PIL ( Public Image ltd) est le projet initié par John Lydon en 1978 dès la fin ( chaotique) des Sex Pistols. C’est un virage post punk radical qui innove dans une voie musicale révolutionnaire pour l’époque. Lydon , avec le bassiste Jah Wobble et le guitariste sculpteur de son Keith Levene – les batteurs changeront beaucoup – s’oriente vers un mélange de dub , de reggae, de vibrations sonores qui n’ont plus rien à voir ni avec le punk ni avec la pop ( les Pistols avaient des structures pop)… Le chanteur /auteur se fait alors volontiers incantatoire tout en restant mordant, cynique et , hum, fort en gueule… A leur sortie on fut saisi par la puissance des lps First Issue, suivi par The Metal Box et, dans une moindre mesure toutefois par Flowers of Romance, disque absolument sombre et plus expérimental encore que le génial Metal Box qui fait toujours date. La suite de l’entreprise est beaucoup plus irrégulière qualitativement, bien que la constance de Lydon doive être soulignée. Des hits ont parsemé les années de la longue carrière de l’ ex Johnny Rotten– essentiellement pendant la décennie 1980 . On cite sans erreur »This is Not a Love Song » « ( 1983), « Rise » (1986) et « Warrior » ( 1989) sur le plus lourd lp intitulé 9 où PIL flirtait avec un son FM/hard , album pour lequel on s’interrogea sur les raisons d’un pareil choix stylistique?
Ceci posé, ce 27 mai 2026 la question ne s’est pas posée longtemps quant à savoir s’il fallait ou non faire un déplacement au Rockstore… Après le karaoké des Pistols featuring Franck Carter en juillet 2025 ( Jardins Sonores, Vitrolles), on ne risquait rien à se rendre au rendez-vous avec le « patron », si on peut voir les choses ainsi bien entendu? En tous les cas, la salle montpelliéraine de la rue de Verdun est pleine. Sold Out. La moyenne d’âge du public est plutôt haute et on ne croise pas vraiment de teenagers malingres dans la salle. La jeunesse de 2026, amatrice de rock indie ignore t-elle un de ses fondateurs essentiels? Possiblement. Ou bien préfère t-elle un autre type de son que ce dub lourd, rythmique , le drums and bass mâtiné de disco et de post punk que joue le groupe? A mon humble avis la vérité est entre ces deux pôles… PIL ltd, pourtant mondialement reconnu, n’est sans doute plus up to date. Les derniers disques n’ont eu qu’un relatif succès et ne collent pas à l’air du moment. Mais l’air du moment est-il autre chose que l’air du moment?
Ecouter PIL, écouter John Lydon est une expérience. A la fois artistique , émotionnelle, rageuse et …historique. Parce que c’est un sacré bout de l’histoire du rock post punk qu’on a l’occasion d’écouter et voir ce soir de fin mai. L’histoire et la légende urbaine… Deux composantes qui font le rock…La set list balance des titres qu’on reconnait immédiatement – si on a la culture suffisante, il est vrai – de « Pop Tones » à « Public Image », de « Warrior » ( trop étiré , je me permets la remarque…) à « Chant », de « Death Disco » à « This is Not a Love song », « Flower of Romance » , « Rise » etc…ces classiques qui sont ponctués de chansons plus récentes comme « Home », « World Destruction » etc… Le concert qui,en y repensant, peut-être perçu comme une forme d’opéra bouffe tragi-comique et grinçant, propose une quinzaine de titres, tous menés tambours battants. Ils se complètent et le groove martial ne fléchit pas, c’est le mot! Le chant de Lydon nous conduit dans une histoire, celle de PIL ltd et il en est le narrateur éloquent.

Sur scène, au centre, Lydon est factuellement le pilier autour duquel tourne le set. Visuellement les regards vont vers lui et son songbook noir qui porte l’étiquette de « Fairy tales », mots tracés au marqueur de la main de Lydon… Humour, toujours. Vêtu d’un longue blouse ( ou robe?) à manches courtes qui sera trempée de sueur, l’homme montre un très net embonpoint en contraste total avec le famélique Johnny Rotten… On s’y était habitué depuis quelques années, John Lydon, né en 1956, n’a plus 22 ans, c’est certain… Il a physiquement changé – c’est lui qui parmi les Pistols est le moins proche physiquement de celui qu’il fût – et on se dit que certaines épreuves – dont la perte de son épouse, Nora Foster (1942-2023) il y a trois ans – l’ont visiblement marqué. L’homme reste néanmoins égal à lui-même. Il fait autant preuve d’auto dérision que de capacité à se poser devant nous, chantant avec ostentation et de façon incantatoire des textes qui peuvent être tour à tour redoutables et effrayants ( lisez ceux de « Pop Tones » extrait de Metal Box), critiques de la société contemporaine ( « Public Image » – texte fondateur! ou « This is Not a Love Song ») ou encore batailleurs et ambigus , méritant une étude détaillée : « Les champs ont des yeux, les bois ont des oreilles.
Les poissons coulent toujours, la tête la première. Je ne descendrai jamais.
Je chevauche ce tigre. Les croix sont des échelles qui mènent au ciel. Je suis un guerrier, je ne fais pas de prisonnier. Que la bougie brûle, brillante à la fenêtre. C’est la seule lumière que je verrai ce soir. Les mendiants ne peuvent pas faire la fine bouche. Ils n’ont pas de linceuls, pas de poches. Certains se réveillent, d’autres se retournent, mais pas moi. Je suis un guerrier. Ceci est ma terre. Je suis un guerrier. Ceci est ma terre . Je ne me rendrai jamais. Je suis un guerrier. » (« Warrior »)

Bref, Lydon est Lydon et il est unique. Théâtral, carnavalesque, présent et provocateur quand il se mouche entre ses doigts de nombreuses fois ( un pur jeu scénique?) ou boit quelques rasades de whisky, boisson dont il fait quelques fois la publicité dans ses posts internet… On l’apprécie pour ces raisons, sans pour autant l’envier ou le prendre comme modèle. La personne est ce qu’elle est . On sait qu’elle a pu dériver malgré une intégrité tout à son honneur sur certains points, qualité dont ses ex band mates n’ont pas forcément fait preuve. Question de point de vue?
Le concert qui a commencé à l’heure annoncée ( 20h40) sera efficace. Section rythmique inattaquable et guitares singulières de Lu Edmonds qui commença sa carrière avec The Damned. Ce dernier qui alterne Gretsch, bouzouki électrifié et 12 cordes joue dans la lignée de Levene , maitrise comme un cheval fougueux un son qui oscille entre stridences et riffs destructeurs. Il est sonique sans l’être, assurant avec brio une des composantes stylistiques du son de PIL. On pourrait entrer dans une transe dub en écoutant les titres qui s’enchainent… sauf que Lydon en maître de cérémonie ou chef indien d’un rituel très personnel, ne nous laisse pas vraiment aller vers une extase hypnotique. Il guide les événements, par gestes et mimiques nombreuses. Sa voix chantée est celle d’une sorte de prêtre païen, peut-être un peu uniforme dans le ton, peut-être trop forcée aussi? Le mélodique semble au second plan. Le public suit le chaman, danse par moments – on pourrait plus avec davantage de légèreté ou d’aération dans les titres mais ceci n’est évidemment pas le propos de PIL…

Fin de concert qui après une pause cigarette (!) de quatre minutes demandée par Lydon, enchaine 3 titres en rappel préparé. « Public Image », « Rise » et ce que j’ai interprété comme un mix de « Annalisa » et « Chant » – corrigez moi si je me trompe…Les quatre musiciens se retrouvent au devant de la scène pour un salut, commenté par Lydon, lequel nous suggère que ce groupe n’est pas près de finir… Remarque faite sur un ton énigmatique, pince sans rire… et l’on sait que si PIL vient de sillonner le monde, des dates sont déjà programmées pour 2027 en Australie et Nouvelle Zélande. Qui a dit que cette tournée serait la dernière ? Pour la première fois du set, Lydon sourit franchement et oublie peut-être de jouer son propre rôle…

Vidéo live par (c) Jota S / photos (c) Dark Globe

Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.