Portrait Teenage Fanclub.

pochette de l'album du Teenage Fanclub , Endless Arcade.

Après plus de trente ans d’existence et près de dix albums, les écossais ont-ils encore quelque chose à prouver? Rien à prouver mais beaucoup à dire sur les limbes de nos existences mises à mal dans les brumes d’un monde figé, à l’arrêt. Est-ce un hasard si tout commence (et tout finit) à la maison? Endless Arcade démarre dans un souffle, se lance et Norman Blake le chante d’emblée: « In the morning I open my eyes… » sur fond de batterie métronomique et cotonneuse, lit d’orgue discret, sept minutes de douces montagnes russes durant lesquelles les guitares tentent de se frayer un chemin vers la lumière, à l’image de ce final épique très Neil Young: les notes de Raymond McGingley sont chauffées à blanc, la guitare serpente, flotte, revient, surprend, suspend, achève, trouve la sortie. On est bien chez Teenage Fanclub, on est à la maison.

« Don’t be afraid of this life » chante ensuite McGingley sur le refrain d »‘Endless Arcade », titre éponyme de l’album. La vie ressemble à un terrain de jeu, excitant et terrifiant. Les guitares se font ici conquérantes, le morceau finit comme un mantra avant de se retrouver en bonne compagnie pop britannique à souhait: c’est l’heure de « Warm Embrace ». Morceau court en trompe-l’œil car la mélancolie, ici, colle à la peau comme la pluie écossaise qui, malgré la capuche, nous ruisselle sur la nuque. On passe alors du constat à la révolte. Si le monde s’écroule, on continue coûte que coûte. Et, comme un mot de passe, « Everything Is Falling Apart » renoue avec le Teenage Fanclub historique, refrain rageur répété ad libitum, batterie presque Motorik, arpèges et chœurs en cascade; il fait chaud et les Humbuckers se transforment en mini piles atomiques. Aucun regret d’ailleurs que le monde s’écroule, le soleil ne brille pas mais la mélodie parfaite et très Big Star de « The Sun Won’t Shine On Me » nous tiendra chaud longtemps. Après la pause « Come with me » (on est d’accord), c’est l’ouverture tonitruante de « In our dreams »; wah-wah, overdrive et Teenage Fanclub touche au céleste. Cordes discrètes en contrepoint, Norman Blake reprend les choses en main dès l’ouverture d’ »I’m More Inclined » et déclare sa flamme sans détour à l’ici et maintenant: chanson au pont magique, cavalcade tortueuse qui aurait pu verser dans la mièvrerie. Mais c’est l’inverse, la lumière est au bout du tunnel et les derniers morceaux sont les trésors au pied de l’arc-en-ciel. La paix trouble de « Back In The Day » fait le point sur les années passées, le temps qui fuit (« I can’t seem to find the peace of mind…« ). Tout s’efface peu à peu, comme ce fade des guitares en fin de morceau mais le monde a gagné en clarté. Se taire ou continuer? « Living With You » nous répond, tel un oracle, tendre et bienveillant que la vie est comme cette pop song parfaite, un immense continuum où couplet et refrain, tendresse et désespoir, incertitude et insouciance se mêlent: une épiphanie pour qui sait la saisir et ne baisse jamais les bras. Les guitares peuvent flotter, au bord du gouffre dans « Silent Song », la batterie se faire presque arythmique, la mission est accomplie,

Teenage Fanclub a gardé toute sa force et a su rendre palpable l’intranquillité de ses membres, en miroir (pochette parfaite) des convulsions déroutantes de notre époque. Guitares qui se contiennent mais prêtes à déborder, maîtrise des funambules: l’adolescence éternelle.