Avec son numéro spécial New York Dolls, Rock Hardi me fait me souvenir que moi aussi, quand j’étais petit, j’aimais bien jouer à la poupée. Je dis ça, mais j’avais quinze piges et je dépassais déjà allègrement le mètre quatre-vingt dix quand je suis tombé sur une copie de leur second opus oubliée depuis neuf ans dans un des bacs poussiéreux d’un disquaire de Rochefort, Charente Maritime (oui, oui, c’est bien celle de la photo, l’édition française de 1974 avec la pochette intérieure). On ne va pas y aller par quatre chemins, Too Much Too Soon est le genre de galette qui peut facilement gâcher toute une éducation… Et je parle ici en connaissance de cause. Ce deuxième essai des proto-glam punk (comme on dit dans la presse spécialisée en se bouchant le nez…) New York Dolls, produit par Shadow Morton (The Shangri-Las), est l’un de ces disques de rock quasi parfaits qui se sont pourtant bien vautrés lors de leur publication initiale (en restant poli) mais qui sont devenus des classiques incontournables au fil du temps. Il y a tellement de groupes qui ont pompé les Dolls ces bientôt cinquante dernières années que ça en devient ridicule et je ne leur ferais donc pas leur publicité ici en les listant…

Si les superbes photos de la pochette pastichent les Rolling Stones en version drag queen non sans un certain succès, la musique elle, est indubitablement américaine et profondément enracinée dans le rhythm and blues noir (et tant pis pour le proto, le glam et le punk !). La gouaille de David JoHansen qui éructe comme un chauffeur de taxi de la Big Apple plus qu’il ne chante, les échanges de riffs de guitare accrocheurs de Mister Johnny Thunders (les fameux glissandos «savonneux» !) et de Sylvain Sylvain (son rockab’ quasi 50’s) créent une perfection rock ‘n’ roll dans un chaos généralisé que seule la batterie de Jerry Nolan semble pouvoir contenir, sous l’œil amusé de Killer Kane, le bassiste minimaliste accoutré en Marlene Dietrich montée sur platform boots, le tout définissant le joyeux bordel électrique qui reste la marque de fabrique du son des poupées version originale… Avec ces Dolls là, vous êtes certain d’une chose: même dans vingt ans, même dans cinquante ans, ils / elles ne seront pas à mettre entre toutes les esgourdes; le genre de truc que les parents adoreront toujours détester… Le seul défaut possible qu’on pourrait trouver à Too Much Too Soon, c’est qu’il y a quatre reprises sur les onze morceaux mais le groupe s’est tellement approprié ces vieilleries («Stranded In The Jungle» ou encore «(There’s Gonna Be A) Showdown »…) qu’on en a oublié les versions originales. Je ne vais pas raconter ma vie, ce serait fastidieux et puis, je ne me souviens pas de grand chose. J’ai tellement fait tourner cet album sur ma platine à l’époque, décortiquant avec plus ou moins de succès la moindre fulgurance de la LesPaul Junior de Thunders que j’ai appris la guitare en tentant de reproduire ce que j’en entendais, ce qui doit expliquer pourquoi je joue de la gratte comme un chimpanzé, ha, ha. Quoi qu’il en soit, au cas où vous ne l’auriez pas compris, Too Much Too Soon reste sur la liste des disques que j’amènerais sur une île déserte.