Interview – Lisbonne

Interviews | publié le 16 Août 2012 par | 3 897 vues

C’est l’une des très belles découvertes de la compilation de cent morceaux téléchargeables de Beko (que l’on ne remerciera d’ailleurs jamais assez pour ce cadeau) : Lisbonne et son remarquable "Nothing New", une bossa nova éthérée de trois minutes et survolée par une douce voix bilingue, une précieuse et envoûtante description d’un instant de bonheur ordinaire. Lisbonne, c’est le projet de Marie Merlet, jeune française installée à Londres, bassiste de Monade (le groupe de Laetitia Sadier, c’est à dire rien de moins qu'une bonne partie de Stereolab) mais aussi membre de Zooey, mené par Matthieu Beck (Adam Kesher) et, comme si cela n’était pas assez, cinéaste lo-fi, responsable entre autres de la vidéo du premier extrait du nouvel album de Laetitia Sadier.

Au travers d’une poignée de chansons timidement dispersées ces derniers mois au gré du vent et des envies, Lisbonne offre une pop lo-fi berçée à la fragilité, aux accents délicatement et mélancoliquement rétro, délicieuse de déambulations rêveuses et de reflets duveteux sur des lueurs opaques et chatoyantes. Des morceaux que Marie Merlet illustre elle-même dans des clips épurés et raffinés ; films personnels réalisés en Super8 ou montages d’archives cinématographiques avec pour dénominateur commun une poésie volontairement naïve. Peut-être enfin convaincue de la maturité de son projet, Marie Merlet s’est décidée à extraire Lisbonne de son intime nid douillet pour l’ouvrir au monde. Le soleil brille.

Votre nom de groupe “Lisbonne”, c’est quand même l’équivalent d’un suicide commercial. Vous avez idée du nombre de pages Google qu’il me faut lire avant de trouver une information à votre sujet? Personne dans votre entourage n’a fait des études marketing? Et pourquoi pas “Moscow” ou “Nuuk” (capitale du Groenland) d’ailleurs?

Lisbonne est en fait une référence aux héroïnes de Virgin Suicides, rien à voir avec le Portugal, je n’y suis jamais allé ! J’avais été touchée par la mélancolie lumineuse du film de Sofia Coppola et par le thème plutôt sombre traité avec une certaine légèreté. C’est une ambivalence dont je me sens proche. Il aurait peut-être été plus clair d’appeler le projet Lisbon sisters mais j’aimais bien l’orthographe francisée aussi, donc tant pis pour le marketing. En même temps un groupe comme Saint-Etienne a pas mal marché je crois, alors tout est possible, on peut espérer que la musique primera sur le marketing !

D’après mes informations, vous habitez dans le sud de Londres. Qu’est-ce que l’on trouve de tellement sexy là-bas pour que vous arriviez à y écrire des chansons aussi simplement belles?

Londres est une ville très inspirante, les artistes se mélangent beaucoup, c’est dynamique. Les rencontres que j’ai faites dans cette ville m’ont motivée à me remettre à composer pour Lisbonne plus sérieusement. J’ai recommencé à écrire des morceaux et le premier 45 tours sortira à l’automne sur le label anglais Wonderfulsound. Un album est en préparation.

Votre son est Lo-Fi. Vous enregistrez dans votre appartement? Est-ce que vous pensez que ce type d’enregistrement fait partie de l’identité de Lisbonne, que cela renforce le côté intimiste de votre musique ou est-ce que vous aimeriez pouvoir enregistrer dans un studio professionnel pour élargir votre gamme sonore?

Le fait de travailler à la maison donne beaucoup de liberté, même si le son est Lo-Fi ça ne me dérange pas car c’est une esthétique que j’ai toujours aimée. On est très indépendants, sur certains morceaux je joue tous les instruments, évidemment pas aussi bien que Shuggie Ottis, mais je suis mon propre girl band et cette manière de travailler me plait pour le moment.

Vous avez un autre projet musical appelé Zooey dont le line-up est le même. Alors quelle est la différence entre les chansons de Zooey et les chansons de Lisbonne? Est-ce que le processus de composition est différent?

Zooey est le projet de Matthieu, je participe aux arrangements et aux performances live, mais je n’écris pas les morceaux. Lisbonne est mon projet et je pense qu’il y a une différence de son et de composition évidente entre les deux, même si Matthieu a une influence indéniable sur Lisbonne.

Quel est le meilleur moment et le meilleur endroit pour écouter Lisbonne?

On me dit souvent que ma musique est « ensoleillée », donc pourquoi pas en pique-nique ou en route pour la plage ?

Comment danse-t-on sur un morceau de Lisbonne?

Comme Gene Kelly dans les Demoiselles de Rochefort, avec un polo pastel et un pantalon blanc, ou alors dans la forêt avec des félins!

Le premier couplet de "Nothing New" est en français tandis que “Karamel Kuss” est entièrement en allemand. Au delà de nous démontrer vos talents de polyglotte, est-ce que vous pensez que Lisbonne devrait être la prochaine capitale européenne? Plus sérieusement, comment est venue l’idée de composer en allemand? Est-ce que c’est plus galère d’écrire des paroles pour un morceau pop en français et allemand?

J’aime beaucoup chanter dans différentes langues comme l’ont fait avant moi Kraftwerk ou France Gall à ses débuts. C’est très agréable d’adapter des textes, j’ai déjà essayé l’italien et le portugais mais je dois dire que les deux morceaux du single qui sortira cet automne sont en français.

Est-ce que les gens qui entendent votre musique pour la première fois sont surpris d’apprendre que vous êtes français?

On n’arrive pas toujours à nous cataloguer et c’est très bien comme ça. Je pense qu’on peut ressentir l’influence franco/retrophile dans ma musique. Je suis fan de beaucoup d’artistes français, que ce soit les chanteuses yéyé ou Brigitte Fontaine. Bien entendu j’écris aussi en anglais et je suis inspirée par les girl group sixties et l’indie pop des années 90. J’ai des goûts musicaux assez larges, je pense qu’on peut le ressentir dans mes chansons.

Vous êtes la bonne personne pour me présenter Sad Foxes Productions ?

Haha, oui, c’est moi le renard triste. Sad Foxes est une entreprise Lo-Fi de production audiovisuelle basée à Londres, même fonctionnement DIY que pour la musique. Je viens de réaliser un clip pour un titre du nouvel album de Laetitia Sadier et une nouvelle vidéo de Lisbonne est en préparation. La seule chose que je peux dévoiler c’est qu’il y aura des chatons, je sais c’est racoleur, mais ils dansent super bien.

A ce sujet, je suis très curieux au sujet de vos clips. Toutes vos vidéos (enfin celles que j’ai vues) sont réalisées à partir d’images d’archives à part “Feelings” et “Wild at Heart”. Vous avez un abonnement chez www.archive.org? Comment viennent les concepts? Pour celle de “Wild at Heart”, je n’arrive toujours pas à voir le lien avec le film de David Lynch. Néanmoins, si vous pouvez m’en faire une courte analyse lynchienne, m’en dire deux voire trois mots et qui est la jeune femme cachée derrière un masque de tigre au début de la vidéo, je vous paie un Mars lorsque vous venez sur Paris.

J’aime l’esthétique des années 50 et 60, d’où l’utilisation d’images d’archive, j’ai aussi hérité de la collection Super 8 de mon grand-père et je travaille au musée du cinéma à Londres ce qui me permet d’avoir accès à du matériel intéressant. Lorsque je filme j’utilise une caméra Super8, j’ai aussi essayé le Lomokino 35mm pour le clip de Laetitia. J’aime les petites caméras que je peux emmener discrètement au parc et j’aime utiliser du film, même si je digitalise tout après, le grain authentique me plaît. Je ne suis pas hyper attirée par le HD. J’adore David Lynch même si mon univers visuel n’a absolument rien à voir avec le sien. Lynch est anti-analyse donc je ne peux pas faire une analyse lynchienne de Wild at Heart, mais le morceau est effectivement inspiré par une phrase de Lula « this whole world’s wild at heart and weird on top ». Quant à l’identité de la fille, elle est top secrète.

D’ailleurs, alors que vous faites des concerts à New York, comment se fait-il que je ne vous ai jamais vu jouer sur Paris? Je vous ai loupé ou quoi?

Lorsque je faisais des tournées en tant que bassiste de Monade il m’est arrivé de profiter des days off pour faire quelques concerts mais Lisbonne a en fin de compte très peu de performances à son actif. J’ai l’intention de jouer plus cette année maintenant que c’est devenu mon projet principal.

J’ai l’impression que vous prenez les choses tranquilou, un peu comme elles viennent. J’ai tout faux? C’est quoi le futur pour Lisbonne? Un nouvel EP? un album? Des concerts?

J’ai de nombreux centres d’intérêts et Il m’arrive d’être très dispersée et de m’impliquer dans cinquante mille trucs à la fois, mais j’ai enregistré beaucoup de morceaux récemment pour Lisbonne et j’aimerais faire des concerts à la suite de la sortie chez Wonderfulsound.

http://hellolisbonne.tumblr.com/
https://www.facebook.com/hellolisbonne

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.