Basé à Pleasant Point, New Jersey, The Marble Tea est l’œuvre de Knight Berman Jr, projet d’un artiste solitaire et discret, aussi fin musicien qu’il est un archétype de l’homme cultivé et lucide de sa condition ( lire notre interview). Nous l’avons découvert il y a quelques années, par la voie de goûts communs et croisés dont Jazz Butcher Conspiracy, Magnetic Fields et Robyn Hitchcok (entre autres). Depuis ce temps, c’est toujours avec intérêt que nous nous penchons sur les propositions de cet animateur d’un univers entre pop music et poésie, mélange étonnant et sensible de Richard Brautigan et Syd Barrett ( pour les histoires racontées d’une part et le style musical oblique de l’autre…) .
Je viens d’écouter « Everything is Nothing », single diffusé sur le bandcamp de The Marble Tea en février, et immédiatement j’ai accroché. La chose n’est pas si courante et ne se produit dans mon cas qu’avec quelques groupes et artistes triés sur le volet au fil des décennies, ceci pour des raisons qui sont aussi personnelles que liées à la complexité de l’appréciation. En tout cas, The Marble Tea fait partie de la liste…
En écoutant « Everything is Nothing » ( titre oxymore qui, en soi, est déjà fait pour me plaire), je retrouve une signature avec laquelle j’ai ressenti une totale proximité dès le désopilant pince sans rire et carillonnant « I am Batman » Ep, en 2004. Le phrasé est toujours là, les mélodies sont ciselées, portées par des guitares qui sonnent clair, et les arrangements sont aussi étudiés qu’ils sont parfaits – comprendre : sans excès, absolument musicaux et essentiels…
Le contact entre la France/ Europe et le continent Nord Américain n’étant pas encore en délicatesse chez les hommes de bonne volonté (!) j’ai envoyé un e-mail à Knight pour piocher quelques infos sur ce nouveau projet . A la faveur de messages quasi immédiats, toujours amicaux et qui confirment l’exigence créative singulière de cet artisan bijoutier de la pop culture, j’en ai appris un peu plus .
« En 2025 – m’explique Knight– j’ai suivi un cours donné par Brian Eno. Comme tu peux l’imaginer l’expérience a été très inspirante et a provoqué en moi une vraie stimulation quant au mode de création musicale. Sur cette base je me suis remis en question et j’ai produit deux EP. Une collection instrumentale basée sur les systèmes présentés par Eno, puis une autre constituée de 5 chansons. Ces derniers titres ont été débutés selon les conseils et enseignements donnés par Eno, ou furent influencés par les cours de différentes façons…«
Du coup, on comprend mieux une orientation perceptible dans le EP « Enough is Enough », sorti en septembre 2025, deux ans après The Thing Itself où les guitares dominaient. De même qu’au travers de l’excellent Still Live with Perfume ( mai 2025), qui est une autre approche de l’univers de The Marble Tea, intériorisée, centrée sur des atmosphères et humeurs contemplatives et secrètes. Pour résumer ces pièces instrumentales où les claviers sont très présents, je dirais qu’elles sont , au delà des possibles supposés, un concentré synthétique des propositions modernistes de Gabriel Fauré et des recherches de Klaus Schulze…Knight a été productif et son inspiration s’est revivifiée. C’est cet élan créatif qui nous offre en ce début 2026 deux publications de singles diffusés l’un après l’autre ( « Everything is Nothing » vient après « Get Off » en janvier).
« L’année dernière, je comptais sortir un troisième EP, inspiré par le cours, et plus particulièrement par le travail d’Eno sur le catalogage de ses anciens morceaux inédits et la manière dont il les achevait ou les intégrait à de nouvelles créations. Malheureusement, le temps m’a manqué (ou plutôt, je n’ai pas pu trouver le temps). À l’approche de la nouvelle année, j’ai donc décidé de renouer avec une vieille habitude : enregistrer et sortir une chanson par mois jusqu’en 2026. Mais avec une contrainte : il ne pourrait s’agir que d’anciens morceaux, des fragments que je développerais pour en faire des versions complètes. Enfin ! Je pourrais me débarrasser de ces petites idées qui me trottaient dans la tête depuis des années !«
Si The Marble Tea nous adresse de nouvelles compositions , il y a aussi tout un matériel inédit dans ses réserves. Ainsi faut-il s’attendre pour 2026 à une plongée dans des archives qui seront exhumées et actualisées à un rythme soutenu selon Knight. Soit une diffusion mensuelle ( disponible sur bandcamp et autres plateformes de streaming) qui constituera un ensemble pouvant se regrouper en un album final « en quelque sorte » dixit Knight.
Amateur d’images, Knight Berman Jr m’annonce également qu’il réalisera des vidéos de diverses façons pour chacun des titres de l’année 2026 : « J’ai créé une playlist YouTube où je les publierai chaque mois... Et comme d’habitude, tant qu’il n’y a pas de production sur support physique à vendre, je vais offrir toutes ces chansons gratuitement ou en payant ce que bon vous semble ce qui ne me gêne pas du tout pour ma part. »
The Marble Tea est avant tout l’univers d’un homme. Il y a ici de l’intime et de la malice, traduits en musique avec des éléments de culture pop. C’est un espace parmi ceux plutôt rares qui démontrent ( sans chercher aucunement à le faire), que les musiques issues du rock ou du courant indé peuvent être, bien plus que des distractions, un art subtil à situer hors des sentiers battus inhérents au genre lui-même… En cela le service à thé de Knight Berman Jr est fragile autant que précieux.
Bandcamp et site The Marble Tea :
Photo mise en avant par (c) Kbjr, avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.