portrait we see things

Hervé Vincenti et Dumè Tomasi vivent en Corse; l’un est bastiais, l’autre ajaccien. 

Si, selon leurs propres mots, «l‘espace et l’esprit du lieu est essentiel pour la musique de We See Hawks», rien à première écoute n’en transparaît pour l’auditeur. Je précise ici à première écoute, puisque en creusant un peu plus le sillon musical de We See Hawks  – comme en regardant les images des vidéos réalisées – il semble effectivement qu’une géographie, des paysages et des atmosphères caractéristiques viennent impacter l’imaginaire des musiciens. En parlant avec Dumè Tomasi, j’entends et comprends que le territoire de l’île corse, montagneux, creusé de ravins et de vallées où coulent des rivières qui rejoignent la mer, est bien une véritable source d’inspiration. La force des paysages y est suggestive. Elle provoque des humeurs, fait naître des émotions. Vincenti et Tomasi leur donnent corps. La forme prise n’est cependant pas nourrie par cette seule origine. Ce qui signifie chez We See Hawks, l’existence d’une ouverture au monde, nécessaire à la dynamique d’une écriture musicale relevant d’un propos esthétique. 

En ce domaine le duo Vincenti & Tomasi, respectivement guitariste et bassiste, à l’origine du projet We See Hawks, a ce qu’on appelle de l’expérience. Actifs depuis les années 1990 dans des formations qui se sont fait connaître avec succès – les expériences Quì (Talents FNAC/ Warner Music) et Granddukes -, les deux hommes ont écouté beaucoup de musique rock et pop, de new wave aux guitares à lignes claires, et l’écho des nineties est perceptible dans la musique qu’ils créent aujourd’hui. Quand on échange sur ses goûts musicaux et ceux qui marquent ses nouvelles compositions, Dumè Tomasi  déclare: «Dans ce que nous faisons, on peut deviner l’ascendance de Wilco, Tortoise, Beck, Eels ou The National… tout autant que celle de Lynch ou Cimino». On acquiesce et on pense que We See Hawks sont diablement doués pour réussir une telle synthèse, véhiculant de plus des inspirations de soul-folk et de musique électronique. 

Dans la musique du groupe, il y a de l’aérien et du mélancolique. Les titres – toujours ciselés – ouvrent des espaces sonores subtils, dans lesquels on entre comme dans un songe éveillé, lesquels dessinent des environnements contrastés mais rarement heurtés. Pour cela la complémentarité des musiciens – quatre pour l’ensemble de la formation, avec Jean-Antoine Peraldi aux programmations et à la batterie et Nabil Morris à la Fender Esquire – est un exercice mené en experts. L’habileté et la maîtrise s’imposent, loin de toute approximation. Au cœur des mélodies et d’un groove auquel on ne résiste pas, la voix chaude et basse de Dumè Tomasi nous guide à quelques moments dans des ballades parfois inquiétantes («Shining (on & on)») à la façon d’un Nick Cave enjôleur… C’est peut-être là toute la profondeur d’un quatuor qui, né sur une terre aussi belle que rude, sait se montrer cristallin et sombre à la fois.

Pas vraiment désireux de quitter leur île, We See Hawks méritent cependant d’être connus et écoutés plus largement et on envisagerait volontiers pour eux un tour dans l’Hexagone. La sortie très prochaine de leur premier album  Leaving The Forest Behind pourrait en être l’occasion.