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Live Reports

Mogwai + Pye Corner Audio – Paloma (Nîmes), 29/03/14

Mogwai_3Wish you were here ?

Au milieu des seventies certains prétendaient que le Floyd avec WYWH avaient enregistré l’album idéal pour 1) Tester les chaines stéréo 2) Apaiser la migraine des cadres stressés. Je sais pas si Mogwai avec Rave Tapes, récent et dernier album, pourraient avoir les mêmes vertus mais ils n’en sont pas loin. Blague à part.
Parce que Mogwai question son, c’est un groupe impec. En live aussi et j’en reste baba. BABA.
Oublié le côté sonique des débuts – il est vrai c’était il y a 20 ans – et la Young Team de Glasgow a pris de l’âge, de la bouteille (peut-être à tous les sens du terme au vu des liquides sur scène aux pieds des amplis), enfin du poids (ce qui peut avoir un rapport avec le point précédent).
Quant à la migraine Mogwai c’est cool et sous un certain angle c’est donc, qui sait, thérapeutique. Les Mogwai  détendent. Il n’y avait qu’à jeter un coup d’oeil rapide dans la salle pour découvrir une bonne partie du public ondulant doucement, hynoptisée, yeux fermés, souriant à l’extase qui montait , babas (again) de bonheur.
Mais peut être pas franchement Wish You Were Here, pour une raison évidente tout d’abord: Mogwai ne raconte aucune histoire, contrairement à Waters et Gilmour. Mogwai est dénué de pathos et de toute chose littéraire (et déclare ainsi que les titres des morceaux n’ont ni sens ni intention véritable). Mogwai est une pure abstraction sonore. Le propos de Mogwai n’est rien d’autre que la musique elle-même et n’a aucun autre objet. Pas si fréquent.
Mais WYWH quand même, pour le côté laboratoire du son, sa limpidité et sa précision, pour l’ambiance planante qui fait penser à ceux qui le savent que « what exacly is a dream and what exacly is a joke ? » comme disait l’autre PF – bien que sur scène les Mogwai s’ils sourient, ils ne plaisantent pas. Non.

Une attention flottante

Avant le set il y avait un gars tout seul, sur scène. Dont j’ignore le nom et qui ne s’est pas présenté. Il se tenait derrière une énorme table recouverte d’un drap noir, sur laquelle se trouvait une masse de matériel indisctint, des machines reliées entre elles par moult câbles, quelques claviers de contrôles et tables de mixage sans doute, dont il actionnait les curseurs. Le type seul avait un but: il lançait une boucle, un tempo toujours le même, des fréquences – certaines très basses- qui devaient créer un climat favorable à l’apaisement (du patient ?), pas question d’énerver qui que ce soit. Il fallait nous mettre en condition pour entrer dans le laboratoire Mogwai, entrer chez les Mogwai comme dans une séance de psychanalyse ? Une attention flottante requise. Mission réussie. J’ai flotté.

Comment faites–vous ça ?

Le laboratoire Mogwai, un jour de sortie, ressemble à une énorme machine à sons. Il s’en dégage, sous l’amoncellement de matériel, une part de mystère et de non évidence pour l’auditeur. Abstraction, disais-je.
Comment est-il possible qu’aucune guitare ne sonne vraiment comme une guitare, heu, normale? J’exagère à peine. Mogwai – on le savait , ça s’est confirmé – bidouille l’onde sonore. Pour les guitares en première instance – Mogwai est toujours un groupe à guitares – le traitement s’applique sans réserve. Instruments d’origine presque tous modifiés. Je donne en vrac: Telecaster avec doubles bobinages, Telecaster + vibrato Gretsch Bigsby, Telecaster à 3 micros pour Suart Braithwaite (le patron ?), Fender douze cordes – jamais vue de ma vie- hybride complet construit sur un corps, autrefois, de Music Master. Les modèles restés dans leur jus sont Strat 70’s, Les Paul et SG Gibson, un joli lot ; tout ça connecté à des tas de pédales d’effets parmi lesquelles doivent se trouver nombre delay et echo, mais pas que… Mogwai (jadis) craignait Satan mais Satan doit trembler quand il entend les cordes de Mogwai. Comment faîtes-vous ça ? Et je ne parle pas du violon additionnel qui n’a rien à envier aux essais de John Cale, bien que dans un registre sonore totalement différent. Je ne m’étends pas sur le son énorme de batterie. Les coups-pulsations de grosse caisse auraient aisément ébranlé les murailles de Troie. Ni sur le jeu – j’en ferais sinon une page entière –  d’un batteur à l’incroyable efficacité.

Mogwai_2Synthés et rock progressif.

Sur Rave Tapes ils ont la part belle et leur usage m’a fait penser immédiatement à celui qu’en faisaient les groupes rock progressifs expérimentaux des années 70. Tangerine Dream par exemple – ce qui n’est pas incohérent avec le caractère mille feuilles des morceaux des cinq Écossais, ainsi qu’avec un effet similaire pour le public des Mogwai à celui que produisait le groupe allemand sur son public à cheveux longs et larges chemises – l’hypnose de la salle en témoignait. « Remurdered », qui a été joué hier soir, petit tube de Rave Tapes, en est un exemple parfait. Les effets vocoder de « The Lord is Out of Control » (super titre) peuvent évoquer Kraftwerk, tout comme l’ambiance répétitive qui s’installe au fur et à mesure qu’on avance dans le morceau. Stuart Braithwaite est certes petit, mais il a de grandes oreilles.

En 1994, lorsque j’achetais Young Team, m’informant auprès du vendeur de ce qui venait de sortir si on n’avait pas envie de s’intéresser à Oasis, je demandais si ça chantait ce groupe, Mogwai? Oui, me répondit celui qui n’avait sans doute pas bien écouté l’album, sûrement même pas du tout. Évidemment Mogwai ne chantait pas. On entendait, je crois, quelques mots d’Aidan Moffat sur l’album, mais rien d’autre. Je m’étais demandé après une ou deux écoutes, où je pouvais situer cette jeune équipe, dont j’étais (déjà) l’aîné de 10 années ou à peu près. L’avais-je tout seul inventé mais je m’étais dit que les écossais qui trouvaient que c’était un « long chemin jusqu’au retour à la maison », devaient jouer un truc qu’on pourrait nommer Post-Rock. L’après rock? Ça, on nous avait tout de même fait un peu le coup deux décennies plus tôt. Ce qui m’avait beaucoup ennuyé quand il avait été question de monter un premier groupe l’année de première ou de terminale. L’après-rock sous entendait le Progressif! Et les musicos ne juraient que par ça – à part ceux qui portaient des futals tout serrés, sur des paires de baskets et qui se secouaient les cheveux comme des possédés. Le rock progressif c’était ce qui venait après le rock tout court. Celui sur trois accords et Poom- tchac-poom-poom. C’était une avancée musicale indéniable qualitativement, pensait-on. Pas mon avis du tout. Néanmoins pouvait-on considérer qu’il y avait une tentative. Un essai d’une autre forme. Donc oui, une progression. Alors post-rock? Rock progressif Mogwai? Écoutez, oui. Hier soir je suis allé à un concert de rock progressif. Pour la première fois de ma vie?

MOGWAI

Paysage.

Mogwai sur scène se sont souvenus qu’ils étaient déjà passés par Nîmes. Dans les arènes, en été. Ils étaient des revenants en ce mois de Mars 2014, et ça leur faisait plaisir nous ont-ils déclaré in fine par la voix de leur patron à petite casquette. Le cadre de l’amphithéâtre romain bi-millénaire leur allait-il mieux en 2011 et en fin d’après-midi, que celui de la grande salle de Paloma en soirée et en 2014? Ni plus ni moins. Bien que l’environnement ait certainement son importance pour l’appréciation live de la musique des Mogwai. Parce que leurs morceaux aux structures mystérieuses, sortes d’empilements savants où l’on se perd quand il n’y a pas de fil d’Ariane évident (Comment les six hommes s’y retrouvent-ils? Impossible de compter les mesures, de retrouver un refrain? Alors comment?), parce que ces morceaux mystères, disais-je, aux interprétations parfaitement maitrisées, sont avant tout des atmosphères, des ambiances teintées parfois de mélancolie plus que de rage aujourd’hui. Des mélodies délicates et des riffs grondant tout à coup qui nous retiennent dans leur monde clos. Mogwai crée des pièces musicales de haut vol, affranchies de tout format classique du rock ou de la pop, mais dénuées de la lourdeur pompeuse des groupes progressifs qui voulurent, un temps, dépasser les premières formes standardisées des années 50 et 60. Mogwai pourraient jouer des sortes de boléro de Ravel sur guitares électriques, des pièces symphoniques sur ampli Marshall et Orange.
Je ne sais pas si Mogwai a ouvert une nouvelle voie pour le rock, post-rock?
Je ne le crois pas en fait.
Ce que Mogwai ouvre c’est un paysage.
Hier j’étais dans ce paysage, mon genre pictural préféré.

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