Le mur du son
Dans les années 80 le label 4AD bouscule les codes du marketing musical en théorisant un univers extrêmement graphique et onirique ( sous la houlette superbe de Vaughan Oliver), à l’image souvent des groupes qui y sont produits, c’est un monde derrière une iconographie révolutionnée qui navigue à vue entre le surréalisme à la Dali et les monstrueuses visions onirique d’Edgard Allan, c’est un univers qui charrie les modes et les mondes, voyez-venir là-derrière : Cocteau Twins, Pale Saints, Throwing Muses, Dead can Dance, This mortal Coil…
4AD c’est un monde à la nuit tombée, un peu gothique, un peu dream pop (dirait-on aujourd’hui)… Dans cette anémie magnifique viennent comme les dents d’une scie musicale saillir des vertus punk rock… et c’est là que Franck fut. Franck Black de Boston et la bassiste Kim Deal inventent un son, une basse lourde et un gimmick guitare garage avec un nimbe mélodique qui accroche l’oreille pour un groupe alternatif. De superbes productions seront proposées particulièrement les cultissimes Surfer Rosa (1988) qui enjambe en un an, un autre chef d’œuvre : Doolittle (1989). En 1993, ça splitte à Boston, ça ne deale plus entre Franck et Kim Deal. Elle animera le son des Breeders dès lors. Une première reformation en 2004 n’empêchera pas le départ définitif de Kim en 2013.
Alors, on le sait, hormis de rares exceptions les Phoenix musicaux sont souvent nus ou en oripeaux , il faut les voir pour les croire. Ce fut chose faite à l’occasion du concert de Nîmes, au festival chatoyant de l’amphithéâtre romain, ce 7 juillet. Un grand P ailé domine la scène pendant que la première partie poussive de Dynamite Shakers s’active péniblement en fusionnant bruit et fureur en un hybride mélange. Les quatre vendéens , entre Fleshtones et Strokes jouent un rock garage qui ne me convainc pas, inutile que j’aille plus loin.
Lorsque Franck apparait avec la troupe, le soleil en a rabattu et ça peut commencer, ça peut commencer comme ça va durer : fort et saillant. La proposition est radicale et enchaine sans commentaire le grand huit sonore de « Vamos à Isla de Encanta », de « Monkey gone to heaven » à « Wave of mutilation ». « Where is my mind », hymne intergénérationnel bien sûr rapproche la sortie de scène qui se conclut avec « Into the white » toutes lumières allumées…
Il en ressort quoi? Un concert pédale enfoncée et fenêtre ouverte, baffles gonflées de riffs, à contre sens sur la highway des souvenirs, c’est sincère certes mais quelques chose fait défaut, il y a un point de vide, la radicalité garage maintenue en l’état telle qu’elle en 1988 ne peut se suffire à elle-même, l’ensemble manque de ce qui fait le miel des anciens revenus en Phoenix : la complicité, l’ironie sur soi.
Franck, tu as un talent fou mais le bénéfice de l’âge te permet de t’asseoir avec nous pour nous dire la mélodie conviviale des souvenirs et la joie d’être là, encore.

photos et extraits vidéos (c) François Dufour

On devrait toujours être légèrement improbable (Oscar Wilde).