Viagra Boys sur scène

Pochette album Viagra Boys Jazz WelfareCes gars-là sont loin d’être gentils. Ils sont mauvais, dangereux, comme l’éructe si efficacement Sebastian Murphy, chanteur de ce sextet intelligemment appelé Viagra Boys, dans le premier titre de leur deuxième album, «Ain’t Nice». Mais derrière cette volonté d’apparaître en mauvais garçons d’un rock‘n roll décomplexé, Benjamin Vallé (guitare), Pelle Gunnerfeldt (guitare) Oskar Carls (guitare, synthé et saxophone), Henrik Höckert (basse), Tor Sjödén (batteur) et donc Sebastian Murphy (chant) s’avèrent surtout de redoutables performers.

Le faux sentiment de bordel, amplifié par une pochette aux allures de travaux d’arts plastiques d’une classe d’école primaire, est en fait bien organisé derrière deux éléments prépondérants : le chant plaintif de Murphy et le saxophone, omniprésent, du multi-instrumentiste Oskar Carls. Plus des salves de samples bien placés qui viennent cimenter l’ensemble. Sur ce postulat de teigneux, la construction de l’album n’est, bien sûr, pas des plus formatée. Des titres que l’on pourrait qualifier de classiques («Ain’t Nice», «Creatures», «I Feel Alive» …) s’entrechoquent avec des interludes instrumentaux courts («Cold Play» et son saxophone), voire des slams aux textes déjantés («This Old Dog»).

Tous écrits par Murphy, les textes sont une forme d’exutoire pour le chanteur de San Francisco expatrié en Suède (et oui, le groupe est suédois!), qui claironne dans les interviews, à qui veut bien l’entendre, qu’il souhaite se séparer de ses addictions et entamer une vie normale. La normalité est bien entendu une notion subjective pour Murphy. Être normal, c’est se balader sur scène et dans les clips de son groupe torse nu, bardé de tatouages (jusqu’au front!) tel un Iggy Pop qui ne se serait jamais sorti de l’acidité de ses cocktails détonants. Cette imagerie est centrale, pour des Viagra Boys qui soignent tout autant leur jeu de scène autodestructeur que leurs clips. Ceux issus de cet album («Ain’t Nice» et «Creatures») racontent une histoire et mettent en scène Murphy à la recherche de sa rédemption, au milieu d’un délirium tremens aussi cocasse qu’habilement mis en scène. Si le torse nu du chanteur fait évidemment penser à Iggy l’Iguane, l’ambiance musicale et l’omniprésence du saxophone font écho à Steve McKay, saxophoniste émérite du Fun House des Stooges.

Welfare Jazz est un album étonnant, difficilement classable, qui alterne entre titres énervés («Aint’ Nice»), ambiance jazzy («To The Country»), instrumentaux pêchus («6 Shooter») et délire techno-pop aux rythmes disco («Girls & Boys»). L’album se permet même de se terminer sur une reprise du classique country de John Prine, «In Spite Of Ourselves», chanté en duo avec Amy Taylor, de l’excellent combo punk Amyl And The Sniffers (présente également sur le dernier album des Sleaford Mods). Le clip de cette reprise, dans une ambiance karaoké surannée, vient mettre une touche finale au sentiment que les Viagra Boys, loin d’être des imposteurs, ont encore en réserve des délires tordants et tortueux à nous proposer.