RayVox est une station radio peu commune. Installée à Nîmes, rue Petit , dans une ruelle accrochée aux pentes du Mont Duplan, elle est l’œuvre de Laurent Rump, un passionné de son et d’électronique. Lors de notre rencontre le maître des lieux nous fait visiter des locaux renouvelés, aménagés dans une étroite et haute maison de ville entièrement transformée, redistribuée et reconstruite. Petit ( ou gros) clin d’oeil du destin, notre hôte nous montre un vieux micro mélodium retrouvé au cours des travaux, enfoui dans le sol de la maison… Un signe ! Immédiatement on comprend que l’endroit est avant tout un outil de création, bien loin de l’image habituelle des stations radiophoniques d’aujourd’hui. Il y a plusieurs raisons à cela .Par ailleurs, il souffle chez RayVox un esprit un peu underground et alternatif. On y sent de franches intentions culturelles et artistiques, toujours vives et en développement depuis la création du projet il y a huit ans. Laurent Rump en « directeur d’antenne cool » , cheville ouvrière des lieux et moteur essentiel de RayVox nous en parle longuement.

Laurent, après la visite de ces nouveaux locaux inaugurés en septembre 2025, et qui m’a fait découvrir une installation réussie et un environnement chaleureux, peux tu me rappeler d’où vient le nom de ta radio « RayVox »?
Laurent Rump : J’avais fourni à mon ami Sébastien Jarnot qui est animateur actuellement, une liste de noms de marques un peu anciennes, des marques de fabricants de matériel sonore… Donc tu avais dedans beaucoup d’appareils qui finissent par « Vox »… Et « Ray » c’est un peu comme le rayonnement de la voix , du son… Et il y avait la marque Revox! Plein d’appareils que j’avais jeune ado, sur lesquels j’ai bidouillé, des appareils sur lesquels je faisais mes copies de CD… C’est venu de là.
Donc « RayVox Radio » est un nom référencé? Un clin d’oeil?
On va dire que oui. C’est un clin d’œil à l’histoire du son, tout à fait…
En parlant d’histoire du son, je sais que l’origine de ta station radio vient de la récupération de matériel ancien…de l’ORTF je crois….
Oui, c’est ça. Du matériel de 1954. Celui de l’antenne de Radio Nîmes, passée sous l’égide de l’état après la seconde guerre. J’ai récupéré ce matériel monophonique, à lampes et qui a un son incroyable.
Tu as restauré tout ça?
Oui. Ca m’a pris sept ans, de longues soirées. Je partais à l’atelier, je travaillais la nuit. Sept ans aussi pour récupérer, récolter ce qui manquait. Quelques pièces, des connectiques, il n’y a pas d’XLR dans ces machines là, il faut de la prise militaire… Donc voilà, ça m’a pris pas mal d’années. Et un jour tout a fonctionné.

L’idée de cette restauration d’un matériel ancien, plutôt que la création d’une station radio avec directement du matériel actuel, est associée chez toi à quelle intention? Qu’est-ce qui se cache derrière?
L’idée c’est de faire bénéficier tous ceux qui travaillent au studio, d’un matériel d’excellente qualité. Je t’avoue que lorsque j’ai restauré toutes ces machines là, je savais un peu vers où j’allais en matière de qualité de restitution. Parce que j’avais auparavant fabriqué un pré-ampli hi fi, du haut de gamme, et donc c’était au delà de toutes mes espérances. Bien au delà de références auxquelles on a pu me comparer… Mais la radio n’est pas venue comme ça. D’abord on a pratiqué l’enregistrement. Pendant deux ans, avec des groupes que nous avons accueillis avec un ami ingénieur du son, pour voir tout ce qu’on pouvait faire ou ne pas faire avec ce matériel… Et après, l’idée de la radio est venue car la console est une console de radio à la base. Avec tous les artifices liés…. Une discussion entre amis a lancé le projet RayVox.
Donc, si je comprends bien, tu as voulu une radio qui privilégie aussi la texture sonore?
Alors oui. En tous cas dans le contenu, déjà, on est à part. Au niveau du rendu sonore c’est toujours délicat. Parce qu’on a beau avoir de très belles machines qui ont un son extraordinaire, en webradio à un moment, on convertit tout ça en numérique et on compresse… On essaie le moins possible, mais c’est obligatoire et il y a quand même de grosses pertes. … Mais l’intérêt de ce studio, de cette machine là, c’est que les animateurs viennent aussi pour ça. Il y a un côté très charnel. Tactile. Physique dans la relation. et l’univers sonore qui s’en dégage s’en ressent.
Tu m’as fait visiter ton atelier que tu appelles « La grotte ». J’ai senti une relation à la fois technique, électronique avec cet espace, mais aussi physique, émotionnelle avec le matériel qui te sert d’équipement. Ce n’est pas le cas dans tous les locaux radios…
Bien oui, on peut dire ça. Mais j’ai toujours essayé d’éviter de tomber dans des travers comme celui de la thésaurisation de matériel. Mais c’est vrai que le jour où j’ai eu tout l’équipement, après avoir longtemps fabriqué les amplis, etc, je me suis dit voilà quelque chose que j’ai fabriqué et franchement je n’avais jamais vu ça… Tous les composants utilisés, par exemple, sont conçus pour durer, pour ne jamais tomber en panne. Et pour avoir une restitution phénoménale. Donc je peux dire que je suis tombé vraiment amoureux de ce que j’ai rassemblé, de ces machines, grâce aussi à leur conception..
Je saisis très bien, et tu réponds à mon ressenti… Je trouve ainsi que la couleur du son de RayVox est étroitement liée au type de matériel de production du son. La couleur générale des émissions , de ce que tu souhaites transmettre: comment la décrirais – tu en quelques mots ?
C’est complexe. On m’a déjà demandé quelle était la ligne éditoriale de la radio, c’est moins planifié que ça en réalité. Les choses ont démarré avec des amis qui étaient fans de musique. Et globalement j’appréciais leurs propositions. Puis à 90% tout ce qui s’est rajouté c’est au fur et à mesure de rencontres, de gens qui avaient envie de faire de la radio. C’est donc toujours par raccord… En tous les cas nous ne sommes pas dans le commercial. C’est assez underground RayVox.

Dirais-tu que tu as lancé une radio culturelle, intello, branchée? Ou hype et à part? « A part » me semble sûr…
Oui, »A part » c’est sûr! Culturelle oui. On fait des lectures de poèmes, les gens sont parfois accompagnés par des musiciens, il y a un mélange de moments culturels et artistiques.
Certaines émissions ont des titres qui sont assez littéraires ? Second degré?
Oui, Verrine Goût de Tripes..! (rires)… Entre le début de la radio et maintenant on a eu beaucoup d’évolution vers ce genre de choses.
La radio existe depuis combien d’années maintenant ?
Depuis 2018.
Les animateurs qui viennent sont des bénévoles, comme tu me l’as dit, c’est souvent le cas. Mais combien as-tu d’intervenants, de collaborateurs directs? Ceux qui régulièrement sont avec toi? Ceux qui composent la grille des programmes…
Des personnes vraiment actives qui font fonctionner la radio, l’association, sont au nombre de quatre ou cinq. C’est la structure de base. Ils montent programmation et grilles. Après il y a ceux qui sont là pour m’aider quand il y a besoin. Par exemple en extérieur, quand il faut aider au niveau technique, tenir les micros et accompagner techniquement lors des animations. Parce que moi je ne suis pas du tout animateur. Je parle très rarement au micro. Je n’ai pas d’émission en mon propre nom – à part pendant le confinement où j’en ai fait.
La dominante musicale de la radio, tu la vois comment? Un style est-il défendu en particulier?
Il y a plein de styles. Ca va aussi bien dans l’électro – l’émission Obscura Data est très ouverte sur ce style , tout en naviguant beaucoup d’un style à l’autre… Il y a du rock, du punk, du rock indé…
Est-ce qu’il y a un genre que vous ne diffusez pas du tout ?
Heu…variété française…Ca viendra peut-être un jour. Si je fais une émission peut-être ferais-je cela.(rires) Non, je ne sais pas… En fait on n’a pas eu de propositions dans ce domaine.
Pour rester sur les émissions musicales, allez-vous vers des directs, des événements extérieurs, vers les groupes et artistes qui existent à Nîmes ou dans la région?
Oui…Il y a une émission qui s’appelle la Nim attitude, son animateur est en contact avec des groupes d’ici. Nous recevons aussi des demandes …
C’est à dire?
Certains groupes demandent à venir sur l’antenne. Sinon ils demandent la diffusion d’enregistrements.

Tu m’as parlé des sessions live, je trouve ça très intéressant.
Oui. On préfère ça. Des concerts en direct. Publics. On faisait ça déjà, soit dans les anciens locaux, rue Gauthier, soit dans la rue.
Et, supposons qu’un groupe de metal arrive et que vous aimiez ce qu’il joue. Vous le diffusez tel quel ou bien est-il besoin d’adapter pour l’antenne? En fonction des lieux?
Je pars plutôt pour une adaptation ( rires). Je pense en effet, en regard des lieux, au confort auditif du public. Enfin dans ce lieu, il n’y a eu que deux sessions live dans le cadre de l’émission Nim attitude, c’est du petit format, ouvert au public. Sinon il y a des concerts que nous avons enregistrés et qui seront diffusés. On les trouve dans la rubrique « En direct ». Avec une grosse installation, il n’y en a eu qu’un dans ces nouveaux locaux. C’était sympa. Public et musiciens mêlés, proches. Des spectateurs sur la mezzanine…
Est-ce quelque chose que tu souhaites développer?
Alors c’est sans doute le grand sujet de la deuxième partie de cette interview, si tu veux bien… C’est que en dehors de la station radio, il y a un autre projet qui va venir, renaître. C’est à dire que je vais relancer le studio d’enregistrement, ce que je ne faisais plus depuis pas mal de temps. Par manque de temps et de place. Et donc dans le cadre du studio, en partenariat avec d’autres associations musicales nîmoises, dont Le Label qui vient d’être créé et qui diffusera des groupes.

C’est intéressant que tu abordes ce nouveau point, parce que ça nous emmène vers un développement possible qui est celui des partenariats, avec d’autres structures culturelles orientées vers les arts du son. Es-tu en relations avec quelques unes qui sont sur le territoire gardois ou nîmois? J’ai vu que tu participais au Off de TINALS, par exemple.
Oui, en lien avec Come on People, et beaucoup d’associations musicales, depuis le TINALS 2025, on a décidé de faire un off… Il y a le Musigt club, le Sac à Sons, une émission sur Raje, le RAKAN, etc on a organisé ce projet de Off. Nous ferons des retransmissions des concerts, nous RayVox et la radio Raje, qui auront lieu au Bar du Midi, sur le boulevard Gambetta le jeudi soir. Donc en direct sur nos antennes. Et aussi celui du dimanche ( midi ou soir) au restaurant Chez Yo, rue de l’Agau, dans le centre, quartier de l’îlot Littré. Un concert folk.
Oui, on a vu que ce Off était dans des lieux parfois étonnants comme le Comptoir des Halles! Ou le toit roof top du Musée de la Romanité?
Oui, ça on avait déjà essayé mais c’était plus compliqué…
Il y a ainsi une participation active de ta radio aux moments culturels de la ville. Est-ce que cette démarche existe depuis longtemps?
On participe avec des événements qu’organise le Musight club, des interviews d’artistes, un des derniers réalisés était au Spot pour le concert de HeiMate. Donc interview et retransmission du concert. Encore plus récemment un duo avec Fabien Tolosa ( batteur et percussionniste nîmois*ndlr) sur le projet Cutter. Nîmes est une petite ville, on rencontre souvent des musiciens connus sur d’autres projets…
Nîmes est une « petite ville » de 150 000 habitants… C’est donc relatif. La ville n’est-elle pas suffisamment grande? On doit être la vingtième ville de France, quelque chose comme ça, .. Il y a tout de même un public possible… As tu d’ailleurs idée de qui écoute RayVox? Du profil des auditeurs?
Tout dépend de ce qu’on propose dans la grille. On a eu des émissions Rap, hyper actives, avec trois jeunes animateurs. Emissions et free style en direct, avec une régie mobile qui a permis des directs d’un peu partout, de Paris etc…Et ça , oui, ça apportait aussi une autre écoute… Sur la musique électro aussi, nous sommes suivis….
Dark Globe a une majorité de lectrices et lecteurs quadras, quinquas et plus, par exemple. Les auditeurs de RayVox, selon les émissions des animateurs qui sont ici, et dont tu m’as parlé, ne se situent-ils pas un peu dans ces mêmes tranches d’âge?
C’est à peu près ça. Entre quarante et soixante.
Ceci m’inspire une réflexion, parce que je me souviens au début des années 1980, avec l’émergence des radios libres en France, il y a eu une appétence réelle des jeunes gens dont j’étais (rires), y compris à Nîmes, et aussi bien en tant qu’animateurs qu’auditeurs… Sur Radio Cigale, Canal 30… il y avait kyrielle de jeunes animateurs… Est-ce que dans une radio comme RayVox tu vois arriver des jeunes gens entre 20 et 25 ans?
Heu, oui, franchement…ça fait pas mal d’années qu’on doit relancer des appels à candidatures, et il y a quelques années on a eu pas mal de monde, oui. C’est pas forcément allé très loin, mais des étudiants des Beaux arts sont venus. Même s’ils n’ont pas tenu la route longtemps… sur le fait de faire des émissions récurrentes, mais en tous cas ils viennent, ils participent, ils donnent un coup de main sur un événement… Il y a des rencontres, tu vois, un peu comme à la maison en ce qui nous concerne. les choses se mélangent et c’est ce qui est sympa.

Ce qui prime chez RayVox est-ce une ambiance associative et bénévole, interactive parfois sans formalisation?
(Hésitations)… C’est parfois très spontané. On décide des choses au dernier moment. Des fois les propositions viennent de moi et qui veut me suit.
Dans le savoir faire, la réalisation, par exemple de podcast, y a t-il cette spontanéité? Il me semble qu’une maitrise technique est nécessaire? Est-ce toi alors qui « tiens la main »?
Je tiens la main sur pas mal d’émissions, oui. Je suis souvent à la console, ou juste derrière. Pour être sûr que tout se passe bien. Même si le parti pris, dès le départ, c’est que chaque animateur soit autonome. Chaque animateur est normalement formé. Il sait comment on allume toutes les machines, comment on les éteint.. et comment on s’en sert. Et donc chaque animateur a la clef du lieu… Certains aiment bien que je sois là, parce que ça les rassure et si je suis là, je viens. Pour certaines émissions je suis tout le temps là parce que ce sont des propositions musicales que j’adore. Mais je ne suis pas forcément à la technique, j’écoute.
Donc tu n’es pas omniprésent ( rires) ? Mais tu es quand même la clef de voute…
Non, je ne suis pas omniprésent! (rires)… Clef de voute, oui. Mais certains animateurs se passent de moi. Et c’est très bien. Ils gèrent très très bien l’équipement, savent bien régler les niveaux, travailler avec le micro, parler, donc c’est super.
Tu as une équipe chevronnée…
Oui. Il y a une équipe centrale de cinq ou six personnes, comme je l’ai dit. Mais autour il y a une vingtaine d’animateurs. C’est plus ou moins régulier mais c’est ça…
La grille des programmes est quotidienne, n’est-ce pas?
Oui. 24h sur 24. Sur le web. Il y a quotidiennement plusieurs émissions. Pas de bande son qui tourne… Mais de la diffusion ou de la rediffusion de nos émissions. Et le soir, plus régulièrement, ce sont des directs. Nous en sommes à plus de 1200 émissions depuis les débuts de la radio. à classifier. et c’est le rôle de chaque programmateur de construire une grille cohérence avec une certaine régularité.

Une très belle activité, avec bientôt ce tournant que tu annonces, d’une partielle transformation en studio d’enregistrement?
Le studio a existé. Sans existence légale, mais pendant deux ans avant le démarrage de la radio. Il portait le joli nom de « Studio de Parole », qui est l’appellation technique de notre console. Il va renaitre à partir de septembre 2026, avec des propositions d’enregistrement. Nous développons aussi un 24 pistes qui vient de la Maison de la Radio, il sera au point d’ici six mois. Finalement ce sera « Le studio de Parole » qui hébergera la radio… Avec une activité potentielle d’archivage sonore, avec magnétos à bandes, platines vinyles. Une activité de réparation de matériel audio à tube, électronique… et après aussi la construction d’une gamme d’appareils pour les studios qui sortira de là.
Très bien. Nous avons dit beaucoup de choses. je vais terminer par la question piège, ambigüe (Rires)… Est-ce que tu penses après tout ce que tu viens de me dire que « la parole est d’argent mais que le silence est d’or » ?
Oui, le silence est extrêmement important. La qualité du silence.
Est-ce parce qu’il y a justement une qualité du silence que la parole est mieux entendue?
Oui, parce que le silence n’est jamais totalement silencieux.
La parole a t-elle besoin de ce silence, la radio en a t-elle besoin? La radio serait alors un souffle…
Oui. C’est la respiration. C’est important. Ray Vox est une radio qui respire et qui a du souffle. Je pense que celles et ceux qui nous écoutent doivent se le dire! Pour faire tout cela il faut respirer, avoir du souffle!
Lien adresse web RayVox.org + Page Facebook RayVox
Vidéo 24h RayVox, février 2025 – Emissions non stop, fête radiophonique pour le déménagement de la station.
Photos (c) Dark Globe.fr

Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.