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ConcertsLive Reports

Middle Kids / Le Supersonic (Paris), 02/11/2018

À contrario de la mare boueuse de l’ennui existe une sensation qu’on nomme l’enthousiasme. Sa positivité nous emmène plus loin et nous rend heureux. Je n’ose m’avouer pourquoi, mais il y a un petit bout de temps qu’à l’écoute d’un jeune groupe actuel je n’avais plus éprouvé ce réjouissement des sens et de l’esprit. Est-il possible que la raison de ce sentiment vienne du fait que le quatuor Middle Kids joue et oublie de poser? Que nous ne soyons pas une énième fois contraints de simuler un peu d’ intérêt pour un revival Garage ou post Cold Wave ? Mon élan d’auditeur (déjà presque fan) viendrait-il de ces raisons?

La réponse est oui. Boostés par Lost Friends, brillant premier album, Middle Kids, est l’incarnation de la nouvelle hype australienne. En tournée US / UK / Europe et Australie depuis l’automne 2017, le groupe surfe sur la haute vague d’un intérêt absolument justifié. Avant Le Botanique de Bruxelles le lendemain, le concert parisien du Supersonic était la seule date française d’un parcours live très fourni. Arrivés sur scène à 22h et des poussières, débarquant de l’hôtel aurait-on dit, si ce n’était pas carrément du minibus de tournée, les musiciens et Hannah Joy grimpent sur scène en blouson ou anorak qui n’ont pas eu le temps d’être déposés sur les cintres d’une loge. On s’affaire pour un sound check sur le pouce, après les prestations de Oh Pep! (première partie officielle convaincante) et celle de la parisienne Electro-pop, Roger Jr. Hannah et les garçons font abstraction d’un inconfort d’avant set vécu sur le tas. Il faut toute l’énergie et l’envie de la jeunesse pour dominer la situation. Par chance, elles habitent visiblement les australiens qui le démontreront dès les premiers accords joués.

Peut-être surdimensionnés pour le club parisien (très cool) du quartier Bastille, Middle Kids, une fois réglés et branchés, nous mettent immédiatement la claque attendue. Le groupe est très bon, emmené par une Hannah Joy charismatique, indispensable chanteuse – guitariste (gauchère) , sans laquelle cette histoire de musique et d’envie ne serait pas ce qu’elle est. Superbe voix, amplitude peu commune, pour un chant qui fait réagir à moins d’être sourd. Déterminée, celle qui compose et écrit toutes les chansons, est aussi présente et énergique que capable d’intimité. La signature du groupe c’est elle. La gent masculine, autant que les dames présentes, tombent sous son charme et les nouveaux fans reprennent des bribes des refrains les plus connus – « Edge of Town », « Mistake », « Never Start ». Enthousiasme général.

Les quatre font bloc, s’agitent dans une sorte de ronde tribale centrée sur un point imaginaire au milieu de la scène, marquant l’intensité des plus puissantes mesures – il y en a beaucoup! -; on commence par celles de « Bought it » (qui ouvre l’album). Focaliser l’attention sur la lead singer serait toutefois limiter l’intérêt du groupe. Basse et batterie sont très présentes et d’une franche énergie, qui soutiennent avec inventivité une singulière guitare rythmique aux accords Folk-Rock (ou l’inverse?) joués par la vocaliste. En bord de scène le soliste (rajouté au trio fondateur, Joy-Fitz-Day) propose parties en slides et chorus accrocheurs qui enluminent musique et chant. Un peu étouffés au début du set par une puissance qui dût être maîtrisée par les techniciens de la salle, ils reprendront rapidement leur vraie place toute en subtilité. Costaud. D’un côté comme de l’autre de la table de mixage. Même processus pour la voix captée avec la clarté nécessaire et dont toute l’expressivité ne sera pas trahie.

Middle Kids (qui ne feront pas de rappel et se contenteront d’un grand sourire au public) ont secoué le club aux hautes baies vitrées sur fond de nuit orangée. Interprétées pendant un peu plus d’une heure, leurs musiques resserrées qui parlent d’amis perdus, pourraient évoquer celles de The National à leurs débuts, seule proximité musicale repérable. L’intensité des compositions n’écrase pas leur dimension mélodique et Hannah est aussi à l’aise au piano que sur sa Stratocaster dont la manipulation, cordes graves en bas, doit étonner plus d’un guitariste ayant noté cette étrangeté.

Si le groupe ne s’épuise pas à sillonner le monde, de salle en salle chaque jour, je suis certain de son évolution passionnante dans les prochains mois. L’écoute du nouveau single « Salt Eyes » en témoigne. On pourrait aussi imaginer dans le futur une carrière solo à la Patti Smith, tout à fait envisageable pour leur leader (mariée à Tim Fitz, bassiste et multi instrumentiste) laquelle, pour l’heure, ne doit pas y songer une seule seconde. On la comprend.

 

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