Apparus sur la scène rock voici un peu plus de trois ans, Cardinals viennent de Cork, Irlande. Si on allait un peu vite en besogne, nous serions tentés d’ écrire qu’ils sont en passe de devenir « l’autre groupe » irlandais de la décennie… Ce serait réducteur et résumerait par trop les choses, associant uniquement le jeune groupe à …Fontaine D.C, évidemment, ce qui est toutefois déjà en route…
Cork n’est pas Dublin ni Belfast. Une autre atmosphère baigne la ville et son environnement, à 400 kms au sud de la capitale irlandaise . L’ambiance, ici, est longtemps restée plus campagnarde. Au fond d’une profonde baie où arrivent et repartent les ferries depuis les côtes bretonnes, britanniques et même espagnoles, la ville du Sud Ouest de l’île apparaît lumineuse . On y compte 400 000 habitants en 2026 ( contre 600 000 pour Dublin) et Cork bénéficie d’attraits touristiques importants, dans un comté en plein essor économique et développement d’infrastructures.
En matière de rock, ce sont le guitariste Rory Gallagher avec le groupe Taste ( fin 1960 et jusqu’au milieu 1970) qui en furent les personnalités les plus célèbres dans un registre blues et hard. Ils n’y sont cependant pas restés, question d’époque…A partir des années 2010 la scène régionale a, par contre, connu un véritable élan. Il faut y voir le signe d’un renouveau indé, avec des formations telles que Ash Red, Emerson, Atlas Zero, Lowlek ou The Guilteens entre autres… En 2025, ce sont Cliffords qui sont « sortis du lot » avec le Ep « Salt of the lee », accrochant le public avec les titres relativement mainstream « My Favourite Monster » et « Bitter Sweet » ( parus il y a un an exactement). Les choses vont vite! La litière artistique rock est propice à la création, dans ce coin de la république d’Irlande où les relations sont plus resserrées entre les musiciens, et qui ne subit plus les diktats anglais.
Cardinals, que nous avons pu voir à Tinals ( Nîmes) le 6 juin, ont profité de ce terreau fertile. S’ils émergent un peu plus que d’autres parmi les groupes de la jeune scène irlandaise, c’est parce qu’ils réussissent à se démarquer par une forme d’originalité qui tient à plusieurs paramètres. En premier lieu au non gommage de leurs origines locales. Ainsi, l’utilisation d’un accordéon au milieu des guitares électriques est -elle pertinente , nous rappelant des inspirations folk mêlées à celles du post-punk ( la grande enveloppe), ce qui fût fait en leur temps par The Pogues. L’emploi de percussions originales, comme le glockenspiel ou le tambourin; est, elle aussi, judicieuse , participant à la signature musicale de ce quintet dont la composition humaine est une affaire de famille ( fratrie et cousins) et d’amitié depuis l’adolescence… La recette fonctionne .

Masquerade, un premier album, est sorti fin février et c’est une réussite. Euan Manning, guitariste, chanteur, front man du groupe, a une voix éraillée juste ce qu’il faut pour faire passer une musique qui n’est pas d’un seul bloc bien que très cohérente. On peut osciller entre dynamisme et langueur à l’écoute de l’album, ce qui ne le rend pas monolithique comme c’est souvent le cas avec les formations de cette même génération. Pour s’en rendre compte, écoutez et comparez « Barbed Wire » puis « St Agnès ». Les nuances font la richesse de ce jeune répertoire, au song writing contrasté et riche en mélodies, quand bien même les guitares rageuses sont très présentes.
Cardinals se rôdent et se développeront surement de façon intéressante. On le souhaite. Ils furent parmi ceux qui donnèrent une prestation convaincante le 6 juin, deuxième soir du festival Tinals. Détail anecdotique ou signe à relever, ils jouèrent ce soir là sur la scène même où nous avions découvert Fontaine D.C il y a sept ans…
https://cardinals.bandcamp.com/music
Vidéo live ( c) MoiLikehome / Image mise en avant-capture vidéo (c) Lanzarooney

Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.