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Interview – The Exit Ends

Aujourd’hui, on va faire une interview découverte parce que, il faut bien le dire, vous ne connaissez pas encore The Exit Ends. Et c’est vraiment regrettable. De mon côté, c’est l’avantage que j’ai sur vous, je suis déjà assez familier de Laurent « Lolé » Alexandre qui est le clavier/chant/compositeur qui se cache derrière le nom du groupe. Pour tout vous dire, il joue les claviers sur mon album et sur scène avec moi… mais ce n’est pas le sujet.

Non, le sujet c’est  Late Midnight, le premier album de The Exit Ends, nouveau venu sur la scène marseillaise et dont la release party aura lieu vendredi 26 juin au Molotov. Et en plus, en première partie vous pourrez écouter Old Shep, dont vous avez pu lire l’interview ici même, il y a quelques semaines.

Late Midnight n’est pas un énième album de rock garage, de punk hardcore ou de métal inoxydable. On trouvera plutôt des climats qui peuvent évoquer le Bowie à partir de Low ou le Floyd… entre autres mais pas que… D’ailleurs je vous conseille de commencer par écouter l’album avant de lire cet entretien. C’est par ici :

Donc, on va partir du début. La première fois où je t’ai vu sur scène, c’était à la Machine à Coudre avec Moon Ra et ça devait être en 2018, peu avant la fermeture du lieu suite aux effondrements de la rue d’Aubagne.

Moon Ra ce sont les années 2010. Un groupe de potes sur lequel s’est greffé John Mc Elhone, guitariste plutôt folk venu d’Irlande et qui s’est mis à la basse parce qu’il en fallait un. L’aventure a duré une petite dizaine d’années pendant lesquelles nous avons sorti deux albums.

C’est ta première expérience musicale ?

Vraiment aboutie, oui. Avant j’avais fait quelques trucs avec Renaud Tarlet (musicien caennais) début 2000. Un de nos morceaux avait illustré un gros festival sur Caen (dont il est originaire). Et en 2001 j’arrive à Marseille et ça s’arrête. Puis je rachète un synthé (Juno) quand Fabien Palenzuela (actuel Sister Stray) me propose de faire un groupe avec un batteur de Seattle, Steve. Un power trio batterie/guitare/synthé.

C’est donc avant Moon Ra.

Oui, mais c’est un peu le début de Moon Ra parce que Steve a été le premier batteur de Moon Ra. Mais il était 6 mois en France, 6 mois aux USA donc c’était compliqué d’avoir un groupe stable. Nous avons donc pris un autre batteur : Fred. On se pose parfois la question de reformer Moon Ra parce que notre album est sorti juste avant le Covid. On a pu faire une release party au Leda Atomica Musique

Je pense que j’y étais…

… en janvier 2020. Et puis le confinement a tout planté : les dates prévues, etc…. On avait un petit label installé au Pays de Galles qui nous avait trouvé par les réseaux sociaux… On a tenté de relancer après mais bref, finalement, chacun est parti dans des projets solos.

Chacun s’est retrouvé à jouer chez lui…

Il y avait déjà des projets. Seb avait Silver Gallery, Fabien pensait à Sister Stray et je m’étais remis au piano en parallèle de Moon Ra. Et donc je composais de nouveaux morceaux, parce que, ça peut paraitre prétentieux, mais je me sens plus comme un compositeur. Jouer la musique des autres ce n’est pas mon truc. Même quand je tâtonne sur un instrument, faut toujours que j’essaie de créer.

Chercher quelque chose de personnel et pas essayer de refaire…

Je n’avais jamais fait de reprises. Bon j’ai pu le faire avec toi (nous avons fait ensemble, avec Béa Paradis, un spécial Bowie acoustique) et c’est un autre exercice que j’adore maintenant parce que je vois que c’est très enrichissant aussi pour ses propres compos.

Les covers c’est souvent, en fait, parce que tu joues avec d’autres personnes et que tu as envie d’aller jouer, même si c’est moins perso.

Oui, maintenant je suis content de le faire mais je ne me considère pas vraiment comme un instrumentiste. Mais j’ai des prétentions à composer parce que c’est pour ça que je fais de la musique.

Donc, Moon Ra s’arrête…

Et à la faveur du Covid, comme tout le monde, je me retrouve seul à la maison. Ma femme se trouve bloquée en Colombie (pendant plusieurs mois) et mon ami d’enfance, Renaud Tarlet, lui se retrouve coincé à Marseille et reste 1 ou 2 mois à la maison. Et on transforme le salon en salle de répétitions. Et là j’ai dû écrire 30 ou 40 morceaux, ou plutôt, des plans, des maquettes… Parce qu’au départ Renaud était venu pour une date au LAM (Leda Atomica Music), le vendredi 13, la veille du confinement et c’est là que nous avons rencontré Jearc (Local 54 Studio à Marseille). Comme il n’y avait pas de public, on a transformé ça en résidence et il nous a enregistré. De là, Renaud a décidé qu’il enregistrerait avec Jearc, ce qu’il a fait un an plus tard. Et en venant assez souvent pour jouer des parties de claviers je me suis dit « c’est ce que je veux faire, enregistrer mon album avec ce mec. ».

« Et on transforme le salon en salle de répétitions. Et là j’ai dû écrire 30 ou 40 morceaux, ou plutôt, des plans, des maquettes »

Donc là, tu commences à avoir du matériel musical, de nouveaux claviers et tu te dis, je vais faire un album.

Et du coup, faut que je me mette à bosser parce que dans Moon Ra, les compositions étaient collectives…

Et c’était de l’instrumental…

Oui, pas de couplet/refrain ; des plans post/rock, psyché mais pas des chansons. C’était pas du tout du songwriting et je me suis aperçu que le fossé entre ça et faire des chansons était énorme. Jearc a écouté mes bouts d’enregistrement, m’a dit qu’il y aurait vraiment du boulot mais qu’il était OK pour s’y attaquer parce que l’inspiration lui plaisait.

Tu arrives avec des brouillons et il a fallu d’abord en faire des maquettes…

Oui, donc il a fallu structurer des morceaux à partir de bouts d’enregistrements assez sommaires, avec des sons de claviers provisoires. De là, Jearc a fait toutes les batteries. Et à 95% ce sont ces batteries qui se retrouvent à la fin et qui ont été jouées alors que tout le reste n’était encore qu’à un stade plus imaginaire… juste quelques pistes de synthé, piano et un chant témoin.

Et donc tu passes de l’instrumental au format chanson. Tu ne veux pas continuer à faire de l’instrumental ?

Non, non, je veux me mettre au chant parce que je veux dire des choses. Mais pour le chant aussi : je pars de zéro, même si j’ai pu faire quelques chœurs et un répertoire pour la douche. Ces maquettes je les travaillais déjà avec des lignes de chant. J’adore chanter.

Et là, vous avez des structures mais pas vraiment de textes ? Du yaourt ?

Oui, j’ai du yaourt.

Donc ce qui a préexisté c’est la musique, la mélodie, ce n’est pas le texte qui a induit des choses.

Non. Et c’était un bon exercice. Je continue de composer selon cette méthode.  Je pars d’une suite d’accords et si je sens quelque chose alors je cherche à développer, créer des ponts et trouver le refrain qui doit être mieux que les couplets. C’est plus compliqué parce que j’adore les couplets. Et la ligne de chant doit venir s’intégrer. Je continue à travailler au piano même si je maitrise un peu mieux la M.A.O qu’au début. Je vais assez vite faire des arrangements avec des synthés, des rythmiques. Et j’aime beaucoup écrire les lignes de basse. Si je n’avais pas été pianiste j’aurais été bassiste. Pour revenir aux lignes de chant, mon morceau existe et la ligne de chant doit trouver sa place dans ses contraintes. C’est pour cela aussi que je chante en anglais, parce que la langue permet une élasticité des voyelles que je trouve absolument géniale et qui n’est pas naturelle en français. Si je compose un jour en français je pense que la méthode sera différente et que je partirai du texte. Mais là, le texte vient au dernier moment. Je dois trouver les mots en fonction de la ligne. C’est la musique qui donne le « la ». Le texte, pour moi, il doit se démerder pour épouser la forme que la musique a tracé. Quelque part je me dis que la musique m’a été inspirée par des sentiments, des sensations, c’est toujours très abstrait, et après je dois bosser sur un texte pour le rendre à cette musique. Ça reste assez mystérieux.

« C’est pour cela aussi que je chante en anglais, parce que la langue permet une élasticité des voyelles que je trouve absolument géniale et qui n’est pas naturelle en français. et qui n’est pas naturelle en français. »

Donc, il est fini quand tu as fini la musique et le texte ne va pas venir remettre en cause la musique.

Non, jamais. Et ce qui est marrant, avec le recul (le disque vient de sortir mais il est terminé depuis un an), si je m’amuse à faire le journaliste, c’est que je vois se dégager des choses auxquelles je n’avais pas du tout pensé à l’origine. Aujourd’hui je le vois presque comme un concept album, même si je n’aime pas ce terme qui renvoie trop au rock progressif, et je trouve une cohérence que je ne voyais pas au départ, aussi bien pour la musique que pour les textes.

Alors, on va rembobiner, comme au temps des cassettes. Qu’est ce qui t’a mené à la musique ? Tu as commencé le piano ?

Oui, j’ai pris des cours individuels quand j’étais gamin (8/12 ans). Mais j’ai arrêté à cause du solfège. C’était dans une MJC avec des profs catastrophiques, à t’écœurer de la musique, un peu comme les mauvais profs de maths…

J’entends ça, j’ai aussi commencé par le piano, ma mère étant prof de piano et j’ai arrêté à cause du solfège…

Je ne comprenais pas. Et donc j’ai beaucoup plus de mal que d’autres amis musiciens. Mais oui, maintenant je m’intéresse aux bases, à l’harmonie. Avoir des bases théoriques pour comprendre l’empirique. Je regarde souvent des vidéos de profs d’harmonie qui ont un niveau… Ils analysent autant du Bach que du jazz. Alors c’est passionnant à écouter mais quelque part je trouve ça anti-musical.

Il n’y a plus de magie.

Voilà, il n’y a plus de magie, et moi la magie…Et puis je suis persuadé que les Bach, Vivaldi, Mozart, Debussy, Ravel, bien sûr, c’était des experts en harmonie ; mais ils ne composaient pas à partir d’une équation harmonique… L’inspiration ce n’est pas ça.

La technique leur sert à mettre en œuvre, en musique, plus facilement.

A arranger par exemple. C’est pour ça que je ne serai jamais arrangeur. Derrière l’arrangement effectivement je vois quelque chose de scientifique. En tout cas, que tu peux théoriser. Et donc, pour en revenir à mon rapport à la musique, je n’ai pas de souvenirs en fait de ne pas avoir écouté de la musique. C’est, aussi loin que je me rappelle… J’ai toujours écouté de la musique, aimé des groupes. Avant d’être journaliste j’étais déjà accro aux histoires, à une sorte de culture encyclopédique. Faire des catégories, comprendre les époques, classer par scène, par ville, d’où ça vient. C’est sans doute ma formation d’historien qui veut ça. Au-delà de l’écouter j’ai toujours aimé comprendre comment ça marche. L’histoire de la musique. Les courants. Et je rencontre des gens qui en connaissent beaucoup plus que moi et je les écoute comme un gamin parce que j’adore ça. Pour autant, quand on m’explique l’harmonie…

On ne t’a jamais raconté l’harmonie comme une histoire, c’est peut-être ça le problème.

Alors que l’histoire de la musique, ce n’est que des histoires. C’est fantastique. Ce sont des accidents aussi. J’aime bien la notion d’accident dans la musique. De choses qui ne devaient pas se produire et qui se sont produites. Des mystères…

Des accidents dans des enregistrements…

Des hasards incroyables dans des rencontres…

Comme quand Dutronc enregistre « il est 5 heures, Paris s’éveille » et qu’un flutiste classique va enregistrer une partie le lendemain alors qu’il venait pour jouer du Bach et que le morceau est maintenant impensable sans cette flûte.

C’est pas des anecdotes pour moi, je déteste ce mot, c’est des moments magiques. Et la magie est évidemment dans tous les arts mais où la musique est différente c’est ce que c’est à base de rencontres. Donc cette histoire de rencontres, d’accidents, ça ajoute à la magie de cet art.

C’est un art pour égocentriques qui sont obligés de se mettre ensemble.

C’est ça. Ou égocentré…

Et en même temps, tu as besoin des autres.

Et pour rebondir sur cette remarque, ce disque il a du sens pour moi parce que ça a été un accélérateur de rencontres incroyable. Bien sûr avec Moon Ra aussi j’ai fait plein de rencontres mais là c’était un peu comme passer en Ligue 1. Le premier étant Jearc, qui est producteur, directeur artistique, co-compositeur sur certains morceaux, à qui j’ai donné les clés. Et donc il a choisi les musiciens. Et là ce sont des rencontres incroyables de gens qui sont devenus des amis. Tu as quelqu’un qui vient dans le studio parce qu’il fait confiance à Jearc, qui écoute ta musique et va passer des heures à jouer de la guitare pour quelqu’un qu’il ne connaissait pas, juste comme ça, sans être payé. Et vraiment ça, c’était très fort. Ça crée un lien unique et pour revenir à ce qu’on disait… c’est collectif…

Sur tes influences musicales ? Bon, moi, dans ce disque, j’entends des choses mais, en fait, on n’entend que ce qu’on connait soi-même. Je ne peux y trouver que ce que je connais déjà. Mais il y a forcément ce que tu y as mis et que je ne connais pas et que donc, je n’entends pas. Est-ce qu’il y a, pour toi une ligne directrice ou quelque chose de plus large. Par exemple, quand tu apprends le piano, ça passe obligatoirement par la musique classique. Est-ce que ça reste présent ?

Oui, c’est resté. On est tous une accumulation de ce qu’on écoute, mais effectivement j’adore la musique classique, notamment les compositeurs comme Ravel, Debussy, Erik Satie. Je vais insister sur Satie et si tu as entendu du Satie dans mon album j’en suis très content parce que c’est ma première histoire d’amour avec un compositeur. Peut-être parce que c’était celui que j’arrivais à jouer sans trop de problèmes, les Gnossiennes… J’avais dit à ma prof de piano « si c’est facile à jouer, c’est pas de la grande musique » et elle m’avait répondu « c’est presque l’inverse ». Et donc je me suis dit, une musique minimaliste qui a un tel pouvoir sur moi… Satie est pour moi celui qui a eu le plus d’influence sur la pop music, loin devant Ravel, Mozart, Debussy, Bach. C’est le premier à avoir fait de la pop music.

C’est un univers avec des mélodies très étranges, sur des bases qui semblent très simples et avec un immense pouvoir d’évocation…

Enorme pouvoir d’évocation. Et puis tu l’entends dans John Barry, dans tous les grands compositeurs de musiques de film. Dans Gainsbourg, même si lui faisait l’inverse, il « poppisait » des choses compliquées.

Il simplifie du Chopin… Et Satie on le retrouve aussi dans la musique anglaise. Je me souviens que Gary Numan reprenait les Gnossiennes ou du Nightporter de Japan.

Satie, c’est ma première influence. Et après j’ai eu une grosse période hard rock quand j’étais ado. Plutôt Metallica qu’Iron Maiden. Une histoire de chapelles musicales. Et de Metallica j’ai basculé à Black Sabbath, que j’adore toujours. Je ne comprends toujours pas comment ils avaient ce son à cette époque. J’ai eu une période Zappa et j’ai assez vite bifurqué vers mon groupe préféré : Can. J’ai presque tout, les coffrets, les tee-shirts, les bouquins… Je sens une filiation avec Satie et je les trouvais plus inspirants que les autres groupes.

Alors, comme ils ne sont pas anglais, il y a peut-être un côté plus européen dans leur musique…

Continental. Ils avaient une position de carrefour. D’ailleurs ils sont tous allé en Allemagne, Bowie, etc… Ils n’avaient pas cette étiquette anglo-saxonne contraignante. Et puis il y a cette histoire avec leur deuxième chanteur Damo Suzuki. Il chante dans la rue pour se payer un billet retour pour le Japon. Can n’avait plus de chanteur, ils le voient dans la rue à Cologne et ils l’embauchent pour leur concert du soir même. Mais qui fait ça ? Et il chante souvent la plupart du temps en yaourt et c’est d’une musicalité incroyable. Les critiques rock du NME (New Musical Express) de l’époque ils disent que le rock allemand (krautrock) est en train d’exploser le rock londonien. Bien sût il y avait une part de provoc, mais il se passait quelque chose.

Ils n’ont pas utilisé les synthés de la même manière que les Anglais. Les Anglais ont fait du progressive rock. Et les Allemands ont peut-être gardé cette influence des compositeurs classiques sans partir dans la virtuosité à tout prix.

Voilà, la virtuosité, ça m’a toujours emmerdé. C’est pour ça que je n’aime pas les solos. De temps en temps, un solo de guitare, pourquoi pas, Mais la virtuosité je trouve que ça a un côté cache-misère. C’est-à-dire qu’on en revient encore à Satie.

Si tu fais un solo pendant une minute ça veut dire que derrière, ça ne bouge pas pour pouvoir accrocher ton solo. Et c’est un peu dommage. Je préférerais que tout continue à bouger.

(Comme c’était l’heure de la pause-fraîcheur – comme dans le Mondial – nous avons un peu parlé des bouquins de Viv Albertine (guitariste des Slits), mais, en cette période d’examens, je vais éviter de faire un hors-sujet donc cela restera « off »)

photo (c) Fabien Paluenza

Et donc, le prog-rock ?

Oui, j’ai aussi eu ma période prog, mais je trace une ligne (couleur au choix), un peu comme pour le jazz-rock. J’aime les débuts mais c’est devenu insupportable, Parfois pas juste les nouveaux groupes mais à l’intérieur des discographies. Mais après Can, mon groupe préféré c’est Pink Floyd. Est-ce que c’est du prog ? Oui, bien sûr, dans la démarche, sauf que c’est moins démonstratif que la plupart.

« Mais après Can, mon groupe préféré c’est Pink Floyd. Est-ce que c’est du prog ? Oui, bien sûr, dans la démarche, sauf que c’est moins démonstratif que la plupart.« 

Et là on revient à « pas de virtuosité »…

Alors oui, il y a une virtuosité parce que pour que la note simple sonne il faut que tu sois un bon musicien. Mais tu l’utilises au lieu de la montrer. Alors, à partir de The Wall, c’est autre chose, mais du début jusqu’à Animals, c’est fantastique.

Oui, je suis d’accord, mais pour ma part j’enlève les albums trop instrumentaux.

Oui, je suis d’accord, mais c’était plus des pas de côté. Mais sinon, cite-moi un groupe qui a aussi bien vieilli, à tous les niveaux, compos, sons… Avec les sons de synthé tu pouvais vite tomber dans le kitsch. Mais eux, non. Comme s’ils savaient déjà. Mais en fait, ils s’en foutaient je pense. Pas une note kitsch. Alors que Bowie, que j’adore aussi, est parfois tombé de l’autre côté. Je suis admiratif de ça, les mecs font une musique en bloc, c’est leur musique et ça échappe à toutes les modes. Et ça devient indémodable. J’aime bien le côté indémodable dans la musique.

Peut-être parce qu’elle n’a pas été faite en tenant compte du moment présent ?

Elle est intemporelle. J’adore ce mot aussi. C’est peut-être la grande mission de l’art, rendre les choses intemporelles.

Et donc, et ça fait un peu écho avec le prog, tu me disais qu’avec le recul tu voyais maintenant ton album presque comme un concept album ?

Oui, et pas mal de gens me l’ont dit après, ce qui me conforte dans cette idée. Ce qui se dessine, c’est un road trip en fait. Pas avec un début et une fin, mais cette idée de cheminement. Je vais parler de moi mais pas tant que ça, quand même. Principalement dans Rubicon qui ferme l’album où je me raconte dans une critique de mon principal défaut : j’ai du mal à me jeter à l’eau. Et ce disque en est un exemple, qui sort à peine maintenant à 50 ans. Et quand je suis dans l’eau je me dis « pourquoi je ne le ferai pas plus souvent ? ». Cette chanson est presque auro-parodique parce que je me fous vraiment de ma gueule. Plutôt que de traverser la rivière j’imaginerais bien que Moïse enlèverait l’eau, ou faire le tour du monde pour me retrouver de l’autre côté plutôt que traverser (tant pis pour les platistes). C’est tout moi. Et toutes les autres chansons évoquent, quelque part des cheminements, des destins. J’aime bien l’idée que chaque morceau est, indépendamment, un cheminement, entre les parties. Il y a une chronologie, Ça avance. C’est pour ça que je conseille d’écouter cet album, de nuit, en voiture, sur des routes désertes. Avec des arrêts. Parce que c’est un album assez nocturne, avec des éclaircies. J’ai essayé de faire une musique plutôt noire mais avec de la lumière un peu partout. Alors, concept-album, c’est peut-être un peu pompeux, mais je pense qu’il s’écoute du début à la fin. Il y a des cinématiques, aussi. Des petits morceaux de moins de deux minutes. Comme des vignettes cinématographiques. Puis, c’est aussi un hommage. J’adore la trilogie berlinoise de Bowie parce qu’il y a Brian Eno, et c’est ce qu’il fait. Je suis un grand admirateur de Brian Eno et on en revient effectivement à la musique allemande, à l’épure et à Satie. Et les sons…

Et les couches de sons. Eno, quand il produit Talking Heads, les morceaux, dans leur conception sont plus simples que leurs premiers morceaux, mais dans Remain in Light parfois il n’y a qu’un seul thème couplet et refrain mais arrangés différemment, aux niveaux des sons, des couches, et pourtant, tout bouge tout le temps.

(Bon je vous évite le passage façon Cérémonie des Césars – j’en comprends l’utilité mais je vous avoue que ça m’ennuie un peu – pour reprendre quelques autres passages qui m’amusent plus)

… et d’ailleurs, si on peut ouvrir une parenthèse, je trouve que c’est un énorme privilège d’être français et de faire de la musique anglaise. On a un truc qu’ils n’auront jamais. Ils comprennent immédiatement ce que la chanson raconte et parfois on sait que ce n’est pas forcément génial. Mais nous, en tout cas, à la première écoute, on ne va être sensible qu’à la musique. Et donc on n’a pas la même appréhension du morceau. Bref, ça me semblait naturel de chanter en anglais vu que j’ai baigné dans cette musique. Et donc un grand merci à John Mc Elhone qui m’a bien aidé pour les textes. Et on a essayé de donner du sens. Certes en France on a un rapport au texte en musique qui n’est peut-être pas le même que les Anglais (mais n’oublions pas qu’on a aussi des Barbelivien et autres Carlos, voire des Vianney, pour les plus jeunes) ; mais ils ont aussi de grands paroliers comme Scott Walker ou Neil Hannon. Notre seule prétention était que ça sonne bien. C’est ça qui est génial avec l’anglais. Le français aussi peut sonner mais peut-être moins facilement sur ce type de musique. Il faut aussi que je cite Kate Bush que j’aimais déjà beaucoup mais que Jearc m’a fait vraiment découvrir en faisant cet album. J’aime à dire que même si les Bowie, Iggy Pop ou Nick Cave sont mes grandes influences en tant que chanteur et songwriter, ce disque est dédié à Kate Bush. C’était celle qui veillait sur moi. Je vais quand même tout faire pour caler ce disque entre ses mains. Si, en plus, elle pouvait l’écouter…

Donc, depuis début avril, l’album est sur toutes les plateformes, le vinyle va sortir et on va avoir droit à une release party au Molotov (vendredi 26 juin). Au fait, pourquoi ce nom, The Exit Ends ?

Au départ, j’avais un projet avec Christophe Salvador, avec qui je faisais de la musique depuis les années 2010, qui s’intitulait The End. D’ailleurs deux morceaux de l’album sont issus de ces travaux. C’était un clin d’œil cinématographique (encore un) aux génériques. Mais, de façon un peu plus matérielle j’ai réalisé qu’il y avait déjà plusieurs groupes qui portaient ce nom. En rajoutant un « s » ça ferait un super nom de groupe « The Ends »… Mais une trentaine de groupes ont eu cette bonne idée. Puis « Exit » est arrivé. Et donc, The Exit Ends, je trouvais que ça sonnait bien.

Ça sonne un peu comme « existence ».

Oui, merci de le relever…

Et aussi le film Existenz de Cronenberg.

Il y a les deux sonorités : l’existence et la fin… Alors, pour être honnête, en anglais ça ne veut pas dire grand-chose et en même temps, ça peut avoir plusieurs sens.

Et on peut aussi regarder le clip du morceau After all (réalisé par Marine Sahakian) et très bientôt un deuxième clip. Et sinon, quel est le dernier disque que tu as acheté ? Ou le dernier que tu as écouté avant de venir ?

Alors acheté, c’est Anna Von Hausswolff. Une organiste qui fait de la musique entre drones et sorcières. Elle fait partie de ma bande de sorcières qui font de la magie blanche. Et Kate Bush est, pour moi, la Reine. C’est une de mes artistes contemporaines préférées. On l’a vu récemment en concert au Trabendo. Et écouté, il y a le No Jazz Quartet que j’écoute beaucoup en ce moment, indépendamment du fait que j’ai joué sur trois titres, parce que vraiment je l’adore. Et puis, tout récemment, ce sont les Cowboys from Outerspace, puisque, la veille de cet entretien on les a vu à la Maison Hantée. Je ne connaissais pas bien et j’ai pris une claque…

Et donc nous retrouverons The Exits Ends sur scène avec notamment Jean Philippe Meresse (drums), Etienne Jesel (basse), Sonic Polo et Christophe Salvador (guitares), Natalia Rodriguez-Ramirez (backing vocals), John Mc Elhone, Frank Kober et Laurent Alexandre.

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Chaine Youtube : https://www.youtube.com/@TheExitEnds

L’album sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=W7Ivcq4mCHo&list=OLAK5uy_kXJc4upHa7zacEumokLU2erwFKUCImB90

Photos par (c) Catherine Biasetto – sauf mention contraire.

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