The Good Damn + Mensch + Blackthread – Le Fox-Trot (Lyon), 24/09/10

Live | publié le 27 Sep 2010 par | 2 483 vues

C'était une belle façon de commencer le week-end: la "release party" (comprendre par là un concert aux allures de fête entre amis, histoire de célébrer dignement la sortie d'un disque) du premier LP des Lyonnais de The Good Damn avec en guest Blackthread alias Pierre qu'on connait bien par ici, et Mensch - duo basse guitare dans lequel on retrouve Vale Poher au chant. Highlight de la soirée, le lieu accueillant l'évènement - le Fox-Trot - un dancing rétro où me disait-on, se retrouvent habituellement danseurs sexagénères. Un lieu atypique au cachet certain, qui de toute évidence vit ce soir son dépucelage de concert de "rock burné". Soirée exceptionnelle ou début d'une longue histoire - l'avenir le dira, mais comme me le faisait remarquer un ami, et au vu du succès de la soirée - les candidatures de groupes locaux risquent de se mettre à pleuvoir sur le bureau des gérants.

Alors que la salle se remplit encore, et qu'un brouhaha sévère couvre sans grande difficulté le son qui sort des enceintes, c'est Blackthread qui ouvre le bal. Pierre est installé au milieu de la salle, qui pour l'occasion n'est autre qu'une vaste piste de danse, comme nous le rappelle une titanesque boule à facettes planant au dessus du soliste et de son matériel: une basse, deux petits claviers et quelques mystérieux ustensiles éparpillés sur la petite table. Difficile de l'affirmer avec certitude mais il semble bien que quelques nouveaux gadgets aient fait leur apparition depuis la dernière fois qu'on a croisé le garçon (pour ma part au Sonic il me semble).

Un public timide s'agglutine petit à petit autour de lui alors qu'il commence par livrer quelques titres de son premier disque, sorti il y a maintenant quelques mois et qu'on a eu grand temps d'apprivoiser. Si le bruit ambiant provenant du bar empêche quelque peu de les apprécier à leur juste mesure (c'est le problème récurrent des musiques plus ou moins minimalistes, qui ne nécessitent pas qu'on pousse les potards de volume de l'ampli jusque sur le "11"), les morceaux ont désormais gagné une belle ampleur sur scène, et la fluidité avec laquelle ils s'enchaînent leur évite agilement le piège de l'ambiance qui retombe et où tout le travail d'installation du climat se trouve à refaire à chaque nouvelle intro. Un rythme qui fonctionne plutôt bien puisqu'au fil du set les discussions de bar se font moins envahissantes et même les moins attentifs finissent par s'approcher pour écouter les deux ou trois titres qui clôturent ce premier set.

C'est Mensch qui prend la suite, duo féminin basse / guitare dans lequel on retrouve Vale Poher, comme je le disais un peu plus haut. De mémoire je n'avais vu la chanteuse sur scène qu'une seule fois, à l'époque où elle se produisait davantage en solo, et n'avais pas été vraiment séduit pour autant que je m'en souvienne. Ce soir la formule semble plus efficace, le duo joue accompagné de progs de batterie envoyés au début de chaque morceau par la chanteuse. Instrumentalement il y a un petit coté Electrelane pas dégueulasse du tout dans les rythmiques noise/new wave syncopées envoyées dans les subwoofers, mais là où le bât blesse quand on utilise une boîte à rythme, c'est que le moindre écart rythmique coté instruments se fait lourdement ressentir: et si la basse s'en sort plutôt pas mal, ce n'est pas vraiment le cas de la guitare - peut-être la faute à des retours difficiles à gérer et une configuration de scène plutôt inhabituelle. Je ne me sens pas indulgent ce soir, après quelques titres je renonce et finis par m'éloigner pour écouter le concert d'une oreille distraite, en bavardant avec les connaissances, qu'on est particulièrement content de croiser dans ce lieu peu familier qui semble être le sujet central de pas mal de conversations. Le public a l'air moins difficile que moi et apprécie le concert, puisqu'il applaudit le duo chaleureusement une fois le dernier titre joué et le lumières rallumées.

Il est presque minuit quand The Good Damn monte sur scène. Après un titre d'intro dont j'ai oublié le nom, ils vont jouer la plupart des titres de leur album - I Can Walk With My Broken Leg donc, on est quand même à la release party. Pour rappel, j'avais aperçu The Good Damn à l'Epicerie Moderne en première partie de Earth et The Drift (aperçu seulement, pour le coup, parce que pendant leur set, j'étais en pleine interview avec le groupe sus-cité et que j'en avais donc loupé une bonne partie). Le peu auquel j'avais assisté ne m'avait pas vraiment convaincu, mais c'est autre chose ce soir... Le trio joue un blues psyché, un bon vieux rock qui tend ostensiblement vers des ambiances far west (le visuel de l'album n'est pas pour me contredire), mais davantage sur le coté goudron et plumes, "pendons le haut et court" que sur la country joviale bon marché.

Le rock de TGD garde un coté sombre, et la voix du chanteur aux intonations de David Eugene Edwards (Wovenhand) - qui mariée à l'univers western du groupe me rappelle parfois U.S. Christmas, le theremin en moins - amène aux compos un corps massif et une forte présence. Mais si le trio a su indéniablement se construire un univers singulier, c'est dans le son que leur musique tire vraiment son imposante personnalité : un son de guitare chaleureux, vintage comme celui d'un vieux blues, et tranchant à souhait. Un son qui ne souffre absolument pas de l'absence de quatre-cordes et rappelle à notre bon souvenir cette même remarque que l'on se faisait déjà il y a deux semaines au Grrrnd Zero, devant quatre formations "bass-free" : les bassistes seraient-ils une espèce en voie d'extinction? Ou bien contraints et forcés de monter leurs propres projets en solo, et en exil? Toujours est-il que le son du groupe fait véritablement effet. L'overdrive grésillante des demi-caisses me prend littéralement aux tripes. Et quand le trio s'assagit temporairement pour interpréter deux morceaux de son disque en acoustique, la puissance laisse la place à la mélodie et c'est alors sur ce terrain que The Good Damn montre qu'il n'a, là non plus, pas grand chose à apprendre.

Le set électrique reprend, et la déferlante de décibels repart de plus belle, avec des accents de plus en plus stoner complètement assumés. La salle est toujours bien remplie, à vue de nez je dirais entre cent cinquante et deux cent personnes, et le public en redemande: le coté convivial de cette release party est vraiment palpable. De mon coté, après plus d'une heure de set, je rends les armes et abandonne le groupe pour les cinq ou six derniers morceaux d'un set qui à n'en point douter aura fait honneur à ce tout premier album. Pour ceux que cela intéresse, il se trouve chez Dangerhouse (3 rue Thimonnier, 69001 LYON), ou j'imagine, directement auprès du groupe qu'on retrouvera également ce vendredi soir (1er octobre) pour la soirée des cinq ans de l'Epicerie Moderne. Qu'on se le dise.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).