ai prévu d’arriver tôt pour jouer des coudes et me placer sur la plus haute marche, face à la scène. De là, je suis prêt à affronter le nouveau must see des groupes british. De m’en faire une idée, plutôt … Cette position stratégique me permettra de ne rien perdre de l’heure de concert donnée par les anglais survoltés. Autour de moi, des têtes de cinquantenaires. Je m’attendais à rencontrer plus de jeunes gens dans le public, mais la France n’est pas l’Angleterre , faut-il croire, en termes d’intégration rock.
Alors, réel engouement ou simple mode passagère ? C’est l’occasion de le savoir en direct live, pour un groupe déjà adoubé par Pete Doherty.

Les Molotovs prennent la scène tout en formidable énergie juvénile et ne ralentissent quasiment jamais le tempo. Ils enchaînent les titres (dont deux extraits de leur nouvel album à venir), dans leur veine punk/mod caractéristique. Avec des riffs joués à la vitesse de la lumière et un chant possédé (Mathew Cartlidge), une bassiste démonstrative et équilibriste (sa sœur ainée Issey), un batteur qui cogne dur (Noah Riley), les Molotovs font preuve d’une belle assurance qui fait mentir leur âge tendre. Quelques fines mélodies et harmonies vocales enrichissent le déluge de sons et laissent entrevoir un potentiel de plus.
Si certains des membres du public ont dû connaitre les Jam fin des années 1970, ou réécouté leurs disques, les Molotovs ont aisément rappelé le souvenir de la seconde vague des mods anglais. Reste à imposer leur propre histoire. Sur ce, il est toujours agréable de se frotter à la nouvelle tendance rock du moment, avant que le groupe ne prenne un envol plus haut. La programmatrice du concert m’indiquera d’ailleurs que les Molotovs risquent d’être programmés dans la grande salle de l’Espace Julien pour une autre visite phocéenne, histoire de se réjouir de les avoir eu en « petit comité » ce 8 octobre. Il est vrai que si le groupe joue sur des scènes moyennes depuis quelques années, l’avenir pourrait bien leur sourire. Après tout, ils ont déjà fait parler d’eux dans les grands festivals, joué des centaines de fois en Grande Bretagne, à New York et Los Angeles entre autres (concert au Hollywood Palladium, showcase chez Amoeba Records, excusez du peu…).

Je retiendrai de cette soirée la force puissante d’un groupe très jeune (le duo frère-sœur a moins de 20 ans !). La sincérité qui transpire dans leur démarche passionnée (la bassiste en fait un peu trop toutefois dans le registre exacerbé) et quelques titres bien sentis qui se démarquent : outre leurs singles passés, le nouveau « Urbia » est de ceux-là.
Le rappel sera l’occasion d’une reprise en mode accéléré du « Suffragette City » de David Bowie. Bonne pioche, même s’ils ont pris l’habitude de la jouer des centaines de fois sur scène. On aurait bien pris quelques titres de plus, comme quand les Molotovs entonnent leur single « More, More, More ».
En scannant les visages du public, je ne pense pas avoir été le seul à être touché par ce concert. Mais entre la séduction du moment et la révélation d’un groupe prometteur, il peut y avoir de la marge. Seul l’avenir nous dira si la marge est infime ou si la marche est encore un peu haute. En attendant, ne boudons pas notre plaisir.
photos (c) Guy Castagné / Dark Globe.fr
