Delaney blue lisant un journal

Pochette Delaney Blue Stranger in your heartDelaney Blue, alias George Betzounis, fait partie de cette caste, en voie de disparition, des rockeurs parisiens qui ont eu leur quart d’heure de gloire dans les années 80 et 90. Proche de Daniel Darc avec qui il a collaboré pendant plus de 30 ans, cet immigré grec qui vit à Paris depuis ses 20 ans, a son propre panthéon musical qui ne s’éloigne guère de Bowery. D’ailleurs, il vit dans l’ancien appartement parisien de Stiv Bators, héros punk des Dead Boys et leader new-wave des Lords Of The New Church, qui était venu s’échouer dans la capitale avec Johnny Thunders avant de mourir, bêtement renversé par un taxi.

Musicalement, Delaney Blue est pris entre deux feux: son affection pour les mélodies beatlesques et sa passion de la musique new-yorkaise post 1970. D’ailleurs, ses textes parlent tous du sujet le plus universellement commun à tous les poètes, punks ou romantiques: l’amour.

Les titres d’ouverture des deux faces de Stranger In Your Heart sont comme deux coups de poing dans la figure avec guitares saturées, basse omniprésente et batterie énervée. « Lady Skelter » (Face A) est clairement un hommage au « Helter Skelter » des Beatles; premier titre heavy metal de l’histoire de la musique. Avec « Ruby Red » (Face B) on se replonge avec complaisance dans l’agressivité d’un rock qui puise ses racines au CBGB pour aller fleurir jusqu’à la Britpop des années 90. Si la voix de Delaney Blue se fait plaintive sur les titres les plus accrocheurs, elle mue avec aisance vers une douceur bienvenue qui accompagne les ambiances plus mid-tempo (« Hand Me Down Red Dress », « Tumbleweed ») où la guitare acoustique prend toute sa place. Les ambiances country chères à Johnny Cash ne sont pas très éloignées non plus, même si Delaney Blue leur donne un aspect cow-boy parisien désabusé qui aurait perdu son cheval depuis longtemps (« Charlotte Road », « Reno »…).

Au final, l’album Stranger In Your Heart, paru en 2006 en version CD et qui a été judicieusement réédité en vinyle en 2020 par Maquis, propose une belle ambivalence musicale. Celle-ci s’articule autour d’un rock classiquement efficace mais habité, qui sied parfaitement à la voix veloutée de son auteur qui, à presque 70 ans, marche sans peur à côté de ses fantômes bien-aimés.