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Live Reports

Penny Arcade / Le Bar du Midi, Nîmes / 20 juin 2026

Sur scène James Hoare , qu’on découvre ce soir en front man de Penny Arcade, parait un artiste à la fois réservé, un peu décalé mais aussi un musicien capable d’une grande intensité… Venu du Devonshire, l’anglais s’est récemment installé sous le soleil marseillais où il confesse s’imaginer parfois dans quelques scènes du tournage de French Connection… Penny Arcade, son projet depuis qu’il n’est plus dans les formations Veronica Falls / Ultimate Painting , est l’expression d’un esprit romantique, il n’en faut pas douter. L’allure de Hoare est longiligne, un peu froissée, avec une coiffure à la Syd Barrett des mauvais matins … Hoare, quand on le regarde avant concert, assis à la table à côté, donne l’impression d’être doté d’un flegme tout britannique et, comme beaucoup d’ anglais qu’on a rencontré, paraît apprécier le vin rouge qu’elle que soit l’heure, la façon ou la température auquel il est servi . Ceci relève du point de détail, j’en conviens, mais n’est pas dénué d’une certaine utilité pour situer notre homme.

L’actualité de Penny Arcade c’est Double Exposure , un second lp chez Tapete Records, sorti en avril . Il s’agit d’un ensemble d’expériences musicales entre krautrock et pop psychédélique 60’s, dans lequel les guitares ne sont pas particulièrement présentes , mais les constructions expérimentales nombreuses. On y a trouvé un brin de monotonie charmante et, in fine, n’appréciant pas l’artillerie lourde, on a aimé ce qu’on a entendu… Télérama ont carrément adoré, comme quelques magazines spécialisés et pointus. Le travail solo de James Hoare n’est pas passé inaperçu et , à 43 ans, l’expatrié a gagné l’étiquette de musicien indé intello « so british ». Ce n’est pas faux. Pour autant ce n’est la seule caractéristique de l’auteur compositeur. Parce que l’ homme a aussi un net penchant pour le rock nord américain bien tordu, et lorgne très volontiers vers Velvet, Modern Lovers, Television, Yo la Tengo – je vous donne ça en vrac. Nous allons voir que cette tendance est franche…

Sur l’étroite scène du Bar du Midi, boulevard Gambetta à Nîmes, nouveau lieu avec programmation de musique live, Hoare et Penny Arcade n’offriront à aucun moment une prestation empreinte de monotonie ( ce qui n ‘est pas forcément un défaut depuis les vers de Paul Verlaine !) , ni de cette nostalgie perçue dans Double Exposure. Il n’est pas si facile de jouer dans un espace qui relève autant d’une volonté alternative que du bar PMU de quartier , mais le groupe y prend pourtant toute sa place et s’impose. Le quartet ( franco-anglais) attaque franchement sa set list dans une salle où je compte à 21h25 ( début du concert) 30 ou 40 spectateurs, modeste quantité qui fluctuera durant une heure où le groove psyché pop de Penny Arcade ne cessera pas de résonner avec force.

Rien de l’atmosphère de Double Exposure ne transparaît instantanément. Le groupe alterne ballades arpégées électriques puissance 10, ainsi que titres psychés hypnotiques basés sur 3 ou 4 accords maximum qui tournent en boucle. Je comprends pourquoi Lou Reed apprécia un concert d’Ultimate Painting auquel il assista! Je ne peux m’empêcher de songer que ce que j’entends ressemble diablement à une résurgence des Quine Tapes du Velvet, lives mythiques de la fin des années 1960… Ou bien je n’y connais rien. Sur scène Penny Arcade rallongent les titres, parfois à l’extrême, comme la reprise de « What Goes On » qui termine le set. Les battements de main droite de Hoare ne viennent pas de nulle part et les chorus , pris ici ou là, évoquent ces versions improvisées de « Sister Ray » qui duraient plus de 10 minutes sur un seul riff…Ce n ‘est pas pour me déplaire, malgré – bémol – une sonorisation trop forte ( avec les moyens du bord, donc on excuse) qui tue les fréquences aiguës et produit une masse compacte de médiums et de basses.

Stylistiquement le set me fait penser à un compactage de BJTM, Allah La’s, Velvet et , plus loin de nous, à l’underground psychédélique britannique des mid sixties ( Pink Fairies, Tomorrow). Le batteur ( anglais) a ce jeu typique qui me rappelle un John Alder, alias Twink, dont la légende est renforcée par sa brève collaboration avec Barrett dans les éphémères Stars ( 1972) , dernier éclat ( éclaté) du Madcap qui ne riait plus beaucoup…

Le concert tient, de fait, de la performance. Les morceaux sont rallongés à dessein , disais- je, non sans intention. Hoare joue ses chorus mêlés au groove général, sur une Epiphone Casino vintage branchée sur ampli Vox idoine. Mention spéciale à la section rythmique basse – batterie qui tient le tempo sans sourciller. Jeu efficace du bassiste français ( cordes appuyées au pouce) sur Fender Mustang toute en rondeurs, pendant que le second guitariste ( français lui aussi) -qui casse une corde dès le second titre -joue des ornements à la Sterling Morrison qu’on aurait aimé entendre plus nettement ( question de mixage , d’orientation contrainte d’ampli et , je le redis, d’un volume sonore assassin bien trop élevé par choix ou pas…)

Payés au chapeau – la même activité a plusieurs réalités, hélas – Penny Arcade offrent une véritable performance artistique. Vintage, référencée, la prestation échappe cependant aux travers néo psychédéliques ou néo pop-rock… Parce que Penny Arcade ont indéniablement du style. Pour les esthètes vous saviez où vous vous retrouviez . Pour les plus néophytes peut-être moins, mais force est de constater que la moitié du public s’est très vite mise à danser – pas uniquement sous l’effet de verres pris au comptoir- ce qu’objectivement on ne voit pas très souvent.

Avec davantage de variations et un mixage plus subtil qui aurait valorisé les mélodies présentes dans les titres, j’aurais sans doute aussi imaginé me retrouver au club UFO ( Londres) en 1966. Ça n’a pas complètement été le cas, mais j’ai éprouvé un plaisir peut être similaire à celui des fans qui s’y retrouvaient. Penny Arcade live m’ont surpris, s’écartant du son de Double Exposure pour nous mener dans un autre territoire, certes voisin mais différent. James Hoare est inspiré par toute une « école » pop et arty, et il est capable – ce n’est plus à démontrer- d’en retirer des éléments pour une créativité toute personnelle. Il pense probablement aussi que la scène est un univers à part, avec ses propres règles.

Malgré des articles élogieux qui ne font pas tout, Penny Arcade reste encore à découvrir par un public plus large. On souhaite au projet de Hoare de ne pas « se coincer » dans une niche et/ou un circuit qui me paraîssent, pour l’ heure, relativement étroits et réduits en regard de ses qualités. Quand bien même semble t- il aimer ce terrain de jeu.

https://pennyarcade.bandcamp.com/album/double-exposure

photos (c) Dark Globe.fr

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