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Live Reports

Foo Fighters / La Défense Arena, Paris / 19 juin 2026

NON ELOGE DU GIGANTISME EN TERMES DE CONCERTS ROCK :

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de revoir les Foo Fighters sur scène, après leur annulation aux Arènes de Nîmes voici quelques années. Il faut remonter (après vérification) à leur première tournée française de 1995 (à la Médoquine, près de Bordeaux), puis, plus tard, au Transbordeur à Lyon à l’hiver 2002. J’ai donc opté pour un voyage express à Paris et ma première expérience de la Défense Arena, que j’abordais sans préjugé particulier, tout à ma joie de retrouver la vaillante troupe de Dave Grohl; dont les derniers concerts par chez nous remontent à 2017, si on met de côté le Hellfest 2024.

Dès la sortie du métro, je me retrouve dans la fournaise de la dalle de la Défense, en pleine deuxième canicule de l’été (déjà !). Arpenter le chemin qui, plus long que je ne pensais, aboutit enfin à la plus grande salle indoor d’Europe fut une épreuve. Peu d’ombres et univers très minéral. Quelle idée de construire une salle dans cet ensemble de béton et de cols blancs. Lesquels semblent avoir déserté leur univers en ce vendredi soir, au profit de colonnes de T shirt Foo Fighters, Metallica, Motorhead, Nirvana et autres Hellfest. Le rock ce soir sera dur, métallique, viril. Béton et métal.

Fluidité étonnante au contrôle de sécurité (j’échappe même au contrôle de mon totebag) et me retrouve aux portiques automatiques d’entrée à la salle -tiens comme dans un aéroport, avec toutefois l’aide d’agents humains si besoin. Au final, je note peu d’entraves à mon entrée. Les stands bar/snack étant pris d’assaut malgré l’heure (18h et près de 40 degrés à l’ombre) , je préfère pénétrer dans la fosse de l’Arena. Un immense hangar avec des superpositions de gradins et une scène tout au loin, flanquée d’inévitables écrans géants. 2 fois Bercy, rien que ça. Mes oreilles souffrent de la puissance du son des Otoboke Beaver, groupe de filles punk japonaises qui font leur show avec force enthousiasme, dans une salle encore aux deux-tiers vide. Je ne suis pas certain que le tiers restant aura goûté aux hurlements stridents du groupe, mais c’est peut-être aussi un effet collatéral de mon âge avancé.

Le rock ce soir sera dur, métallique, viril. Béton et métal

Les Inhaler qui suivront ensuite vers 19h, me laissent une sensation radicalement inverse : c’est mélodique, mais plat, sans relief, aux antipodes de la rage du rock. Emmené par le fils de Bono au chant, ce groupe irlandais manque singulièrement d’originalité, même si je me surprends à presque apprécier deux ou trois titres, en faisant un peu d’effort, a contrario de la furie japonaise qui a précédé. S’installe ensuite une assez longue attente, dans une Défense Arena désormais complète à ras bord, par un public qui montre régulièrement son impatience.

C’est à 20h30 tapantes que s’allume de part et d’autre de la scène, au-dessus et sur les écrans géants le fameux logo FF, assorti de fumées rouges annonciatrices de l’arrivée du rock. Les Foos prennent la scène d’un coup et c’est parti pour près de 3 heures !

Entame dantesque avec « In My life » puis « The Pretender », les Foo Fighters assurent un show puissant et millimétré, servi par un groupe carré et un chanteur/guitariste plus que jamais leader, occupant l’espace de sa voix et de ses déplacements. Malgré un son un peu lourd sur les premiers titres, le groupe enchaine à fond pendant près d’une heure (avec le fameux single initial « This is A Call » sorti un 19 juin en France, trente et un ans auparavant et un titre en hommage à Lemmy de Motorhead ), avant un copieux intermède acoustique.

Pour cette seconde séquence, le groupe s’avance au milieu du public sur la scène B pour nous servir quelques autres titres. Mention au magnifique « Wheels » et pour l’anecdote, à « Marigold », face B d’un single de Nirvana, puis un titre exécuté en solo par Dave Grohl, « Under You ». Cette phase acoustique s’avère très réussie, créant une belle proximité avec le public. Ce n’était pas gagné dans une enceinte aussi grande. Le métier est là.

Foo Fighters assurent un show puissant et millimétré, servi par un groupe carré et un chanteur/guitariste plus que jamais leader, occupant l’espace de sa voix et de ses déplacements

Puis la suite du concert est consacrée à nouveau à l’électricité, avec des reprises sympathiques par chacun des musiciens ,– une façon originale et conviviale de se présenter à nous, augmentée de photos diffusées de leur épique jeunesse. Momentum un peu différent, le batteur Ilan Rubin,(transfuge de Nine Inch Nails) quitte son poste pour se mettre à la guitare avec brio, alors que Dave reprend les fûts et tape comme un fou. Ah Nirvana, sors de corps !

Dans une troisième séquence du concert, c’est retour aux fondamentaux des Foo Fighters, avec « Monkey Wrench »  ou encore « Aurora » en hommage à feu Taylor Hawkins, batteur mythique du groupe, disparu il y a quelques années au beau milieu d’une tournée sud-américaine. « Best Of You » est entonné par 40 000 spectateurs, puis, le rappel, mémorable, se compose de « The Teacher » titre aux couplets magnifiques mais entaché de solos interminables -ce n’est que mon avis -avant « Exhausted » ce morceau planant et rock à la fois (génération 1995), puis en final éblouissant, un « Everlong » d’anthologie.

Ce concert très énergique avec un groupe qui respire le bonheur d’être sur scène, aura finalement largement compensé les inconvénients de la Défense Arena (voir un concert sur écran géant, se tortiller pour apercevoir Dave Grohl et ses comparses, dépenser une fortune en bière et wrap au poulet, et supporter un staff de sécurité particulièrement zélé !). Non éloge particulièrement à ces derniers, nous empêchant avec véhémence de nous mettre sur les bords de la fosse, devant respecter une certaine ligne au sol et nous masser avec le vulgus populi. Comme s’il était interdit, pour quelques centimètres, de respirer, danser ou tout simplement s’appuyer contre les barrières en dessous des gradins ! J’ai tenté de trouver une explication rationnelle à cette procédure excessive. Ne pas trop entraver la circulation vers un énième bar ? (Business is business, surtout à la Défense Arena) Ou bien ne pas masquer les panneaux de publicité dans une salle plongée dans le noir ? (idem).

Les Foos auront joué seulement deux extraits du dernier album en date, qui, comme beaucoup de groupes de rock établis, peinent à se renouveler. Mais sans rancune : le meilleur du grunge rock des débuts et des anthems de stade de la suite ont été servis avec rage et générosité. Il ne manquait pour moi que « Hey, Johnny Park ! ».

(…) malgré le gigantisme du concert et ses aléas

La sortie de la salle sera la dernière épreuve, déconseillée aux agoraphobes, avec piétinement assuré pendant près de 45 minutes jusqu’au métro.

Pour résumer l’expérience, malgré le gigantisme du concert et ses aléas, je garde le souvenir d’un vrai concert de rock, avec de l’émotion et beaucoup d’interactions entre Dave Grohl et un public conquis, venu des quatre coins d’Europe. Rien que pour cela, et se déhancher sur un « Times Like These » « My Hero » ou « Everlong », comme il y a 30 ans, chapeau bas. Au groupe. Mais pas à la salle.

Les plus : le son, la set list, la scène B, les hits incontournables, la salle climatisée

Les moins : les deux premières parties (assourdissante puis insipide), le zèle des sbires de la sécurité, les nouveaux titres, l’embouteillage piéton à la sortie, la salle trop grande et son quartier sans âme.

Vidéo (c) Florent Gilloury / Photos (c) Guy Castagne. Dark Globe.fr

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