Le premier lp des lyonnais Starshooter ressort en pressage collector, à l’occasion du Disquaire Day 2026! Dire que cet album fut important dans le renouveau du paysage rock français de la fin 70s est un euphémisme ! Pour celles et ceux qui avaient entre 16 et 20 ans à ce moment là et qui n’adhéraient ni au hard rock dominant ni au prog finissant, il fut une véritable claque qui montrait que la scène punk n’était pas seulement londonienne ou parisienne, mais concernait aussi les villes de province ! Un album salutaire était entre nos mains, je m’en souviens …
Réunis en 1975 Starshooter existent depuis leurs années lycée, c’est à dire deux ans avant qu’ils ne signent leur tout premier contrat avec une maison de disques. Kent Hutchinson ( guitare et chant) Jello ( guitare), Mickey Snack ( basse) et Phil Pressing ( batterie) donnent ainsi bien avant 1977 un grand nombre de concerts locaux. Ils ouvrent pour The Damned, Iggy Pop ou Higelin quand ils passent à Lyon. Kent est déjà dessinateur bd et ses premières planches paraissent dans Métal Hurlant. Il envoie une cassette demo à Philippe Manœuvre, précisant que son groupe joue comme les Ramones… Manoeuvre est convaincu, ce qui permet à Starshooter de se retrouver sur une compilation punk rock hexagonale. Remarqué par les professionnels du disque à l’affût de nouveautés, le groupe signe dans la foulée un contrat avec la major EMI et sort, en 1977, un premier 45 tours . C’est « Pin-Up Blonde / Quelle crise, baby ». Un an plus tard l’irrévérencieux « Get Baque / En chantier », (second 45 tours) fait grincer les dents du label qui gère le catalogue Beatles ! Le disque est retiré des bacs au bout d’une semaine. Paradoxalement le geste de la maison de disques rapporte une gloire underground aux Starshooter et va booster leur réputation en pleine explosion punk française.
Du même coup « Betsy Party » grimpe en tête des charts . Le groupe y cohabite quelques mois avec Telephone, bien que très différent des parisiens archi soutenus par la presse et des médias voyant en eux le premier grand groupe de rock français. Si Telephone (consensuels) resteront au sommet de la nouvelle vague des années 1980, Starshoot‘ ‘, quant à eux, quitteront la scène en…1982.
Mais avant cela, le premier album du groupe au titre éponyme, sort en 1978 chez EMI. Il est aussi bien accueilli par le public que par la critique. « Betsy Party » en est le véritable hit, mais on adore la reprise de « Le Poinçonneur des Lilas » de Serge Gainsbourg , artiste qui revient à la mode chez les nouveaux groupes ( cf Bijou). L’ adaptation du classique du « beau Serge » ne dure que 2mns chrono, comme la plupart des morceaux qui sont tous très courts . On va à l’essentiel , dans l’urgence. « Get Baque », adaptation punk et provoc des Beatles, est créditée en face 2 du premier lp. Cependant elle est barrée au dos de la pochette. EMI signale ainsi que le titre n’est pas sur le disque. Un label qui censure le travail d’un groupe qu’il distribue n’est pas un geste banal… On se demande ce qu’il faut en penser ? Dans la frénésie de l’époque on oublie! On fonce « A toute bombe »… La chanson réapparaîtra sur une remasterisation du début 2000.
En 1979 paraît Mode , second lp sous-titré : « Cette année la jeunesse sera intelligente et sexy ! ». Starshooter n’est plus uniquement punk et se rapproche des styles new-wave et disco. A la fois par l’effet d’un mouvement générationnel amenant vers la new wave, mais aussi par esprit d’aventure et recherche d’une esthétique singulière . Le public suit moins et EMI a des doutes sur la pérennité du groupe. Pendant ce temps la jeunesse française écoute majoritairement Ganafoul, Shakin Streets , Telephone ( toujours) groupes stylistiquement plus directs et moins inventifs. L’originalité ne paie pas…Starshoot’ est alors signé par CBS. L’album Chez les autres sort en 1980 avec une pochette « branchée » signée Kiki Picasso…
Dans cette ligne esthétique qu’illustre le choix de pochette, Kent a écrit des chansons aux titres et aux textes d’un esprit moderniste, teinté de kitsch sur fond de peinture sociale. Comme « Congas et Maracas », « Nouvelle Vague », « Fille à la mode » « Week-end » qui marquent les esprits de quiconque les découvre fin 1970. Chez les autres propose un répertoire dans la même veine avec « Machine à laver », « Louis, Louis, Louis », « Le temps c’est de l’argent »…etc… La crise économique est là et les enfants des classe moyennes commencent à douter, tout en étant fascinés ( pour se distraire d’un certain désenchantement) par la scène londonienne , source d’inspiration pour celles et ceux qui aiment le rock style « encore » jeune. « Gangster d’amour » écrit par Kent, n’est pas ainsi sans évoquer le titre des Specials, la composition des lyonnais illustrant leur intérêt pour tout ce qui se passe alors de l’autre côté de la Manche.
Chez Starshooter il y a autant d’énergie que de dérision et de second degré. Les quatre gones restent fidèles à l’esprit punk subversif de 77 à 1980 , malgré de logiques ajustements. Sauf que la plupart des formations françaises sont toujours sous influence d’un rock plus classique, du rythmn and blues ou du hard ( Trust connait un énorme succès). Les Starshooter se situent dans un autre registre, ce qui se traduit directement par les ventes relativement décevantes de Mode et Chez les autres à leur sortie…
Pourtant le groupe a encore des choses à dire et du travail à faire . En 1981 le groupe part en Angleterre pour enregistrer Pas Fatigué avec Mike Glossop ( Frank Zappa, Magazine, Ruts, PIL, Waterboys…etc) placé à la production de l’album par CBS nouveau label après le rejet de EMI/Pathé Marconi. La perte du producteur Philippe Constantin peut-elle se remplacer sans difficulté par ce nom célèbre? Rien n’est moins sûr. Chez CBS Records Starshooter qui s’installent dans des studios anglais, enregistrent leur quatrième lp qui prend une autre forme que celle(s) de leur travail précédent.
Le groupe pense t- il se renouveler? Pas fatigué sort en novembre 1981. C’est un disque sombre, désabusé, plus proche de la new wave naissante que du punk originel. Le beat reggae est présent sur le titre qui donne son nom à l’album . Quand on écoute les chansons à leur sortie, on se demande si le Starshooter qu’on a aimé n’est pas en train de perdre son âme après 5 années d’existence? Sur le coup on ne sut pas répondre, bien trop jeunes auditeurs que nous étions, mais aujourd’hui on dira que « oui et non » parce qu’on comprend rétrospectivement qu’un virage est pris à ce moment là, dont l’intention était, peut-être, de toucher un public passé à la new wave qui, en conséquence, serait enfin plus large.
Cependant l’album ne reçoit pas le succès espéré. Une tournée baptisée Tora! Tora ! Tora ! est planifiée durant laquelle il s’agit de promouvoir le nouvel album. Sans doute le groupe lui-même n ‘est il pas réellement convaincu par son travail et 6 mois après les musiciens se séparent. Fin de l’aventure, 1975/1982… En 2005 un album a permis d’entendre cette dernière tournée témoignage. En l’écoutant on se rend compte combien Starshooter avait du style et un ton bien à eux! Revers de la médaille, on mesure leur décalage par rapport à ce qui fonctionnait dans l’hexagone au même moment, notamment avec ce que, vachards, nous appelions « la bouillie Telephone« …
Après Starshooter, Kent s’est lancé dans une carrière solo réussie, publiant disques, romans et bd. Son talent personnel qui n’est pas à démontrer, est récompensé et ce n’est que justice ! Phil Pressing est parti vivre aux États-Unis où il a construit des bateaux, fait des affaires et a écrit des récits tranchés sur ses expériences nord américaines. Il vit actuellement dans le sud de la France. Jello a joué de la guitare pour d’autres artistes français et s’est fait régisseur de tournées pour des grands noms hexagonaux. Mickey a sorti un lp puis travaillé pour la radio.
La réédition de Starshooter par Warner ( qui selon Kent n’en a pas prévenu le groupe!) est l’occasion de réécouter ( voire découvrir) en haute résolution avec restitution exacte du son analogique, ce premier lp à classer parmi les disques essentiels du rock français. Et pourquoi pas de pogoter à nouveau sur « A toute bombe », » Betsy », »35 tonnes », « Inoxydables » ? A noter que « Get Baque » ne figure pas sur cette édition…

Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.