Voilà près de deux années que j’attendais l’occasion de découvrir la lyonnaise Anna Joe sur scène, après avoir particulièrement apprécié ses deux premiers EP et visionné quelques courts extraits de concerts sur le web.
Ce soir à Marseille, en prélude d’une autre date à Istres, Anna Joe joue à l’Intermédiaire, au cœur du quartier très animé de la Plaine, quelques jours après la 3éme édition de la Plaine du Rock, soit 4 scènes live mettant en valeur les groupes marseillais tout au long du dimanche.
Anna Joe est, quant à elle, une artiste solo, qui a écrit, composé et réalisé sa musique entièrement en mode DIY, sans rien à envier au format groupe. Depuis 2024, elle a écumé de nombreuses scènes dans sa ville et région d’origine et nous fait l’honneur de s’aventurer enfin dans le Sud. Pour sa première apparition dans la cité Phocéenne, elle se produit en ouverture d’un tri-plateau (avec Isocay et Vertiges en régionaux de l’étape).
Présent sur place vers la fin de sa balance pour humer l’air de la soirée, je suis déjà conquis par la qualité du son . Comparée par plusieurs médias à pas moins qu’ Alison Mosshart ou PJ Harvey, Anna Joe, se place, dès l’entame du concert, à la hauteur de sa réputation. Elle nous démontre d’emblée tout son talent pour nous plonger dans l’ambiance avec « Nothing Even Matters », un tout nouveau titre.

Musique rageuse et évaporée à la fois, densité du son, riffs répétés en mode transe sur sa Fender Telecaster et voix magnifique sont au programme. Son interprétation est captivante, par une voix finement placée, incluant une intonation anglaise sans faille. Son mélange indie rock et shadow pop, comme elle le décrit elle-même, est manié avec brio, équilibrant moments plus introspectifs et puissance du son.
Le rythme mid tempo de « I Am » nous plonge illico dans un bayou de Louisiane, puis le son se fait plus métallique sur « In My Head ». « Soft Soft Soul » est particulièrement addictif avec sa majestueuse boucle vocale finale, alors que des incursions électro sur « How Does it Feel » apportent une touche bienvenue, montrant qu’Anna ne se ferme pas à un seul style. Deux autres nouveaux titres sont joués en primeur ce soir (« Dance With Me » et « Love Him Like a Child »), qui passent sans mal l’épreuve du live, assurant dignement la comparaison avec ses compositions plus anciennes. Comme un avant-gout d’un premier long format qu’Anna concocte pour une sortie espérée en 2027…

De ce concert court mais intense, je retiens encore « Lovesong », un titre qui m’a accroché dès la première écoute, de même que le dernier titre magistral, idéal pour clôturer le set.
Pour résumer, Anna nous a gratifiés de toutes les compositions de son premier EP fondateur, réalisées entre 2021 et 2024, mais aucun du second EP, « Sad Summer Song » paru en 2025. Entièrement acoustique il est sans doute moins adapté à un live rock, quoique le titre « Noise » n’aurait certainement pas déparé ce soir…
Ce concert à l’Intermédiaire confirme tout le bien que je pensais d’Anna Joe. II ne faut pas se fier à son look passe-partout et son visage angélique. Une fois sur scène, véritablement habitée par ses compositions, elle partage ses émotions avec une sorte de force tranquille, bien campée sur ses accords. On sent, par ses sonorités bien à elle, une personnalité musicale marquée, déjà dans la conscience de son art.
Je ne doute pas qu’ en suivant son bonhomme de chemin, tôt ou tard, pour paraphraser le titre qui clôt le concert et son premier EP, elle ne mette un jour tous les spectateurs des salles à genoux. La scène indé française va devoir compter avec Anna Joe, notre PJ Harvey française, qui a bien fait de sortir un jour de son home studio.
SET LIST : Nothing even matters – I am – In My Head – Soft Soft Soul -Dance With Me – Love Him Like A Child – Lovesong – How Does It Feel – On My Knees
https://www.facebook.com/annajoe.music
photos (c) Guy Castagne / Dark Globe
