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Interview – Sheppard Pepper (Lodi Gunz)

La première fois que j’ai entendu Sheppard Pepper (« Shep »), en solo, c’était au Lollipop Music Store, le temple marseillais du showcase du vendredi soir. C’était donc certainement un vendredi. J’y étais allé, comme souvent, les yeux fermés (sauf pour traverser la rue) sachant que, si la musique n’était pas forcément à mon goût, j’y croiserai, a minima, ce public régulier et fidèle qui fait vivre les lieux musicaux depuis des années. Je ne savais pas s’il avait déjà enregistré ou publié quelque musique, on m’avait juste dit « c’est un italo-américain, tu vas voir, c’est vraiment pas mal ». J’avais fait confiance et j’avais eu raison… même si la description était un peu courte et assez imprécise.

Je ne savais pas non plus, à ce moment-là, qu’il faisait partie des Lodi Gunz, groupe qui venait de faire ses premiers concerts. Ils ont aujourd’hui enregistré un 4 titres et, depuis la réalisation de cette interview, ont notamment joué pour les 40 ans de Sud Side, haut lieu marseillais du rock, de la moto et du théâtre de rue, et ouvert pour les Black Lips à Marseille.

Il s’est passé une chose étrange avec cette interview. Elle a été réalisée cet été, donc il y a quelques mois. Mais la période était assez instable pour Sheppard et pour les Lodi Gunz (en tout cas, c’est comme cela que je l’avais ressenti). Et j’ai tardé à décrypter l’entretien (oui, je fais ça au magnéto) parce que j’avais l’impression que ça n’avait pas été le bon moment. C’était un peu trop noir… bref, pas le Sheppard que j’avais pris l’habitude de côtoyer. Finalement, plus tard, nous en avons reparlé ensemble et nous nous sommes dit que, même si ce moment était un peu particulier, il était tout aussi vrai ; alors, voilà les mots que nous avons échangé un après-midi d’été un peu sombre.

Au passage, je vous signale que Sheppard a une actualité, en plus des Lodi Gunz, puisqu’il doit sortir fin juin un EP solo et que, si tout se passe normalement, nous pourrons le découvrir au Molotov fin juin, lorsqu’il ouvrira pour la release party de The Exit Ends, autre formation dont je vous parlerai sous peu. Bref, c’est parti…

Donc, première question que l’on a du déjà te poser, quand es-tu arrivé en France ?

Sheppard Pepper : Quand j’avais trois ans.

Et pourtant ton accent est assez prononcé, non ?

Ben, je ne sais pas ; je parle italien, anglais, espagnol et français…

Peut-être parce que tu as continué à utiliser l’anglais ?

A la maison, oui, parce que ma mère est ricaine, quoi.

Donc, tu es arrivé très jeune en France mais tu es resté dans un trip anglo-saxon.

Je parlais déjà bien anglais à trois ans, je connaissais les noms de tout le monde dans mon immeuble à New-York, et après je suis venu en France et j’ai dû apprendre le français. Mais je suis reparti vivre aux Etats-Unis pour faire mes études pendant 4 ou 5 ans.

OK, donc ça explique un peu plus.

Et puis j’allais presque tous les étés, en vacances, aux Etats Unis. J’ai eu une enfance assez privilégiée.

Tu as toujours été entre les deux, donc…

J’ai été bercé entre les Etats Unis et la France. La France c’était Paris et la Normandie… et l’Italie aussi. J’allais régulièrement voir mes grands-parents en Italie. J’ai vécu 3-4 ans à Palerme, en Sicile, avant d’arriver à Marseille. J’étais marié, c’était une autre vie.

Tu t’es marié en Italie ?

Je me suis marié à Paris et nous sommes repartis pour vivre aux Etats-Unis mais ça ne l’a pas fait et donc nous sommes allés vivre à Palerme en Sicile.

Ce sont tes origines du côté de ton père ?

Mon père vivait là-bas. Je ne voulais pas lui parler mais je lui ai quand même demandé un coup de main. Et ça ne l’a pas fait parce qu’en fait je n’avais pas envie d’être là, mon père me casse les c——s, tu vois ; j’ai trente balais et j’ai l’impression d’avoir foiré ma mission.

Et donc tu arrives à Marseille.

Ouais, je viens avec Alizée et on divorce ici, au Panier. Et là j’ai des visions de Jimi Hendrix qui m’apporte une guitare électrique, et je me remets à fond sur la guitare et c’est comme ça que je recommence à faire de la musique.

Donc tu en faisais avant. Aux USA ?

A l’université j’avais un groupe de folk qui s’appelait Fontaine – j’ai quelques enregistrements, c’était pas mal – mais c’était surtout à Paris. C’était l’époque des BB Brunes, et du coup j’étais avec eux au Gibus… et c’est un peu pareil ici.

Dans le sens où il y a une scène ?

Oui, mais j’ai plus la vingtaine et c’est plus la même approche, le truc rigolo quand tu découvres pour la première fois.

Et c’est à ce moment-là, quand tu fais les Lodi Gunz, que tu te dis que tu veux vraiment faire ça ?

Ben, en fait je suis assez sérieux, je bricole chez moi, avec mes pédales de loop, et tout le monde me dit que j’ai une « vibe » assez Lou Reedienne et je voulais trouver des zikos pour faire ça. Mais Lodi Gunz, c’est un groupe. On est 4 et ça nous appartient à tous les 4. C’est ce qui fait sa force et surtout sur scène où la cohésion se renforce…

Oui, on voit la différence en un an et demi / deux ans.

Et il y a des gens qui sont persuadés que ce groupe va marcher et c’est amusant parce que toi, en tant qu’artiste tu as toujours des doutes.

Mais, les doutes, ça fait partie du musicien, non ? Tu dois douter parce que tu dois toujours chercher quelque chose…

Je ne sais pas… peut-être…

Et donc, la formation du groupe, c’est arrivé comment ?

Ils travaillent ensemble (dans le magasin de musique Music Leader), mais ils n’avaient pas de groupe. Ils me trouvaient intriguant je pense. J’avais débarqué au magasin en mode « Il me faut un micro, je dois jouer ! ». Et eux c’était « Ben tiens, on te passe un Shure, ça marchera toute ta vie, sauf si tu te le fais chourrer ». Ça m’a fait rire. Après ils sont venus me voir jouer à l’Intermédiaire et ils m’ont dit qu’ils allaient jouer avec moi. Et on a fait une première chanson avec Vitia (guitariste des Lodi Gunz). On avait une ou deux dates genre le Fuzz (ancien café-concert). On a fait une répète et je suis allé faire une prière à Notre Dame De La Garde en mode « j’espère que ça va passer mais de toute façon ça passe ou ça casse ». Et c’était génial. C’est des super zikos et moi j’avais quelques chansons et ils me suivaient.

Et ça a continué comme ça, plutôt avec tes chansons, ou bien ça a évolué ?

Le truc c’est que je les tanne avec mes chansons jusqu’à ce qu’ils accrochent sur une. Mais, maintenant c’est un peu plus le groupe, comme pour « Omaha Beach ». Mais derrière je suis toujours à pousser pour aller dans une direction plus calme, plus psyché, plus vaste…

Et donc le groupe existe depuis trois ans. Vous avez fait un EP, j’ai vu des vidéos et la suite c’est quoi ? Un album ?

Oui. Il n’est pas en cours d’enregistrement mais on a plein de chansons à travailler. Mais là, cet été, faut que je bosse un peu à côté pour me remettre d’aplomb parce que là je suis plutôt en mode « what the f—k ». C’est pas vraiment facile. Je vais sans doute me casser tout l’été, faire une pause avec ma gratte. En fait là, j’ai un besoin de faire un break un peu sur tous les plans.

Donc musicalement, au début tu as plutôt donné la direction puisque tu arrivais avec tes morceaux et vous aviez envie d’aller dans le même sens ? Parce que ce dont je me souviens, et que l’on entend dans ton Soundcloud, c’est quand même plus folk…

Oui j’ai aussi un set solo qui est important pour moi. A un moment tu sais, j’avais un projet avec synthé modulaire, gratte sèche, grosse basse… assez doux, avec des textes sur l’identification dans la société (gosse de riche pas à sa place), des chansons de ruptures, des covers de Lou Reed… plus introspectif. Et Lodi Gunz ça projette plus, on va aller se battre… Et c’est normal qu’au bout d’un moment je sois fatigué par cette dépense d’énergie. Parce que cette énergie ce n’est pas juste sur scène, c’est une façon d’avancer et j’ai été assez vénère. C’est important de ne pas être d’accord avec le système mais est-ce qu’on est obligé d’y mettre une énergie aussi violente pour répondre à la violence de la société, du monde dans lequel on vit, qui n’est en fait que le reflet de la tristesse des gens qui ne comprennent plus ce qu’ils font de leur vie.

Parce qu’ils n’aspirent plus à rien ?

On représente juste une fraction de seconde dans l’existence de l’Univers et ça pourrait être magnifique – je suis dans un trip assez métaphysique en ce moment – si on prenait le temps de se poser et de faire les choses bien plutôt que d’utiliser toute notre énergie juste pour rester debout… Genre, asseyons-nous, quoi ! Mais il faut que les gens entrent dans leur zone d’inconfort pour se connecter à toutes ces émotions différentes parce que la plupart du temps on a associé notre bonheur à ce « fast track » …

à des repères qu’on a pris et on s’est dit « tiens, ça me va, je reste dedans » …

Dopamine, Instagram, buying, consume, drink, drugs, sexe…

Oui, parce que par rapport à tout ce qui ne va pas, quand tu te réfugies dans ces éléments, ça va mieux et tu as tendance à croire que le bonheur est là…

Ouais et je crois qu’il faut se reconnecter à un truc plus deep. C’est pas pour rien que dans les années 70, l’Occident s’est tourné vers l’Est, genre, tu as le sitar dans les Beatles, tu as l’Indien, et des « vibes » arabisantes, des choses plus profondes…

Mais ça correspond à une période d’aspirations plus universelles et après tu arrives dans les années 80 et tu as le culte de l’individualisme qui balaie ça…

Ouais…

(nous nous déconnectons un moment de l’univers pour revenir à des préoccupations plus terre à terre)

Musicalement tu t’es formé à partir de quoi ? La folk américaine ?

Oui, vraiment guitare sèche. J’ai pris 2/3 cours à St Michel dans un petit cours, pour les bases, et après des tutos, des potes, des jams… du Dylan

Et le côté plus grunge c’est le fait de jouer en groupe ?

Bah, Kurt (Cobain) quoi… et un peu Jim Morrison. J’étais assez obsédé par Gainsbourg aussi. J’ai grandi à côté de la rue de Verneuil et j’allais devant chez lui, je jouais de l’harmonica et j’étais dans mes délires… parfois je me fatigue moi-même en y pensant. Mais j’ai grandi aussi en écoutant Korn. Je m’endormais en écoutant Korn et Gorillaz. Et surtout il y avait Kid Rock. Peu importe s’il vote à droite – je sais que c’est compliqué de faire la distinction entre l’homme et l’artiste – mais à la base c’est un blanc de Detroit qui grandit avec des rappeurs et qui fait un rock grave, tu vois… J’ai grandi en écoutant les skuds, j’avais un walkman et c’étaient encore des objets réels et du coup la transmission n’est pas la même… tu n’est pas sur internet, ce n’est pas l’écran…

Même le CD, ça restait un objet.

Ouais, tu l’ouvres et dedans il y a la gueule des gars ! Et c’est comme ça, je lisais la bio de Kurt avec ses dessins, J’ai toujours été fasciné par tout ça. Comme le film d’Oliver Stone (les Doors), je l’ai maté en boucle, foncedé devant la télé, avec des lunettes de soleil.

Je n’aimais pas les Doors jusqu’à ce que je vois le film d’Oliver Stone. J’étais trop près, au premier rang, avec la tête renversée en arrière, et là j’ai capté… Donc, cette année vous avez pas mal joué et vous êtes aussi partis faire une petite tournée.

C’était cool de prendre un peu la route. Ce sont des petites dates mais c’est cool. Après, par rapport à notre musique, on ne chante pas en français, on fait de la musique américaine en France, donc on ne pourra pas jouer partout. Faut cibler. Et faut avoir un disque…

C’est pour ça que vous avez fait un EP.

Oui, mais là il faut passer un cap. L’idée que nous avons de notre groupe, les gens ne la connaissent pas. Ils n’ont pas les 12 titres pour connaitre notre univers. Les gens qui nous ont vu en live et qui nous suivent, ça va, mais il va falloir qu’on enregistre autre chose.

Lodi Gunz et Sheppard Pepper (c) Sheppard Pepper

Mais l’avantage d’être un groupe à Marseille c’est qu’il y a beaucoup d’endroits pour jouer et que ça vous a permis de faire pas mal de scènes.

Oui, c’est une position privilégiée pour pouvoir se lamenter, parce qu’on s’est creusé une place ici grâce à la scène marseillaise.

Et il faut passer à l’étape d’après.

Oui, et là pour avancer il faut qu’on sorte un album, un vinyle et que je démarche les labels qui me plaisent.

Et les démarches pour l’EP ?

J’ai envoyé le CD…

Mais le moindre petit label en reçoit des centaines et il faut un accès, au moins pour qu’ils écoutent…

Oui, mais cet EP, il est cool, mais il est clean par rapport au son live que nous avons maintenant. Il y a plus de son, plus d’expérience… et cet EP il est « cute », mais il est déjà dépassé. Le son a changé, les cheveux ont poussé (rires). Il faut que ce soit autre chose, plus proche du live et en même un côté aussi plus doux façon Mazzy Star, plus folk à la Cowboy Junkies. Et puis sur la scène aussi on apprend des choses. Peut-être plus à proposer qu’à imposer au public, le laisser venir à son rythme. Peut-être que ça répond, peut-être pas, peut-être qu’ils ne fonctionnent pas comme toi. Ça ne voudra pas dire qu’ils n’aiment pas mais c’est un univers, une expérience et s’ils aiment ils y reviendront, mais ils n’ont pas que ça dans leur vie…

Lodi Gunz EP 4 titres

Vous progressez sur scène mais peut-être que le public progresse aussi, qu’il comprend mieux…

Nous aussi on découvre cet univers. Souvent on dit que ça prend 5 ans pour que toutes ces choses se fassent. Là, la scène est encore assez jeune, rien n’a vraiment explosé mais il y a un public jeune, qui s’est renouvelé… Et là il y a des gamins qui sont fans, c’est hyper cool, ça a toujours été mon rêve de faire de la musique de cette manière mais parfois je me demande si ça n’est pas juste un gros ego-trip !

Mais c’est normal de se poser cette question. Chaque fois que tu as l’impression que les choses stagnent.

Quand c’est la fin d’un cycle… Non, là je crois que c’est important de miser sur le long terme, d’avoir une vision. Tu vois, les gars ils ont leur magasin de musique ; moi, maintenant, je travaille avec Greenpeace… Il faut que j’arrive à me projeter. J’ai eu une merveilleuse histoire d’amour qui a duré 3 ans et qui est finie… Et en même temps je suis dans un mood d’acceptation de l’Univers… where am I going ?… et qu’il y a aussi cette sorte de façade qu’on a et ce personnage qu’on joue en société…

… et sur scène. Mais c’est un peu obligé d’être quelqu’un d’autre sur scène, qui fasse un peu rêver. Et ce petit truc en plus tu ne le fabriques pas en mettant le pied sur scène.

Ce petit truc il existe. Quand quelqu’un entre dans une pièce, tu le sais, il n’y a pas besoin d’en faire plus. Et là, je suis en train d’essayer d’enlever tout ce que je rajoutais et qui, au final, me dessert. J’ai essayé, puis ça revenait, je mettais des jupes et c’est cool, c’est un délire mais j’essaie d’être plus vrai avec moi-même….

Et donc, à la rentrée, il y a aussi, quelques dates prévues ?

Là, ça me fait hyper plaisir parce qu’on va jouer pour les 40 ans de Sud Side (ce qui fut fait, donc) et parce que ça donne un peu l’impression d’être un peu la relève. Et j’ai envie de voir comme un fil conducteur qui m’amène là, pour faire ça.

Mais quand c’est en toi, il faut que tu le fasses.

Mais je me demande, parce que j’ai essayé de ne pas le faire, de ne pas vivre ce genre de vie avec la place que prend la musique ; et clairement, ce n’était pas possible.

Tu sais que tu ne peux pas être heureux sans…

(et là, en faisant une pause-café, nous avons eu notre minute salon de coiffure, sur la longueur de cheveux…)

Et chaque fois je repense à ces lyrics « I almost cut my hair… »

Morceau que David (Hofmann – Flathead, Hofmann, etc…) joue souvent…

Et chaque fois qu’il le joue, tu es en mode « là, c’est des vrais »…

Vu de l’extérieur, il me semble qu’il y a une nouvelle génération de groupes à Marseille, qui ne font pas la même musique, mais sont assez liés.

Ouais, après, peu sont comme David (Hofmann), il est formé avec les classiques, Crosby, Stills, Nash, Young, les Flying Burritos Brothers, les Byrds ; c’est un incroyable guitariste et un gars trop cool.

Oui, et quand vous êtes partis en tournée, Sovox vous a aidé à booker les dates.

Oui, Sovox nous ont bien aidé. Ce n’est pas général mais oui, il y a des gens qui sont plutôt cool. Mais je t’avoue qu’en ce moment je suis un peu distant. La période est un peu compliquée… Je suis un peu dans le cycle de l’ermite. Tout a demandé beaucoup d’énergie, j’ai vraiment la sensation d’avoir beaucoup donné cette année. Et là maintenant je ressens plutôt le besoin de faire ce dont j’ai besoin et pas forcément ce qu’on attend de moi. Là j’ai plus un questionnement sur mon identité, indépendamment de la société, de mes amis, de tous ces miroirs… ça fait longtemps que je ne m’étais pas senti ainsi. La dernière fois c’était il y a cinq, six ans.

Quand tu étais en Italie ?

Oui, en fait quand je me suis marié. C’était, « je suis qui ? ». J’ai arrêté de fumer, de boire, je suis devenu végan à fond, en mode yoga, sport et travail…

Est-ce que c’est moi ?

Oui, tu vois, je suis qui ? Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Je suis dans ce questionnement après avoir vécu 3 ans avec cette image couple rock’n roll… Mais j’ai repassé mon permis, j’essaie de devenir plus indépendant et, si je fais bien les choses, il n’y a pas de raison que ce groupe n’aille pas loin parce que je travaille avec des gens géniaux. Je me sens un peu comme la figure de proue d’un bâteau. Je ne peux pas avoir trop d’attaches parce que pour faire un groupe de rock, il faut pouvoir partir sur la route. Mais ça n’est pas facile parce que ça t’isole et ça peut être très sale. Mais c’est de là que viennent les chansons.

C’est rarement quand tu es fou de joie que tu arrives à écrire un bon titre.

C’est dans cette solitude que vient la chanson. Dans ce silence et cette réflexion. Tu vois, hier soir c’était ça et j’ai un nouveau truc qui est arrivé.

Tu composes à partir de la guitare ou d’un texte ?

Ça vient en même temps. Ça part d’une phrase, d’une vibe, ça peut être un moment de vie… J’ai un carnet, j’écris aussi beaucoup. J’aime bien y revenir. A un moment j’étais hyper discipliné et je retranscrivais dans mon ordi tout ce que j’avais écrit à la main. Là, je suis plus dans un autre trip où je vais regarder, feuilleter ; j’ai plein de mémos… Et parfois il y a des choses qui reviennent, comme une chanson que j’avais écrite il y a un moment et qui maintenant me semble vraiment appropriée… C’est encore une balade folk… de séparation…

Est-ce que les mélodies te viennent avant que tu commences à gratter ou est-ce qu’elles viennent quand tu as trouvé les accords ?

C’est lié. Genre, le placement rythmique peut débloquer la mélodie aussi. C’est l’influence de l’un sur l’autre et réciproquement. Comme il peut arriver qu’une mélodie naisse en marchant dans la rue. Et après je la fais écouter à Vitia. Mais on n’a pas toujours le temps. On travaille au magasin, on répète une fois par semaine. Parfois je me demande à quel point un groupe doit être toujours ensemble. Je crois qu’il y a besoin de phases différentes : parfois être comme un bloc et parfois respirer. Ce n’est pas une course. Il faut prendre son temps.

Il y en a qui percent à 17 ans et d’autres à 35. Ça dépend à quel moment  ton projet musical est en adéquation…

On verra, oui. Je me pose souvent la question de savoir à quel point c’est encore important d’avoir une rock star dans le monde.

Peut-être qu’il y a une façon différente d’établir un rapport avec la musique, que ça peut être ta vie sans que le statut soit le même que dans les années 70 ou 80…

En tout cas, tant que ça me fait plaisir, que j’ai l’impression d’avancer et de faire de belles choses, c’est déjà bien. Et puis ça demande une certaine maturité. Il y quelques années j’étais en mode bien roots et là j’essaie de me positionner dans quelque chose d’un peu plus stable et plus sain. On s’en fout ce de truc d’être super connu. Je dis ça et l’autre matin je me suis réveillé avec « Rockstar » en tête, la chanson de Nickelback… Cette idée de la rockstar d’avant n’est pas compatible avec la société de maintenant. Va casser la chambre d’hôtel, avoir 10 000 caisses, prendre le Jet… mais mec, réchauffement climatique, inégalités sociales !!

Et puis c’est un mode de fonctionnement qui ne peut plus concerner qu’un tout petit nombre de personnes. Avant il y avait la possibilité de vivre de leur musique pour pas mal d’artistes, mais aujourd’hui il y a 10 personnes qui vendent des disques et les autres ne vendent rien.

C’est pour ça que certains sont vénères comme Elton John, en mode « tu te fous de ma gueule », genre zéro profit pour l’artiste et tout le monde s’empare de ton travail.

C’est sur qu’il y a de nouveaux modes à construire parce que celui qui se dessine en ce moment ne permet pas aux artistes de vivre. Alors les structures commerciales (maisons de disques), elles, ont trouvé des alternatives, mais sans doute que les artistes n’ont pas assez anticipé.

D’où le fait de rester Indé parce que le peu que ça rapporte va au groupe…

(et puis nous avons fait une longue digression sur le respect et les valeurs morales – je vous passe comment c’est arrivé, mais je crois que nous avons en commun une certaine facilité à faire des digressions – que je ne vous rapporterai pas, non que ce ne soit pas intéressant, mais disons que nous étions passés en mode « off » et justement ce respect là est une valeur morale qui compte pour moi)

Donc, maintenant, la priorité ça va être de faire l’album et à partir de là on va chercher à faire des dates. Je ferai un saut à Paris pour voir si je peux trouver des dates. Et puis il y a l’Australie…

L’Australie, il faudra qu’ils posent plus d’un jour de congé…

Il y a New York. Quand tu as un album, c’est quoi les limites ? J’ai un album, je vais voir les gens…

Oui, après toi tu as un rôle un peu à part dans la mesure où, même si tu as un groupe, en tant que chanteur tu es toujours capable de porter le projet…

Oui et du coup, c’est quoi l’idée ? Ce serait bien de sortir un album avec les Lodi Gunz et ce serait bien aussi que j’enregistre mon album. D’abord gratte sèche-voix et après rajouter des perçus, un violon, faire un truc qui soit plus mon univers perso. Je pense que c’est hyper important.

On n’a pas qu’une influence et pas qu’une envie. Et donc, pour l’instant en tout cas, pour avoir une véritable idée de ce que sont les Lodi Gunz actuellement, il y a le clip des Pollen Sessions qui délivre votre son actuel.

Oui ce clip-là montre vraiment le groupe aujourd’hui… Il y a du son, le côté psyché, le côté Black Rebel Motorcycle Club.

Et donc, fin juin, vous pourrez entendre l’EP solo de Shepard Pepper. Je vous tiendrai au courant.

Lien écoute EP « Cry Baby Cry » Lodi Gunz/ Old Shep EP solo

https://www.facebook.com/lodigunz?locale=fr_FR

Photos/ Image mise en avant communiquées par (c) Sheppard Pepper

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