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Insight

The Ramones : 50 ans après leur premier album

Le 23 avril 1975, quatre garçons paumés du Queens, à New York, voient la sortie du premier album du groupe qu’ils ont créé il y a quelques mois. John Cummings, Douglas Colvin, Jeffrey Hyman et Tomas Erdelyi choisissent de s’appeler The Ramones. C’est Douglas qui arrive un jour avec cette idée, se rappelant que Paul McCartney réservait en tout anonymat des chambres d’hôtel sous le nom de Paul Ramon. Leur premier album sera éponyme et les jeunes musiciens décident même d’adopter ce patronyme, comme quatre faux frères : John le guitariste devient Johnny Ramone, Douglas à la basse se mue en Dee Dee Ramone, Jeffrey s’impose derrière le micro comme Joey Ramone et après l’insistance des trois autres, Tomas se place derrière la batterie pour devenir Tommy Ramone.

La suite de l’histoire, tout le monde la connaît. Musicalement parlant, les quatre comparses ont des aptitudes limitées, mais ils sont créatifs (surtout Dee Dee), ordonnés (essentiellement Johnny et Tommy) et bizarres (Joey en tête). Du premier album, des titres comme « Blitzkrieg Bop » ou « Beat On The Brat » deviennent des classiques de la bande en concert qui défend ses productions sur scène face à un public essentiellement masculin et agité, mais fidèle.

(c) DR

Les textes sont aussi incisifs et brefs que le son de guitare est tranchant. Craig Leon, qui produit ce premier effort, assisté par Tommy (qui va bientôt lâcher les baguette pour se concentrer sur le travail en studio), fait le choix étonnant de séparer la guitare et la basse dans des canaux différents de sorte que si l’on coupe une des deux enceintes, un des deux instruments disparait du mix. Cette astuce donne un son très sec à l’ensemble et met en avant la voix étrange de Joey et la frappe métronomique de Tommy. Ce qui pourrait apparaître violent est en fait adouci par les chœurs pop de Dee Dee, grand fan des Bay City Rollers ce groupe écossais qui inonde les radios avec ses chansons formatées pour le grand public.

Les radios justement, les Ramones vont courir après durant toute leur carrière. Aucune d’entre elles n’ose passer la musique de ces quatre « freaks » qui font l’apologie de la drogue (« Now I Wanna Sniff Some Glue ») , de la violence (« Beat On The Brat ») , ou de la prostitution (« 53rd & 3rd » qui raconte l’époque où Dee Dee vendait son corps à l’angle de la 53ème et de la 3ème rue à New York pour se faire quelques dollars), le tout saupoudré d’un fond de fascination pour l’époque de la Seconde Guerre mondiale. Dee Dee, qui a passé sa jeunesse à Berlin car son père y était officier dans l’armée de l’air, sème ça et là des références au nazisme et à la mère patrie (« Today Your Love, Tomorrow The World »).

(c) Alamy

Ce premier album en appelle d’autres, mais le succès radiophonique tant recherché ne sera jamais atteint ; même après avoir forniqué avec un Phil Spector de plus en plus barge en 1980 qui pense propulser le groupe avec une reprise du « Baby, I Love You » des Ronettes sur laquelle aucun membres ne joue, à part Joey qui pose sa voix sur des arrangements complexes de cordes. Johnny, seul maître à bord, décide rapidement de revenir au punk pur et dur (il suffit d’écouter l’album Too Tough To Die pour comprendre sa volonté) qui va lui permettre d’atteindre son but : gagner suffisamment d’argent pour avoir un million de dollars en banque, se retirer de tout ce cirque et surtout, ne plus avoir à fréquenter cette « famille » dysfonctionnelle dans laquelle personne ne s’apprécie vraiment. Un gageure !

C’est chose faite en 1995, avec un ultime album, Adio Amigos!, et une ultime tournée (qui passe par l’Amérique du Sud où il sont considérés comme des demi-dieux). Dee Dee a déjà jeté l’éponge depuis quelques années mais continue d’écrire des chansons pour le groupe. En 1989, pour se défaire du côté très autoritaire de Johnny, il se coupe les cheveux, se lance dans le rap (en publiant le pas si raté Standing In The Spotlight) pour finalement former des groupes éphémères avec lesquels il reprend…des titres des Ramones. Une histoire sans fin. Et pourtant…

(c) Getty Image

Joey est le premier à quitter la terre ferme. Chétif et malade, le géant d’1m98 meurt d’un cancer en 2001 à l’âge de 49 ans. Dee Dee le suit peu de temps après : sa femme le découvre inanimé sur le canapé du salon de son appartement à Los Angeles, un soir de juin 2002. Cet éternel addict s’est offert une dose d’héroïne après des années d’abstinence ; son corps ne l’a pas supporté. Il avait 50 ans. Pendant ce temps, Johnny, installé lui aussi à Los Angeles depuis sa retraite, se bat contre un cancer de la prostate. L’infatigable guitariste perd son combat en 2004 à l’âge de 55 ans. Finalement, Tommy, seul rescapé de la première formation, rejoint ses camarades d’infortune en 2014 des suites, lui aussi, d’un cancer.

Alors que reste-t-il de ce premier album des Ramones sorti en 1976 ? D’aucun diront qu’il a été à la base du mouvement punk, mais ce débat est éternel. Iggy Pop et ses Stooges étaient des punks avant l’heure et les Sonics aussi. Il reste donc une collection de chansons, violentes et abordables, qui permettent à tout apprenti guitariste de croire enfin en lui. Car même si derrière la simplicité apparente de la structure des titres (qui dépassent rarement les 2mn30), ces gars-là avaient le sens du rythme…one, two, three, four !

image mise en avant lp Ramones 1976 (c) Sire records

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