Nour / Vain Bleak And Iconic

Ceux qui affectionnent les évidences auront sans doute quelques difficultés avec la musique des français de Nour. Ils passeront leur chemin et ne voudront guère s’immerger dans les propositions courageuses de ce trio puissant, tenté par la complexité et la sophistication.

Progressive, psychédélique, rock et ambient? On peine à cerner -le faut-il vraiment?- une musique qui peut dérouter et relève de tous ces domaines à la fois. A l’écoute de Vain Bleak And Iconic Vain, sombre et iconique- aux huit titres calés entre deux et cinq minutes, souvent éloignés de structures repérables, on glisse dans une ambiance céleste aux séquences hypnotiques que percent les stridences de guitares parfois devenues folles – celles de «Pretty Tale» en seront un parfait exemple. L’univers de Nour est un oxymore artistique dans lequel densité et contemplation – «Upness» – s’entrechoquent.

De loin en loin viennent à l’esprit les échos de Mercury Rev (pour les voix et la clarté mélodique), les compos psychédéliques et allumées de Clinic, comme les climats éthérés de Sigur Ros, ces derniers ici saisis de violentes secousses sismiques. Se rajoutent les expériences de formations qui marquèrent le tournant 60s/70s, entre psychédélisme post 1967 et prémisses progressifs. A cause de l’agitation parfois énervée du groupe, on pense particulièrement à celles qui osèrent une certaine rudesse (Tomorrow, Pink Fairies ) loin d’un Summer Of Love moribond. 

Diffusée par le label Kythibong, la musique des tourangeaux de Nour est l’œuvre de musiciens aux compétences affirmées. Ex Tasty Granny, dont on avait découvert, il y a deux ans, un premier LP, dans la droite lignée des recherches initiées par Robert Wyatt et Soft Machine ou encore par CAN (on y revient).

C’est une grande ambition qu’on entend ici. Une volonté de pousser plus loin des limites musicales, dont on ne peut que louer le trio. L’impression de bizarrerie interpelle, déstabilise une première écoute distraite mais attise la curiosité. La chose est rare. Tout comme une conceptualisation du propos (sinon un intellectualisme) qui semble avoir présidé à la composition de pièces musicales hors normes. Qualités et exigences qui s’accompagnent d’une habileté et d’une rigueur qui, se combinant, permettent au groupe de pousser jusqu’au bout un système créatif pleinement assumé. «Dear Terry» et «Silver Dust» qui ouvrent l’album, en portent la preuve immédiate.

Le paisible Val de Loire aux paysages doux, ne semble pas avoir imprégné de son calme ce Vain Bleak And Iconic, opus punchy, presque brutal. Secoué de turbulences, son écoute bousculera les amateurs de formes d’un rock intense et sophistiqué. Elle ne laissera pas indifférent les autres.

 

Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.