Shuttle portrait

S’il doit y avoir une chose pour laquelle je vais finir par remercier cette fichue pandémie, c’est bien d’avoir retiré pour un moment mes oeillères concentrées sur le turbin et donné le temps autant que l’opportunité de poser à nouveau une oreille sur ce qui était la radio préférée de mes vingt ans: Couleur 3. À nouveau, je ne serai jamais assez reconnaissant envers cette dernière de m’avoir fait dernièrement découvrir plein de délicates petites sucreries auditives dont le projet du fribourgeois Grégoire Pasquier intitulé Shuttle. L’electro pop imaginée par celui-ci rappelle un Pierre Richard musical; un chouette brin de nostalgie synthétique à deux orteils de se casser la gueule en permanence, suffisamment étrange et extraterrestre (Grégoire se définit lui-même comme un producteur de musique pour des animaux non humains voyageant dans l’espace) tout en restant totalement charmeuse et rafraichissante.

À ses débuts et alors éloigné des grands espaces interstellaires et imaginaires, c’est dans le punk rock que Grégoire commença sa carrière musicale. Après un moment, il s’aperçut que la guitare n’était peut-être pas un instrument conçu pour lui et décida alors de se tourner vers les synthétiseurs et la production. Depuis, avec le support de machines vintage, il dessine en mode traversée en solitaire l’univers musical introspectif et onirique de Shuttle: entre funk albinos maigrichonne et mutante (le juste irrésistible « Boy »), pop song kraftwerkienne presque invertébrée (« Monochrome ») et calme électro instrumentale (« Cold Nights »). Si le dernier single de Shuttle, intitulé « Swimming Through Time », est peut-être plus conventionnel dans sa composition que ses productions passées, sa basse rebondie et funky ne cache pas la mélancolie crampon du morceau pour un résultat doux amer tout à fait réjouissant.

Photos par Julien Chalala