Fantasia est le nouvel album de Slift et ce « spectacle imaginaire » ( si on se réfère à l’etymologie du mot) nous entraîne dans un univers sonore qui change de nos habitudes! Si les toulousains psych rock/stoner rock , en tournée hexagonale ce mois de juin, jouent des riffs et des séquences mélodiques bien éloignés du son indé , il faut admettre que leurs propositions sont enthousiasmantes. Le groupe a délaissé le côté jams à rallonge ainsi que les explorations space rock, pour s’engager dans des compositions plus rassemblées, directes et intenses. Intense est le mot, tout comme donnant l’impression de « volume », remarque que j’ajouterais parce que les titres entendus en occupent beaucoup…
Fantasia frappe fort tout en étant très construit, se structurant avec une rare habileté sur des séquences qui sont tout sauf rigides. C’est un petit exploit au jour d’aujourd’hui et je n’y vois rien de daté, bien au contraire, en regard de la couleur prog rock, encore moins une imitation d’un passé musical de post métal ou de metal prog ou d’un héritage Black Sabbath… Bien sûr, Slift aurait avec ce disque une place de premier plan à la fin des années 1990 et au début 2000, âge d’or et renaissance du genre dans lequel le groupe évolue. Mais Fantasia est, je l’écris sans hésiter, parmi les meilleurs disques rock de 2026…
L’album qui est le quatrième des frères Jean et Rémi Fossat ( Guitare et basse) depuis 1998, a été enregistré aux Daft Studios ( Belgique ) avec une production réussie qui sonne très immédiate ( mixage Kurt Ballou – guitariste haut de gamme chez Converge) . Ceci a son importance . Ballou, avec le groupe en formation power trio, réussit à équilibrer le complexe et la concision, écartant tout bavardage inutile ce qui est parfois le mauvais travers de ce genre de rock. Il valorise la force et évite l’anecdote, pour faire de cet album un futur classique.
Musicalement, qu’on aime ou pas un style associé au prog et au post métal , on est obligé , je le redis, de reconnaître que cet album est un master piece dans son registre. Ce que nous entendons c’est un opus maîtrisé de bout en bout ( deux ans après le précédent album Ilion ), chargé d’énergie et qui nous offre une musique qui n’a rien d’approximative et assume ses ambitions. Le clin d’œil à Disney est- il conscient? Je n’en sais rien, mais ce que j’ai pu découvrir est égal aux œuvres classiques mises en images par le réalisateur américain.
Le lp urgent de la semaine. Sorti le 3 juin chez Sub Pop Records ( Seattle). Quand le rock made in France devient grand il ne craint personne…
https://slift.bandcamp.com/album/fantasia

Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.