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Interview – Une Vie Austère

Une Vie Austère appartient à cette catégorie d’objets musicaux à l’empreinte presque effacée par le temps. À l’heure où tout se mesure à l’aune de la visibilité, se pencher sur un tel projet relève presque de l’incongru. Mais c’est précisément dans ces marges que réside tout l’intérêt : exhumer cette trajectoire discrète rappelle pourquoi la musique est si importante— non pas pour ses victoires publiques, mais pour la pureté et l’ambition d’un geste créatif.

S’il est donc resté inconnu durant son existence, le groupe bruxellois est tout de même représentatif d’une époque : celle des débuts d’une démocratisation musicale portée par l’esthétique du DIY, la proposition d’une indie-pop en langue française et la certitude qu’il n’est pas nécessaire d’être un « professionnel de la profession » pour défricher les chemins de l’introspection artistique et proposer quelque chose de profondément émouvant. Car s’il faut avant tout apprécier les édifices fragiles sur leurs appuis et les croquis maladroits dessinés à main levée pour juger à sa juste valeur le travail d’Une Vie Austère — une superbe trouvaille en guise de nom soit dit en passant—, il faut reconnaître à Geoffroy Klompkes (chant et guitares) et Philippe Goderis (claviers et programmations) un talent certain pour les mélodies à l’état brut et les textes spontanés, qualités qui leur auront valu les égards des Inrockuptibles et de Magic.

Depuis la mise en sommeil pour une durée indéterminée dUne Vie Austère il y a plus de vingt ans, Geoffroy a poursuivi son travail à la RTBF, notamment sur Pure FM et Tipik, et publié en 2023 un roman intitulé Limite Petit Bain. Philippe Goderis a, lui, orienté ses recherches musicales vers des territoires plus expérimentaux et abstraits sous le nom d’Unenthüllte. Avec cette nostalgie d’un âge des possibles alimenté par le carburant des passions musicales et de l’amateurisme décomplexé, notre entretien avec Geoffroy esquisse en creux les contours d’une aventure DIY aussi modeste que profondément attachante — tellement nineties.

Quel est ton premier souvenir musical ?

Je n’en ai pas la moindre idée. J’ai, comme tous les ados, eu une collection de 45 tours craignos et honteux comme Léopold Nord et Vous, mais jusqu’à 14 ou 15 ans, je n’avais pas vraiment d’éducation musicale. En revanche, je me rappelle un prof d’anglais qui, pour nous expliquer l’expression « Let’s », avait pris en exemple le « Let’s Dance » de David Bowie que tout le monde connaissait dans la classe. Sauf moi. Je ne comprends toujours pas comment j’ai pu passer à côté de ça. J’ai aussi le souvenir d’un pote qui, lors d’une soirée, m’avait installé entre deux enceintes pour me faire écouter « Blue Monday », que je n’avais jamais entendu non plus. Ça a été un vrai choc. J’ai acheté Low-Life dans la foulée, qui est devenu mon deuxième contact avec New Order. Mais avant ça, j’étais fan de Queen, jusqu’à aller les voir en concert en 1986 — ce qui m’a valu de rater mon examen de chimie. Les voir sur scène du vivant de Freddie Mercury prouve au moins que j’avais les bonnes priorités à l’époque, même si ce n’est plus du tout le genre de musique qui m’intéresse : mes préférences vont désormais vers la musique de neurasthéniques (rires).

Est-ce que tu as compris à l’époque le caractère un peu différent de la musique de New Order ?

Je n’avais pas une approche très réflexive sur la musique à ce moment-là. Je ne sais plus exactement comment ça s’est développé. Ce sont des souvenirs très impressionnistes. Mais la base de mon éducation musicale, c’était l’émission 120 Minutes sur MTV : une sorte d’oasis sonore au milieu de la banalité ambiante, le dimanche soir entre minuit et deux heures du matin. C’est là que j’ai découvert toute cette scène : Slowdive, The Boo Radleys, My Bloody Valentine, Pavement… Tout ce qui allait me passionner. J’enregistrais les émissions sur VHS pour isoler les morceaux ou les artistes qui me marquaient. C’est vraiment ça qui a façonné mon paysage musical. J’ai découvert Ride en première partie de The House of Love, dont j’avais adoré « Shine On ». Je considère New Order comme mon groupe préféré, mais en comparaison de tout ce que j’ai pu écouter par la suite, c’est une vraie anomalie. Malgré leur influence, très peu de choses dans mes goûts futurs leur ressemblaient vraiment. C’est à la fois mon point cardinal et une étrangeté dans mon parcours.

Je pensais que ton amour premier était pour le cinéma, pas la musique ?

J’ai essayé d’étudier le cinéma. J’ai passé deux années de suite le concours d’entrée de l’INSAS. Comme je n’ai pas été pris la seconde fois, j’ai bifurqué vers une école de journalisme à l’Université de Bruxelles. Je me suis rendu compte après coup que le travail en équipe n’était pas fait pour moi, donc le cinéma n’était de toutes manières vraiment pas une option viable. J’ai eu de la chance de commencer à écrire sur la musique dès 1991 pour le magazine télé TéléMoustique, devenu Moustique plus tard, lors de ma dernière année d’études. La rubrique musicale était de très haute qualité, ce qui était assez exceptionnel à l’époque pour un magazine télé. J’ai aussi travaillé pour un journal gratuit appelé Mofo, pour lequel j’écrivais sur des groupes un peu plus obscurs et underground. Ce dont je me suis rendu compte assez vite — et encore davantage avec le recul —, c’est que tous ces groupes que je suivais et interviewais avaient mon âge. Le fait qu’ils soient mes contemporains créait une résonance supplémentaire.

Comment as-tu réussi à interviewer tous ces groupes ?

Ce sont les attachés de presse qui nous contactaient pour organiser les interviews. Évidemment, je faisais ce qu’on me demandait, donc je travaillais parfois sur des artistes qui ne m’intéressaient pas beaucoup mais une bonne partie correspondait heureusement à mes goûts. D’ailleurs, l’une des premières interviews que j’ai faites, c’était avec Kim Gordon et Kurt Cobain dans les coulisses d’un festival. D’une manière générale, j’aime profiter de la musique au premier degré, mais j’aime tout autant comprendre comment les choses se font. J’ai du mal à m’intéresser à une forme artistique sans chercher à savoir comment elle fonctionne. Et cette curiosité m’a servi durant les interviews, parce que j’avais l’intuition de ce qui était important pour les artistes. Je notais des détails, je commençais l’entretien par là et, tout de suite, ça les mettait en confiance. Le corollaire, c’est que je savais repérer les intentions, même lorsque le résultat était raté. Et à partir du moment où tu t’intéresses à la fabrication des choses, vient forcément le moment où tu as envie de le faire toi-même.

Pourtant, tu n’avais pas un background de compositeur ?

Non, pas du tout. Il y a cette anecdote sur Lou Reed qui m’avait marqué. Il s’était adressé à un musicien en lui demandant les trois accords qu’il faut pour jouer du rock. Le musicien lui avait proposé de lui en apprendre beaucoup plus, ce à quoi Lou Reed a répondu qu’il s’en foutait et qu’il se contenterait de ces trois accords (rires). Je crois que cette idée de démocratisation de la musique est ce qui m’a poussé : il ne fallait pas forcément grand-chose pour composer. J’ai d’abord rêvé d’une guitare avant d’en avoir une. Les débuts ont été laborieux, je n’ai jamais vraiment su en jouer, mais j’ai tout de même réussi à en tirer quelque chose. Au fur et à mesure que j’apprenais, ça me donnait des idées de chansons pour Une Vie Austère, même s’il y a eu des trucs purement abominables au départ ! Mais ça construisait progressivement l’identité du groupe. À un moment, j’avais tellement d’idées de chansons qui me venaient en tête que je voulais trouver un moyen d’en faire quelque chose. Et c’est encore le cas aujourd’hui : en sortant de la RTBF, sur le trajet de dix minutes vers le tramway, des idées de lignes mélodiques ou de parties chantées me viennent spontanément. Même si j’ai arrêté d’en faire des morceaux.

« J’ai d’abord rêvé d’une guitare avant d’en avoir une. Les débuts ont été laborieux, je n’ai jamais vraiment su en jouer, mais j’ai tout de même réussi à en tirer quelque chose. »

Qu’est-ce qui t’en empêche aujourd’hui ?

C’est surtout qu’à l’époque, il y avait cette facilité à produire de la musique. Lorsque j’ai rencontré Philippe, l’autre moitié d’Une Vie Austère, je lui ai directement demandé s’il n’avait pas envie qu’on fasse quelque chose ensemble. À la base, j’aime quand tout est simple, sans prise de tête. Mais je savais que si je me lançais là-dedans, j’allais être exigeant. Je voulais pouvoir tout assumer. Si quelqu’un n’aimait pas ce qu’on faisait, je voulais pouvoir dire que c’était un choix de notre part et non un compromis. Philippe m’a dit : « Essayons, et si ça ne marche pas, on arrête. » C’est comme ça qu’on a démarré. Philippe est un passionné de programmation, de synthés et de nappes électroniques. Moi, j’avais ma guitare, lui son synthé : c’était un peu la rencontre façon New Order de nos deux univers… sans oublier le chant approximatif (rires). En plus, à l’époque, nous habitions tous les deux dans le même immeuble, ce qui me permettait de venir lui rendre visite avec ma guitare tous les jours de la semaine. Dès qu’il a déménagé et que cette proximité a disparu, le projet a été en danger. Le groupe a vraiment vécu durant les années où il habitait au-dessus de chez moi. Comme quoi, ça tient à pas grand-chose.

Philippe était meilleur musicien que toi ?

Il n’était pas musicien du tout ! Il ne connaissait pas les notes que je fredonnais, il les retrouvait uniquement à l’oreille en essayant sur son clavier jusqu’à tomber dessus. Une grande partie des chansons est née ainsi : pour un morceau comme « Like a Doberman », je chantonnais une idée mélodique et il construisait la programmation autour. De mon côté, pour la guitare, j’étais bien incapable de reproduire ce que j’avais en tête : c’était surtout ce qui naissait par hasard sous mes doigts. Au fond, l’objectif était simplement de matérialiser les chansons que j’avais dans la tête.

C’était un processus facile ?

Non, c’était parfois compliqué, mais il n’y avait aucune pression. Même si, pour être honnête, j’ai vaguement espéré à un moment que le projet devienne professionnel. J’ai toujours fantasmé sur l’idée de la setlist : imaginer poser sur papier les chansons qu’on allait jouer en concert ou construire une tracklist d’album sont des mécaniques qui me fascinent. Avant cela, je n’avais jamais rien fait de plus personnel que la musique. C’est un exutoire parfait pour quelqu’un de réservé et timide : tout y est profondément intime, mais dissimulé derrière un art abstrait. Celui qui écoute ne sait pas exactement ce qui s’y cache. Et puis, il y a eu la scène. En 2000, on a joué dans un mini-festival à Louvain-la-Neuve, First Steps and False Alarms. Durant tout notre set de 35 minutes, un type qui ne nous connaissait pas s’est mis à danser du début à la fin. Ça peut sembler être un cliché convenu, mais voir un inconnu vibrer sur tes morceaux, c’était incroyable. Réussir à produire sur d’autres l’effet que tes groupes fétiches ont eu sur toi, c’est une expérience assez folle.

« La musique ‘est un exutoire parfait pour quelqu’un de réservé : tout y est profondément intime, mais dissimulé derrière un art abstrait. »

Tu es très honnête vis-à-vis de tes limites musicales et vocales. Où as-tu trouvé le courage de passer outre pour composer et faire écouter tes morceaux ?

Je suis quelqu’un d’assez susceptible, parce qu’une critique ne fait souvent que confirmer ce qu’on redoute déjà secrètement de soi-même. Mais là, bizarrement, je me disais que ce n’était pas grave. Avec le recul, je me dis que j’ai fait écouter des choses beaucoup trop tôt et que j’aurais mieux fait d’attendre. Mais j’étais tellement emballé que j’en ai oublié mes appréhensions. Il y avait toujours dans ma tête ce dialogue entre le petit ange et le petit diable de Tintin : une voix qui me disait que j’étais cinglé d’envoyer ça, et une autre qui me poussait à le faire. Obtenir une chronique de Jean-Daniel Beauvallet des Inrockuptibles, qui a écouté tant de disques fondamentaux écrire sur ce que moi j’avais composé… c’était extrêmement fort. Financièrement, c’est sûrement plus rentable de plaire au grand public, mais toucher profondément les quelques personnes que tu respectes a tellement plus de valeur.

C’était quoi la réponse des journalistes par rapport à votre musique ?

On n’en a pas eu beaucoup. Un journaliste de Mofo, un magazine pour lequel j’avais travaillé, nous a descendus systématiquement. Magic, en revanche, avait écrit sur nous un article très gentil et assez touchant. Les Inrocks et Magic étaient les deux médias qui comptaient vraiment pour moi et avoir une réponse de leur part représentait de grands moments dans notre « vie austère » (rires). Il y a aussi cette part complètement hors jeu : des journalistes voient dans tes morceaux des choses que tu n’as jamais voulu y mettre.

« Financièrement, c’est sûrement plus rentable de plaire au grand public, mais toucher profondément les quelques personnes que tu respectes a tellement plus de valeur. »

Il y a un côté punk dans cette manière de dire : « Je suis peut-être limité techniquement, mais j’ai quelque chose à dire » ?

C’est exactement la démarche dans le principe, même si je n’avais pas forcément grand-chose à raconter : j’étais plutôt intéressé par le côté sensoriel et je crois que c’est vraiment un aspect que tu retrouves dans mon travail romanesque : le ressenti plutôt que l’énoncé. Le paradoxe, c’est que notre musique était minimaliste par les moyens, mais maximaliste par l’intention. En concert, on faisait beaucoup de boucan parce que j’essayais de tirer le maximum du peu que je savais faire. Je voulais proposer quelque chose de plus ambitieux que ce que je pouvais me permettre, avoir plus d’envergure que ce dont j’étais capable avec mon matériel.

« Notre musique était minimaliste par les moyens, mais maximaliste par l’intention. »

Est-ce que tu te sentais proche d’une certaine scène francophone indie-pop de l’époque ?

J’adorais Autour de Lucie ou Dominique A. Ce qui est drôle, c’est que tous les articles parus sur nous faisaient systématiquement référence à Dominique A. Je peux le comprendre, à cause du français et des sonorités de synthétiseurs, même si je nous trouvais très différents. D’ailleurs, on avait trouvé une formule plutôt drôle à l’époque : « Après Une vie austère, le silence qui suit est aussi de Dominique A » (rires).

Est-ce que tu avais le sentiment d’appartenir à une scène francophone particulière ?

J’ai l’impression qu’on a été assez précurseurs — même si on n’a influencé personne puisque personne ne nous connaissait ! Nous faisions de la pop avec de fortes influences anglo-saxonnes, mais j’ai abandonné l’anglais très rapidement parce que je trouvais le français bien plus intéressant. Essayer de faire sonner ensemble des mots qui n’étaient pas faits pour se côtoyer nous rapprochait peut-être plus de Miossec ou de Pavement, avec leur vocabulaire alternatif que de Dominique A. Même si, a priori, il était assez logique qu’on nous rapproche de ce dernier.

Tu me donnais l’impression de quelqu’un qui travaillait beaucoup ses textes ?

Pourtant, les textes ne m’intéressaient pas particulièrement. Un certain nombre de paroles étaient totalement improvisées pendant que je cherchais des mots à caler sur la mélodie vocale. Ça relevait plus de l’écriture automatique. J’ai souvent rafistolé la syntaxe après coup parce que tout ne collait pas parfaitement, mais c’étaient en réalité des textes presque bâclés. En tout cas, de tout ce qu’on a fait, c’est là où j’ai investi le moins d’effort. Mais forcément, mon inconscient et mes préoccupations du moment finissaient par s’y glisser sous une forme non littéraire. Les paroles pouvaient sembler opaques, mais ça n’empêchait pas l’émotion de passer. C’est un paradoxe qui me fascine dans la musique. On peut être totalement bouleversé par une chanson dans une langue qu’on ne comprend pas du tout. Les mots ont une importance secondaire parce que c’est la mélodie qui porte l’émotion.

« Les mots ont une importance secondaire parce que c’est la mélodie qui porte l’émotion. »

Au niveau des concerts, comment ça se passait ?

On a fait deux concerts en appartement. Le tout premier était chez Philippe. Le réalisateur Alex Stockman avait aussi organisé une soirée intitulée « Nowhere Fast » en hommage aux Smiths et nous avait invités. Nous avons joué devant le chanteur Arno, qui n’avait pas l’air très intéressé, mais je ne peux pas l’en blâmer car c’était très approximatif (rires). Nous avons fait ce festival de groupes émergents à Louvain-la-Neuve, et un autre concert dans le restaurant dans lequel nous mangions après les répètes du mardi.

Tu n’as pas cherché à te protéger derrière ta nationalité et ce côté décalé — une sorte de Magritte chanté — pour faire passer tes limites techniques ?

Il y a une chose que je n’ai jamais voulue faire, c’est du second degré. De l’humour, oui, mais pas d’ironie distanciée. Le nom du groupe, Une Vie Austère, vient d’ailleurs d’un épisode d’Amicalement vôtre ! J’aimais beaucoup l’idée que le nom du groupe ressemble à un titre de roman. Il peut y avoir une touche d’humour dans nos chansons, mais la démarche, elle, a toujours été très sérieuse. J’ai toujours fait du mieux possible en fonction de nos moyens et du temps imparti. Je crois que si notre musique a un intérêt, c’est précisément grâce à cette tension : vouloir faire plus que ce pour quoi on est a priori armés. Repousser nos limites, alors qu’elles étaient bien réelles. Je trouve fascinante la tension qui naît quand on tente quelque chose d’artistiquement ambitieux, même si le résultat n’est pas forcément au rendez-vous. Certaines personnes ont une démarche passionnante, même si le résultat n’est pas toujours à la hauteur. Ce sont deux choses différentes.

Est-ce que toi, à un moment, tu aurais rêvé d’un plus gros groupe, de travailler avec des gens qui maîtrisaient ce qui t’échappait techniquement ?

Ah oui. Comme j’avais toujours en tête des choses beaucoup plus amples, j’aurais aimé les concrétiser. De ce point de vue, je trouve que Dominique A est quelqu’un qui a vraiment su s’entourer. La difficulté, c’est de trouver des musiciens qui partagent la même approche et la même sensibilité. J’avais des connaissances avec qui j’ai essayé de jouer, mais nos univers musicaux étaient bien trop éloignés pour que ça fonctionne. Mais en soi, j’aurais adoré ça. Et encore aujourd’hui, j’imagine proposer des choses en concert. Une Vie Austère n’est pas fini dans ma tête : je continue d’avoir des idées de chansons, je continue de rêver à des concerts que je commencerais par telle chanson, avec tel dispositif… Ce sont des envies qui ne me quitteront sans doute jamais.

« Cette vieille légende qui dit que le rock se pratique uniquement quand on est jeune n’a plus aucun sens. »

De passer de ce rythme de production de stakhanoviste à plus rien, ça n’entraîne pas un manque ?

Ah si. Écrire mon roman Limite Petit Bain m’a permis de canaliser les choses autrement. Mon mode d’expression premier, c’est l’écriture tout court. Mais la musique me fascine au minimum autant que l’écriture romanesque parce qu’elle tend vers l’abstraction pure. Il y a ce côté insaisissable qui me passionne. Mais je ne désespère pas qu’un jour ça reparte. Lorsque j’avais interviewé Peter Hook à l’époque de Monaco, je lui avais dit que j’avais l’impression que certains artistes, passé un certain âge, essaient de faire des choses plus matures, plus posées, et j’aimais bien le fait que ce ne soit pas le cas chez lui. Il m’avait répondu qu’il comptait bien rester immature ! Quand on voit tous ces groupes qui continuent à jouer alors que les membres ont 60, 70 ou 80 ans, cette vieille légende qui dit que le rock se pratique uniquement quand on est jeune n’a plus aucun sens. Qui aurait pu imaginer que New Order serait toujours en activité à l’âge qu’ils ont ? C’est pour cela que je pense que je pourrais reprendre Une Vie Austère n’importe quand.

Le Bandcamp d’Une Vie Austère s’écoute ici.

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